Dix ans au service de l’entrepreneuriat étudiant. Rencontre avec Frédéric Capmas

CapmasPaysage1
On ne présente plus ni le 503 ni sa Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE). Pourtant, Frédéric Capmas nous en dit plus, à la lumière de son propre parcours.

Nous avons beau avoir fait le déplacement jusqu’au 503, le Centre entrepreneurial de l’IOGS, pour l’interviewer, il paraît tout surpris que notre première question porte non pas sur ce lieu emblématique, ni même sur la Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE) dont il est responsable, ou encore sur les élèves qui y créent leur première start-up, mais sur son cursus à lui. C’est d’ailleurs par un long silence qu’il répond d’abord. Il est vrai qu’à force de s’intéresser aux projets des autres, plus passionnants les uns que les autres, on en vient peut-être à moins parler spontanément de soi. Il faut donc insister un peu pour apprendre qu’il est ingénieur de formation sans être pour autant un « pur produit » de l’IOGS (il est diplômé de l’ENSPM, Physique Marseille, intégrée depuis au sein de l’Ecole Centrale de Marseille).

L’intégration au sein de l’IOGS

Voilà pour le chapitre des études. S’agissant du cursus professionnel, il se montre cette fois d’autant plus prolixe, que c’est à l’IOGS qu’il débute sa carrière, en 2002, directement au sortir de son école d’ingénieur. « La bulle internet et des Télécoms venait d’éclater. J’ai alors regardé naturellement et spontanément du côté de l’IOGS. » Ce sera donc optique et valorisation de la recherche. « J’avais fait un stage en Allemagne, à Iéna, un des berceaux de l’optique, au sein de Jenoptic. »
A l’IOGS, en 2002, il n’était pas encore question d’entrepreneuriat, mais l’Institut s’était déjà engagé dans la valorisation scientifique à travers la mise en place d’une plateforme d’ingénierie, IOTech. « Au final, celle-ci servit moins à valoriser les travaux de recherche qu’à répondre à des problématiques industrielles en impliquant les chercheurs. Ce qui me convenait. » Jusqu’en 2006, il participe ainsi au montage de projets mêlant chercheurs et industriels, qui passent par la réalisation de « prototypes embarqués ». « Les entreprises partenaires, précise-t-il, pouvaient être aussi bien de grands comptes que des PME ou, déjà, des start-up. »

Aux début de l’aventure FIE

Début 2006, l’enthousiasme des débuts s’est cependant estompé. « Je commençais à être frustré de ne pas pouvoir accompagner les projets jusqu’à leur terme pour en voir le résultat concret. » Après plus de trois ans à l’IOGS, Frédéric Capmas commence donc à prospecter ailleurs. Pas très longtemps, car c’est alors qu’un changement important intervient. « A croire que l’on a réellement une bonne étoile au-dessus de la tête. »
Le changement en question, c’est bien sûr la mise en place de la FIE sous l’impulsion du nouveau directeur de l’IOGS, Jean-Louis Martin, arrivé début 2006 (et que nous avons interviewé ; pour accéder à l’entretien, cliquer ici). « Il voulait que l’Institut se dote d’un programme de formation par la création d’entreprises innovantes, afin de former de nouveaux profils d’ingénieurs : des ingénieurs-entrepreneurs.» Qu’à cela ne tienne.
Le projet est confié à François Balembois, le directeur des études, que nous avons eu depuis l’occasion d’interviewer (pour accéder à l’entretien, cliquer ici). Frédéric Capmas est aussitôt associé à l’aventure. « Pendant six mois, j’ai pris le temps de rencontrer de jeunes entrepreneurs innovants pour savoir de quoi il retournait. » Une démarche qu’il serait prêt à recommander à quiconque en guise de viatique. « Quand vous ressortez de plusieurs entretiens avec plus d’énergie que vous en aviez au départ et que vous vous sentez comme transformé, cela donne forcément envie d’aller toujours plus loin ». Et le même de citer entre autres exemples, Alexandre Sauvage, qui venait de créer, en 2004, « l’une des plus belles pépites françaises actuelles », Leosphere.
La première promotion est recrutée dès septembre 2006. A notre grand étonnement, il n’est pas encore question du 503. « Nous avions déménagé dans le nouveau bâtiment de l’IOGS, avec les départements recherche et l’innovation. » Ce qui devait devenir un lieu emblématique, n’abritait alors pas plus qu’une start-up, la première ayant émergé du laboratoire de l’Institut, avant même le lancement de la FIE, à savoir Genoptics, une autre pépite s’il en est (elle sera d’ailleurs rachetée quelques années plus tard par Horiba Jobin Yvon). « Mais très vite, nous nous sommes posé la question de savoir pourquoi nous n’en accueillerions pas d’autres de façon à créer un environnement dans lequel les étudiants du programme FIE pourraient s’immerger pour développer leur propre projet, les startuppers avancés dans leur projet jouaient le rôle de “ grands frères “. »
Jean-Louis Martin décide alors de dédier ce bâtiment à l’entrepreneuriat. La décision est actée fin 2006 par le CA de l’IOGS, suite à l’installation, notamment, de Scientipôle Initiative, dont l’équipe d’alors (Cyril Rollinde et Pierre Audibert) devait fournir les premiers intervenants de la FIE. L’écosystème est inauguré en octobre 2007 avec 9 entreprises et structures, et 5 projets FIE. Depuis 2007, le 503 accueille ainsi le Centre Entrepreneurial de l’IOGS. C’est désormais là que les étudiants suivront la filière, laquelle sera d’abord proposée à partir de la 2e année et pour une durée de deux ans.

