Locaux « éco-high-tech » pour Nova Green. Entretien avec Marie-Pierre Digard

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Créée en avril 2011, Nova Green fête ses quatre premières années d’existence, dans de tout nouveaux locaux « éco-high-tech », toujours au sein du 503, le Centre entrepreneurial de l'IOGS. Marie-Pierre Digard, sa directrice, a bien voulu nous présenter les lieux et dresser un premier bilan d’étape.

- Comment va Nova Green ?

Nova Green va bien. L’association fête ce mois-ci son 4e anniversaire (elle est née en avril 2011). Comme vous pouvez le voir, nous sommes dans de nouveaux locaux à l’image des éco-activités que nous cherchons à promouvoir en Essonne et dans le reste de l’Ile-de-France. Plusieurs des équipements ont été installés à titre expérimental par des start-up du territoire : Echy, auquel on doit l’éclairage naturel optimisé au moyen de fibres optiques ; Modulogreen, qui a conçu le mur végétal de notre espace cafétéria ; ou encore AirSerenity, qui propose un purificateur d’air innovant et silencieux. Au total, trois start-up trouvent-là le moyen de tester leurs technologies dans des conditions normales d’usage. Un plus pour convaincre leurs clients potentiels qui peuvent venir ici vérifier par eux-mêmes. Nous demandons juste à nos entrepreneurs d’éviter de percer des trous partout !

- Que vous inspirent ces jeunes entrepreneurs ?

Diplômés de grandes écoles, pour la plupart, ils ont assurément de belles idées, savent développer une technologie, mais ont parfois une faible connaissance de la réalité de l’entreprise ! Tout ingénieurs qu’ils soient, ils sont encore parfois un peu ingénus ! A titre d’exemple, je pense à cette jeune entreprise qui était désireuse d’expérimenter une technologie chez nous. Ce que nous avons accepté dans le principe. Sauf que nous nous sommes rendus compte qu’elle n’avait pas pris la peine de contracter une police d’assurance pour couvrir les risques. En disant cela, je ne leur jette pas la pierre. Je souligne juste l’intérêt qu’il peut y avoir à les accompagner au quotidien.

- Et que proposez-vous aux start-up qui mettent au point des équipements destinés à l’extérieur ?

Nous continuons à les aider à trouver des terrains pour leurs démonstrateurs. Force cependant est de constater que si les éco-activités ont beau faire de plus en plus parler d’elles, expérimenter dans ce domaine n’en reste pas moins encore compliqué. Les temps de maturation sont plus longs que pour d’autres innovations. D’où la nécessité d’un accompagnement dans la durée. C’est précisément ce que nous proposons, en cultivant la proximité avec le territoire essonnien.

- Revenons à l’ingénuité que vous évoquiez tout à l’heure. Les choses n’évoluent-elles pas positivement à travers la mise en place de formations à l’entrepreneuriat ?

Si, bien sûr et le 503 est là pour en témoigner avec sa Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE). De même que Scientipôle Initiative (présent au 503) ou IncubAlliance qui assure des cessions de formation au management. Mais cela ne saurait suffire. Encore faut-il que nos jeunes entrepreneurs aient des clients ! Notre vocation est justement de les aider à en trouver en les plaçant dans des conditions normales, qui les confrontent à la réalité jusque dans le moindre détail, comme par exemple contracter une police d’assurance ! On ne s’improvise pas chef d’entreprise. Savoir établir un business plan ne suffit pas. Il faut être attentif à des aspects très concrets.

- Que représente pour vous le fait d’être ici, au 503, le Centre entrepreneurial de l’IOGS, au milieu de start-up ?

Le 503 nous offre l’opportunité d’être aux contacts de nombreux acteurs de l’innovation : outre les start-up créées par les élèves de la FIE (dont plusieurs déjà renommées : StereoLabs, Leosphère, …), des entreprises et des structures partenaires : Scientipole Initiative, déjà cité, ou Optisvalley. Des rencontres sont régulièrement organisées en amphi ou, tout simplement, autour d’un repas, avec les nouveaux venus ou pour faire un point sur l’état d’avancement de projets. Nous mêmes y organisons des événements avec, notamment, Opticsvalley.
Nous participons en outre pleinement à la vie quotidienne de l’établissement, en plus des événements qui s’y déroulent. Rien de tels que des liens humains au quotidien pour avancer concrètement sur des projets ou en susciter d’autres. A cet égard, il faut aussi souligner l’importance de la cafétéria. Même à l’heure d’internet et des réseaux sociaux, on a besoin de se parler en face à face. Vous-même avez éprouvé le besoin de venir jusqu’ici pour faire cet entretien.

- Quel contraste cependant avec l’allure extérieure du bâtiment… !

