Une « cité d’or » en plein Paris-Saclay. Rencontre avec Frédéric Capmas (2)

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Suite de la rencontre avec Frédéric Capmas à travers l'entretien qu'il nous a accordé et dans lequel il revient sur les circonstances de la création de la Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE) et du Centre entrepreneurial du 503 et leur évolution.

Pour accéder au premier volet de la rencontre avec Frédéric Capmas, cliquer ici.

- Comment va le 503 et la Filière Innovation-Entrepreneurs ?

Bien, merci pour eux. En 2006, le 503 n’abritait qu’une start-up et une association (Scientipôle Initiative). Aujourd’hui, il ne compte pas moins de 29 entités : 26 start-up et PME et 3 associations (outre Scientipôle initiative, Opticsvalley et Nova Green). La FIE est encore sur le Campus Paris-Saclay parmi les seules formations à l’entrepreneuriat innovant, dont la pédagogie repose sur une expérience immersive de longue durée : les élèves sont co-porteurs de projets à fort potentiel de création de start-up high tech. Ils y entrent sans expérience professionnelle et en ressortent avec un profil d’ingénieur-entrepreneur, en ayant créé, s’ils le souhaitent, des emplois dont le leur. En huit ans d’existence, la FIE a ainsi accueilli 120 élèves. Parmi eux, un sur cinq sont devenus entrepreneurs, en ayant suscité la création de 14 entreprises (souvent avec d’autres élèves rencontrés dans le cadre de la FIE). Toutes encore en activité, elles ont généré pas moins de 110 emplois au total, au profit de jeunes pour l’essentiel. A ma connaissance aucun autre programme de formation à l’entrepreneuriat n’obtient de tels résultats, en proportion du moins.

- Et les autres élèves, que sont-ils devenus ?

A défaut d’avoir créé leur propre entreprise, ils ont tous trouvé un emploi. Leur profil intéresse a priori beaucoup les entreprises : ce sont des jeunes particulièrement matures, avec bien plus qu’une culture ingénieur et scientifique : ils ont déjà une expérience de l’entreprise et de l’innovation. Ils sont capables d’appréhender l’environnement dans sa globalité, d’identifier les bons interlocuteurs, de comprendre le marché, etc. Et puis rien ne dit qu’ils ne finiront pas, un jour, par franchir le pas en créant leur entreprise. Nous avons d’ailleurs le cas d’ « anciens » qui se sont lancés dans l’entrepreneuriat après une expérience professionnelle comme salarié ou après une thèse. C’est dire si les graines de la FIE ont bien été semées.

- Y a-t-il un réseau des anciens de la FIE  ?

Oui et ce réseau est très actif.

- Un mot sur le bâtiment et ses transformations…

Le bâtiment date de 1967 et abrite depuis cette année l’Institut d’Optique. Il est resté en l’état. Nous avons commencé à procéder à sa rénovation, mais petit à petit. Un parti pris qui tient, disons-le en toute franchise, au fait que nous ne disposons pas des financements pour entreprendre une rénovation complète. Mais à toute chose malheur est bon : cela nous a incités à appliquer plusieurs principes qui sont au cœur de la pédagogie de la FIE. D’abord, parvenir au maximum d’effets avec le minimum d’investissements ! Ensuite, savoir travailler de manière collaborative : de même que l’entrepreneur ne doit pas se lancer seul dans l’aventure, mais savoir travailler en réseau, pour y trouver les réponses à ses questions, nous nous sommes employés à trouver les nôtres parmi les résidents du 503, non sans susciter entre eux une émulation.

- On comprend que c’est un lieu qui s’est inventé en marchant. Mais au final, quel mot le caractériserait le mieux : Incubateur ? FabLab ?…

Le 503 est le Centre entrepreneurial de l’IOGS. A ce titre, il est un peu tout cela à la fois. La présence de toutes ces start-up et associations en fait à lui seul tout un écosystème. Cependant, j’y vois aussi une sorte de hub – le 503 n’est pas replié sur lui-même, mais se veut être à l’articulation de plusieurs acteurs de Paris-Saclay. On peut y voir encore un « tremplin » (ce n’est pas autrement qu’Alexandre Sauvage l’a conçu pour Leosphere). Les start-up qui y voient le jour ont vocation à partir. Certaines y restent. Elles font alors office de « grands frères » pour les étudiants suivants, apportant la preuve vivante qu’on peut bel et bien créer sa start-up au terme de ses trois années de FIE. Enfin, le 503 s’apparente à sa façon à une start-up, y compris dans sa manière de chercher son modèle économique, ou encore par son cheminement, fait aussi de hauts et de bas, de moments de joie et d’autres plus difficiles !

- Et qu’en est-il du Fab Lab dont vous vous êtes doté ?