Un bâtiment au coeur de l’écosystème Paris-Saclay

Depuis, pas une année sans qu’un événement majeur ne ponctue l’histoire du lieu et/ou de la FIE. Celle de 2008 est marquée par le lancement de ce qui allait donner la Journée d’Entrepreneuriat Etudiant (JEE) de l’Université Paris-Saclay et qui ne mobilisait alors que des élèves de l’IOGS. En 2009, la FIE passe à trois ans avec l’introduction d’un programme d’initiation dès la première année (Young Entreprise Project, devenue depuis la première année de la FIE). En 2010, c’est l’ouverture d’un FabLab. La même année, l’IOGS fonde avec l’Université Paris Sud-11, Supélec et des membres de ParisTech le Pôle de l’Entrepreneuriat Etudiant Paris-Saclay (PEEPS), devenu depuis PEIPS. En 2012, la FIE connaît une évolution majeure, le processus de formation des trois premiers mois devenant un véritable SPOC entrepreneurial (autrement dit un cours en ligne privatisé ou en petit groupe), permettant d’accueillir des étudiants d’autres écoles… Essai transformé aussitôt avec Polytech Paris-Sud. En 2013, c’est l’arrivée de Philippe Aubourg, comme directeur du 503. En 2014, l’IOGS initie sa première école d’été (l’Innovation Summer Camp), en faisant du 503 son « camps de base ». Le succès est au rendez-vous. L’événement est reconduit pour 2015, avec l’objectif de doubler le nombre de participants (une cinquantaine, donc). Autre année d’importance : 2011, au cours de laquelle Frédéric Capmas devient le responsable de la FIE, François Balembois devenant le premier Directeur de l’Innovation et de l’Entrepreneuriat de l’IOGS.
Devant notre propre étonnement face à la rapidité avec laquelle la FIE a « pris », il tient à rappeler les marques de scepticisme qu’il a fallu endurer. «“Vous n’imaginez tout de même pas plonger de jeunes étudiants sans expérience dans le bain de l’innovation technologique ?” Combien de fois ne l’a-t-on pas entendu, ce genre de commentaire ! » Huit ans après, les résultats sont là, à même de faire taire les esprits les plus grincheux : 120 élèves formés, 14 entreprises créées et toujours en activité (dont des pépites parmi lesquelles StereoLabs, Effilux, Enovasense,…), ayant à elles toutes engendré au total pas moins de 110 emplois. Si, vu de l’extérieur, le bâtiment 503 accuse le poids des années (il a été construit en 1967), l’intérieur s’est progressivement transformé et compte désormais des bureaux réaménagés façon design, qui permettent aux jeunes startuppers de recevoir leurs investisseurs et clients dans de dignes conditions. Sans compter, l’aménagement d’un lieu de restauration pour plus de convivialité et faire jouer à plein l’effet cafét’.
Près de dix ans après la création de la FIE, pas de signe de lassitude, cette fois chez Frédéric Capmas. « Malgré leur jeune âge, nos élèves sont d’une étonnante maturité et ne manquent pas de nous surprendre. »

Suite de la rencontre avec Frédéric Capmas à travers l’entretien qu’il nous a accordé (cliquer ici).

1 commentaire à cet article
  1. Ping : Une « cité d’or » en plein Paris-Saclay. Rencontre avec Frédéric Capmas (2) | Paris-Saclay

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>