Oui, mais au final, c’est ce qu’il y a à l’intérieur qui compte. Il faut voir comme les occupants se le sont approprié en rénovant, comme nous l’avons fait nous-mêmes, plusieurs espaces au point d’en faire un lieu convivial, avec cette ambiance à mi chemin entre le laboratoire de recherche et le Fab Lab. Pour avoir travaillé (comme documentaliste) dans des laboratoires de l’Inra, à la Ferme du Moulon notamment, je peux témoigner de la différence. Ici, il n’y a pas d’un côté la recherche, de l’autre l’entrepreneuriat. Au contraire, les deux univers se mélangent. Plusieurs start-up créées ici le sont d’ailleurs à partir d’une valorisation de résultats de recherche ou de brevets de laboratoires. Les étudiants prototypent directement leurs idées. C’est un plaisir de baigner dans cette ambiance et de voir à la fenêtre surgir un drone ou tout autre objet en cours d’expérimentation. Bref, ici, ça bouge. Nul doute qu’il faudrait bien d’autres lieux comme celui-ci.

- 503 est par ailleurs au cœur d’un écosystème…

Oui, et un écosystème particulièrement dynamique. Les bureaux de Scientipole Initiative se trouvent à deux pas d’ici. En descendant dans la vallée, on trouve, outre IncubAlliance, déjà évoqué, le PROTO204, etc. Autant d’acteurs et de lieux avec qui nous travaillons en bonne intelligence, dans l’intérêt de ces jeunes entrepreneurs bouillonnant et qu’il nous faut juste parfois canaliser !

- Reste que ce sont des lieux relativement dispersés sur un territoire relativement vaste, avec une problématique d’accessibilité…

J’allais naturellement y venir. C’est le problème majeur !

- En même temps, il m’a fallu à peine trois quarts d’heure, hormis le retard du RER B, pour venir jusqu’ici…

Vous faites bien de le souligner. Mais une fois sur le plateau, il n’est pas simple d’aller d’un endroit à l’autre. De par mes autres responsabilités – je suis aussi élue – je suis amenée à me rendre dans la vallée. Certes, le parcours  à travers les bois est agréable par beau temps, mais quand il pleut et que vous n’avez pas trop de temps devant vous… Aussi, je suis contrainte d’utiliser une voiture – certes, c’est une hybride, mais une voiture quand même Et puis, ce moyen de déplacement n’est pas toujours adapté. Je peux encore témoigner de l’encombrement des routes en début de matinée et en fin de journée. Un problème qui devrait s’accentuer avec l’arrivée des nouveaux établissements de recherche, des centres de R&D et des grandes écoles. Des automobilistes en viennent déjà à emprunter des chemins de traverse, non sans perturber la tranquillité de riverains.

- Dire cela, est-ce pour vous une manière d’appuyer sur la nécessité du métro automatique et d’autres modes de transport ?

Il y a nécessité d’un transport rapide pour se rendre plus rapidement depuis Paris ou Massy. Mais, encore une fois, il ne résoudra pas tous les problèmes, à commencer par les déplacements entre le plateau et les vallées. Dommage que la circulation soit si problématique. On éviterait que des étudiants mais aussi des entreprises partent ailleurs. Récemment, une jeune start-up m’annonçait sa délocalisation sur Paris. Comment ne pas la comprendre ? A 25-30 ans, on aime quand même mieux être dans une grande ville, y compris et peut-être même surtout quand on est entrepreneur. Dommage, encore une fois, car l’environnement de Paris-Saclay est particulièrement agréable, propice à des rencontres étonnantes.

- Récemment, des élèves de l’Ensta Paris-Tech, lauréats de Prix KITE nous expliquaient comment les contraintes de transport, en plus d’être supportables, comparées à d’autres territoires, étaient aussi des opportunités : non seulement, elles les incitaient à rester plus longtemps sur le campus, à échanger autour de leur projet de start-up et donc à le maturer, mais encore, elles les plaçaient devant des challenges [pour accéder au compte rendu de cette rencontre, cliquer ici]. Certains d’entre eux ont ainsi conçu une application pour favoriser les achats groupés et restreindre ainsi les ballets de livreurs entre la vallée et le plateau. Une solution à laquelle, disent-ils, ils n’auraient pas pensé, et pour cause, s’ils avaient poursuivi leur scolarité à Paris. Que vous inspire cette manière de voir ?

Cela illustre à quel point nos jeunes entrepreneurs sont décidément épatants : non seulement ils oeuvrent au vivre ensemble et à l’intelligence collective – et dans le contexte actuel, c’est quelque chose de précieux – mais encore, d’eux-mêmes, ils s’engagent dans une démarche de développement durable, à travers cette application en particulier. Et on pourrait multiplier les exemples.
Au final, il y a quelque chose de revigorant dans leur ingénuité. Rappelons qu’ils sont nés au moment où s’est imposée la notion de développement durable. Ils sont parfaitement conscients des problématiques environnementales. Un directeur d’Eco-emballage m’avait dit qu’il fallait une génération pour que des pratiques entrent dans les mœurs. Quant on sait qu’une génération correspondant à 20-25 années, on peut dire qu’on y est. Voyez le tri sélectif. Reconnaissons que cela n’allait pas de soi pour nos parents voire nous-mêmes. Pour eux, c’est quelque chose de naturel. Ils ont intégré que la Terre est un système fini, qu’une transition énergétique s’imposait. Du moins, c’est ce que j’observe, ici au 503 et dans les autres lieux de l’entrepreneuriat innovant de Paris-Saclay.

