De la chirurgie au cinéma : le monde en 3D. Rencontre avec Cécile Schmollgruber

Suite de nos rencontres avec de jeunes entrepreneurs issus de la Filière Innovation-Entrepreneurs de l’Institut d’Optique. Issue de la première promotion, Cécile Schmollgruber a cofondé une start up qui améliore la qualité des images 3D.

A l’âge de 28 ans, Cécile Schmollgruber est déjà présidente d’une société, Stereolabs, fondée en 2008 avec deux autres étudiants de l’Institut d’Optique, Edwin Azzam et Olivier Braun. « Je m’imaginais bien être un jour chef d’entreprise, mais pas aussi rapidement.»

Un âge qu’elle se garde, comme d’anciens de la Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE, voir la rencontre avec François Balembois), de mettre trop en avant tant elle se heurte aux réticences de ses partenaires potentiels à l’égard des jeunes entrepreneurs. Malgré une technologie qui a fait ses preuves et son cursus (Institut d’Optique et le double diplôme de l’Essec et de l’université de Dartmouth, décroché peu après), elle doit encore montrer patte blanche pour réaliser des démonstrations. Rien de tel outre Atlantique où les étudiants entrepreneurs n’ont pas besoin de démarcher les investisseurs. « Ce sont eux qui viennent à vous, prêts à prendre des risques pour valoriser vos technologies.»

Celle mise au point par Cécile et ses collègues permet de solutionner le problème de l’instabilité des images captées en 3D, source de bien des maux de tête. « Nous avons développé un logiciel qui permet de garantir la qualité et le confort visuel du spectateur.» Les applications sont multiples. « Nous concevons des équipements pour les tournages de film de captation en 3D ou la transmission d’événements sportifs. » Cette technologie est si prometteuse qu’elle a retenu l’attention des équipes du célèbre cinéaste James Cameron, rencontrée lors d’un séjour à Los Angeles. « Certes, ce genre de rendez-vous ne dure qu’une dizaine de minutes. Mais au moins prend-on le temps de nous rencontrer en faisant fi de notre âge et même de notre formation. » Non sans une certaine ténacité, Cécile a pu convaincre les organisateurs du tournoi de Roland Garros de tester ses équipements.

A l’origine de la technologie de Stereolabs, il y eut la sollicitation d’un… chirurgien, le professeur Patrick Lermuniaux, qui pratique ses opérations sous stéréoscopie. « Il souhaitait avoir une vision en trois D de l’intérieur du corps de ses patients.» C’est durant la 2e et la 3e années de la FIE, que Cécile a commencé à réfléchir à la manière de relever le défi. « Pendant la 2e année, nous avons étudié la faisabilité économique du projet, puis, en 3e, la faisabilité technique en construisant un prototype.» Le dialogue avec le chirurgien a été des plus enrichissants. « Il était au fait des nouvelles technologies ». Et les résultants prometteurs. « Nous avons pu montrer que le geste du chirurgien gagnait en précision et en rapidité.» A la fin des deux années, Cécile n’a qu’une envie : poursuivre le projet à travers une entreprise.

Finalement, c’est dans de tout autre domaine que Cécile et ses cofondateurs vont finalement s’engager tout en restant cependant dans le domaine de la vision 3D. A commencer donc par le cinéma où depuis la sortie d’Avatar, le 3D connaît un boom. « En quelques années, confirme Cécile, le marché a changé d’échelle.».

Pour autant, Stereolabs, n’a pas totalement renoncé aux applications médicales. « Nous travaillons encore avec une équipe d’étudiants de l’Institut d’Optique sur le développement de la technologie dans ce domaine.» Sans craindre le grand écart. « Les problématiques rencontrées dans le domaine médical ne sont pas si éloignées de celle du cinéma.»

Quatre ans après sa création, Stereolabs compte déjà cinq employés, tous des ingénieurs : outre les trois fondateurs issus de l’Institut d’Optique, un diplômé de l’Insa Rouen (« un ancien stagiaire qui s’est intéressé au projet au point de faire une thèse sur sa thématique), enfin, un expert en informatique.

Installée sur une niche, Stereolabs n’a pas à craindre une concurrence trop vive, même si les concurrents ont tout de même pour noms Sony et 3ality. « Nous avons beaucoup de demandes, de l’étranger pour l’essentiel.» Aux Etats-Unis, Stereolabs dispose d’un bureau de représentation à Los Angeles. A terme, elle prévoit de créer une filiale. Moyennant une levée de fonds… Un pas que Stereolabs envisage de franchir d’ici la fin 2012.

L’intérêt d’une implantation sur le Plateau

Pour autant, Cécile et ses collègues ne prévoient pas quitter l’Institut d’Optique, encore moins le Plateau de Saclay. Actuellement, leur jeune société travaille avec deux laboratoires de recherche, l’un situé sur le campus du CEA, l’autre à Rouen (l’Insa). Même à l’heure de skype, la proximité reste un atout.

Le campus d’Orsay jouit en outre d’une visibilité internationale. « Quand nous discutons avec les entreprises américaines qui s’intéressent aux technologies de pointe comme la nôtre, nous mesurons qu’à leurs yeux, c’est un plus d’avoir une adresse sur ce campus.» Aux Etats-Unis, la recherche académique sanctionnée par un phD est autrement plus valorisée qu’en France. D’où d’ailleurs le nom de la société :

- Stereo, pour souligner la vocation première : la stéréoscopie (autrement dit la vision en 3D), à partir de la vision binoculaire (deux caméras pour reproduire la vision humaine) ;

- Labs, pour marquer le fait que tout entrepreneur qu’ils sont, Cécile et ses collègues travaillent avec des chercheurs. « Cette appellation est courante aux Etats-Unis où l’on apprécie la collaboration étroite avec le monde de recherche. C’est un gage de sérieux et d’innovation.» Ce qui n’est pas encore le cas en France.

Ce dont Cécile ne s’inquiète pas outre mesure. « C’est tout sauf un handicap. A la différence d’autres sociétés, nous n’avons aucune difficulté à trouver des stagiaires et des partenaires. Nous baignons dans un environnement qui nous permet de cultiver nos connaissances.»

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