Aménagé en 2010, il est en plein développement. Nous l’avons conçu comme un espace mutualisé auquel peuvent accéder aussi bien nos élèves que le personnel des entreprises résidentes ou du territoire, moyennant un abonnement.

- Vous avez assimilé le 503 à un écosystème. Qu’en est-il de son insertion dans celui de Paris-Saclay ?

Le 503 y participe pleinement, ne serait-ce qu’à travers les liens tissés à l’occasion des projets entrepreneuriaux portés par nos élèves. Ceux-ci se nourrissent en effet d’idées qui viennent de laboratoires ou d’entreprises du territoire. Et puis, des liens ont été noués avec d’autres établissements d’enseignements supérieur : en 2009, Polytech Paris-Sud s’est associée au programme FIE, en y apportant sa culture scientifique et pédagogique.

- Au fil du temps, d’autres lieux innovants et dispositifs d’aide à l’entrepreneuriat étudiant ont vu le jour. Comment appréhendez-vous les risques de redondance ?

Ce que je retiens d’abord, c’est que l’écosystème s’enrichit et que chacun avance dans la même direction, celle de la stimulation de l’esprit à entreprendre et innover. Le meilleur exemple que je peux vous donner, c’est l’Innovation Summer Camp, que nous avons conçu en y associant, dès la première édition, des acteurs de Paris-Saclay. Le lundi soir, les candidats étaient invités à une course d’orientation qui faisait halte au PROTO204. Le mardi soir, nous étions à l’e-Lab d’HEC, le mercredi soir, au Design Center de Thales University. L’édition 2015, qui se déroulera du 29 juin au 3 juillet, accentuera cette mise en réseau. Le jeudi matin, les étudiants assisteront au Paris-Saclay Invest.

- Quel est votre regard sur la dynamique de Paris-Saclay ?

Il y a quelques années, nous étions dans un contexte encore très cloisonné. Aujourd’hui, les choses vont à l’évidence dans le bon sens. Il y a une vraie dynamique collective. Les gens apprennent à se connaitre, se voient de plus en plus régulièrement. En 2006, au moment du lancement de la FIE, les établissements d’enseignement supérieur entretenaient encore peu de rapports. Il y avait des programmes de collaboration, mais cela s’arrêtait-là. En 2012, l’IOGS a signé un double diplôme avec HEC qui reconnaît la FIE comme un programme majeur : tout étudiant qui en est issu valide la moitié du MBA d’HEC.
Nous ne sommes qu’au début de ce processus. Rien ne dit cependant qu’il sera toujours simple, car les établissements qui composent la nouvelle Université Paris-Saclay n’ont pas vocation à disparaître. Chacun fait face à cette apparente contradiction : continuer à exister tout en réussissant à collaborer à l’échelle du campus. Gardons aussi à l’esprit que ces mêmes établissements sont encore en concurrence dans le recrutement des étudiants. Ils conçoivent des programmes pour attirer les meilleurs !

- Quelles pépites abritez-vous actuellement ?

Naturellement, j’aimerais pouvoir toutes les citer ! Disons que parmi les premières qui me viennent à l’esprit, il y a bien sûr StereoLabs, en plein développement au plan industriel et à l’international ; TechnoFounders, qui vient de réussir une magnifique levée de fonds et de passer en à peine deux mois, de deux à cinq personnes ; Phonoptics, qui a mis en place des prototypes industriels avec ses premiers partenaires. Sans compter les entreprises résidentes et partenaires : Scientipôle Initiative, qui continue à bien se développer, et Nova Green, qui dispose désormais de magnifiques locaux. Ah, si tout le 503 pouvait en disposer d’aussi beaux ! Mais réhabilité ou pas, le 503 me donne parfois l’impression d’être la « cité d’or » du Plateau de Saclay ! La liste que je vous ai indiquée est loin d’être exhaustive. Le 503 compte bien d’autres pépites. Et puis le bâtiment est comme perdu au milieu de la forêt. Certes, il ne brille pas par son esthétique – ses façades sont particulièrement austères – mais au moins brille-t-il par tout ce qu’on y trouve à l’intérieur !

- « Perdu au milieu de la forêt », dites-vous. Justement, on n’y accède pas si simplement… N’est-ce pas un problème ?

C’est un problème, mais qu’il faut relativiser. Avant même l’arrivée du métro automatique à l’horizon 2023, la situation s’améliore, ne serait-ce qu’avec la mise en place de bus supplémentaires, l’aménagement d’un bus en site propre, etc. On peut accéder au 503 depuis un bus [ ligne 9 ] au départ de la station Le Guichet de la ligne B du RER [ compter 50 mn depuis celle de Denfert-Rochereau ].
Si nous nous montrons aussi sensibles à la question des transports, c’est peut-être parce que nous avons, pour beaucoup, l’expérience de Paris où on peut trouver un moyen de se déplacer (bus ou métro) à chaque coin de rue ou presque. Les gens qui viennent de régions et banlieues sont plus patients car ils ont l’habitude de devoir parcourir de plus longues distances, faute de cette densité parisienne de transports en commun mis à disposition.