- Dans quelle mesure le contexte de Paris-Saclay, à la fois urbain et rural, est-il propice à cet état d’esprit ?

Restons lucides : le Plateau de Saclay abrite des populations de générations et de cultures très différentes. Pour s’en tenir au campus lui-même, je doute qu’on puisse du jour au lendemain faire travailler ensemble ceux qui sont engagés dans la recherche fondamentale et ceux qui relèvent de la R&D, des élèves d’ingénieurs et des étudiants, sans oublier les élèves d’HEC plus tournés vers le business. Quoi de commun entre ces astrophysiciens qui travaillent sur la conquête de la planète Mars, ceux qui sont dans les applications mobiles ou, comme nous, dans les éco-activités ? Tout cela fait un mélange dont peut cependant surgir des idées nouvelles. Qui sait si de futures découvertes ne procèderont pas de la rencontre improbable entre un mathématicien et un élève d’HEC ?

- Mais n’est-ce pas le rôle de Nova Green de contribuer à ces croisements entre milieux disciplinaires et professionnels ?

Si bien sûr. Les projets que nous accompagnons sont à l’interface de la recherche, de l’ingénierie et de l’entrepreneuriat. Beaucoup découlent de travaux de recherche. Tous procèdent à partir d’expérimentations.

- Le 16 février dernier, vous avez reçu la visite de Thierry Mandon, secrétaire d’Etat à la Réforme de l’Etat et à la Simplification. Quelles ont été ses réactions en découvrant vos nouveaux locaux ?

Le Secrétaire d’Etat a pris le temps d’échanger avec de jeunes entrepreneurs. Une rencontre qui fut l’occasion de faire le point sur les verrous du développement entrepreneurial. Force est de constater qu’ils ne sont pas tant technologiques – les solutions technologiques sont connues et disponibles – mais concernent l’accès au marché. Un vrai problème. Ce qu’on observe à Nova Green, c’est la frilosité face à l’innovation. Résultat : des entrepreneurs s’en vont voir ailleurs et pas seulement pour cause de problématiques de transport. Je pense à cette entreprise qui avait conçu une plateforme de re-oxygénération de l’eau. Un prototype avait été installé sur le lac d’Orsay et pour le plus grand plaisir des pêcheurs (la réoxygénération a contribué à le re-empoissonner). Mais nous en sommes justement restés au stade de l’expérimentation. Finalement, l’entreprise a fait affaire en Chine où plusieurs collectivités lui ont passé commande sans même passer par cette case expérimentation. Tout cela pour dire qu’en France, on aime soutenir l’innovation, mais au détriment d’un réel soutien dans l’accès à des marchés. Loin de moi de vouloir stigmatiser les élus locaux. Après tout, ils leur reviennent d’être les garants du bon usage de l’argent public. Et reconnaissons que le contexte n’est pas favorable avec des finances publiques en baisse. Bref, nous sommes dans une véritable quadrature du cercle : les élus ne demandent qu’à soutenir l’innovation, à accompagner les entreprises innovantes, à faire de leur collectivité des territoires d’innovation, mais, d’un autre côté, ils doivent gérer les affaires courantes : le bon fonctionnement des écoles, des crèches, sans compter les mille et une sollicitations dont ils font l’objet de la part de leurs administrés.

- N’est-ce pas la preuve que l’innovation ne saurait être simplement technologique, mais passer par l’invention de nouveaux modèles économiques, alliant ressources publiques, privées et même associatives ?

Bien sûr ! J’ajoute cependant les contraintes imposées par les marchés publics, qui, en l’état actuel ne favorisent pas le mieux disant au plan environnemental ou de l’ancrage territorial. Une offre a beau être meilleure pour l’économie locale, elle ne sera pas retenue dès lors qu’elle est plus onéreuse qu’une autre. Heureusement, le prix peut être contourné par d’autres critères comme, par exemple, la fraîcheur du produit ou le volume d’émissions de C02 (ce qui revient à favoriser un producteur local dans le cas d’un approvisionnement en produits alimentaires). Comme vous l’aurez deviné, c’est avec mon autre casquette de membre de Terre & Cité, que je m’exprime ici. Si je reprends celle de Nova Green, je précise, toujours sur cette question des marchés publics, que des clauses permettent, dans une certaine mesure, de cibler l’entreprise avec laquelle on souhaite travailler. Mais, de manière générale, ces marchés constituent un autre verrou à l’innovation. Cependant, je ne désespère pas de voir les choses évoluer sous la pression des dynamiques à l’œuvre sur un territoire comme Paris-Saclay.

En illustration de cet article : la plateforme de re-oxygénération de l’eau, installée sur le lac d’Orsay.

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  1. Ping : Retour de Las Vegas. Témoignage s’une start-up orcéenne | Paris-Saclay

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