- Vous êtes aussi bien placé pour savoir que c’est un prétexte d’innovation et d’expérimentation : je pense aux voitures électriques disponibles en auto-partage ou au système de covoiturage que vous avez mis en place entre le 503 et le site palaisien de l’IOGS…

En effet. Nous sommes sur un territoire vivant avec ses atouts et ses inconvénients, mais qui sait aussi évoluer en bénéficiant des dynamiques entrepreneuriales et d’innovation. Le fait de ne pas avoir de moyens de déplacement aussi denses qu’à Paris incite aussi les étudiants entrepreneurs à rester plus longtemps sur le campus, non sans, du même coup, disposer de plus de temps pour maturer les projets qu’ils mènent en équipe. Inversement, reconnaissons-le aussi, les étudiants qui vivent à Paris, finissent par y transférer leur start-up.

- Quelle est la prochaine actualité du 503 ?

J’ai évoqué la prochaine édition de l’Innovation Summer Camp, qui se déroulera du 29 juin au 3 juillet. Je précise qu’elle portera sur la « ville du futur ». Nous souhaitons solliciter à cette occasion le concours de spécialistes de la ville, dans ses diverses thématiques (eau, déchets, habitat, écologie, énergie, mobilité…) que les étudiants pourraient consulter pour tester et confronter leurs idées durant l’école d’été (pour mémoire, c’est une fois sur place, qu’ils seront invités à définir leur projet, par équipe). Le recours à ces personnes ressource permettrait d’identifier des problématiques et de déboucher sur des propositions aussi opérationnelles que possibles tout en évitant une vision exclusivement techno. Précisons que le thème sera décliné en sous-thèmes. 2015 étant proclamée « année de la Lumière », nous avons songé à en dédier un à la ville et la lumière.
Au plan de la communication, nous veillerons à être plus présents sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook) par le truchement de l’Université Paris-Saclay. J’ajoute que pour cette nouvelle édition, nous avons l’ambition de doubler les effectifs, en passant à 50 étudiants.
La pédagogie de cette école d’été est calquée sur celle de la FIE. Elle se veut donc pragmatique en confrontant les candidats à la réalité du terrain. On sait que la difficulté est d’entrer en contact avec des parties prenantes pertinentes et de développer un réseau de contact grâce auquel les étudiants pourront tester leurs hypothèses de projet.

- Le nom de cette école d’été – Innovation Summer Camp – dit bien combien il n’aurait pas pu voir le jour ailleurs que sur territoire de Paris-Saclay : un territoire qui, de par sa configuration et son étendue, se prête à l’exploration à partir d’un camps de base (le 503)…

C’est aussi une manière de souligner la richesse du territoire. Paris-Saclay est tout sauf vide. On y a tout, y compris un cadre de vie, avec une diversité d’espaces, les uns denses, les autres d’apparence rurale, et une tout aussi grande diversité d’acteurs : de la petite entreprise au grand groupe en passant par des laboratoires spécialisés dans des domaines très divers, sans oublier des dispositifs d’accompagnement des entrepreneurs innovants, etc. Bref, c’est un écosystème à visage multiple. Le premier bilan de PEEPS, partagé en 2013 avec Eric Henriet, Directeur de la valorisation de l’Université Paris-Sud, le disait déjà : nous ne partons pas de rien, il y a un existant particulièrement riche.

- C’est un point de convergence avec l’étude de préfiguration d’un réseau de lieux innovants présentée ici-même au 503 en février dernier ?

En effet. Non que rien ne manquerait. Mais au moins y-a-t-il un existant. Ce qui ne veut pas dire non plus qu’il ne faut pas le faire évoluer vers plus de mutualisation et complémentarité.

- Dernière question : à force de côtoyer des entrepreneurs…

(Rire). Je savais bien que la question viendrait tôt ou tard. Vous voulez savoir si je compte un jour créer ma propre start-up ? Bien sûr que l’idée me trotte depuis longtemps dans la tête.
Mais, je suis père d’une famille de quatre enfants, qui demande un peu d’investissement… Je peux difficilement leur faire supporter à eux comme à mon épouse les risques inhérents à un projet de start-up. Mais cela ne m’a pas empêché d’investir dans deux d’entre elles. Alors peut-être demain… Et puis, à travers le 503, la FIE, l’Innovation Summer Camp (ISC), etc., j’ai l’impression d’être déjà engagé dans une aventure entrepreneuriale, passionnante et pas prête de s’arrêter !

 En illustration de cet article : des participants à l’Innovation Summer Camp’14.

 

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