Point de vue d’un entrepreneur du BTP sur le Plateau de Saclay. Rencontre avec Patrick Bayle

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A la tête de trois PME, Patrick Bayle assure par intérim la présidence de l’Adezac, l’association pour le développement des entreprises du parc d’activités de Courtaboeuf, du plateau de Saclay et des environs. Retour sur le parcours d’un entrepreneur et sa vision sur les perspectives de ce territoire.

A force de focaliser sur les start-up technologiques et les centres de R&D de grands groupes présents sur le Campus de Paris-Saclay, il ne faudrait pas oublier que Paris-Saclay, c’est aussi une myriade de PME et TPE relevant de secteurs classiques. Patrick Bayle est là pour le rappeler, lui, qui est à la tête de trois PME. La première, créée en 2000, a pour nom BTP Patrimoine : c’est une entreprise de bâtiment et de travaux publics, spécialisée dans la qualification et requalification, et qui emploie une quinzaine de personnes. La 2e, créée quatre ans plus tard, est l’Atelier Métal du Patrimoine, une entreprise de métallerie-serrurerie. Si son siège est, comme celui de BTP Patrimoine, à Orsay, l’atelier est à Chaudon, près de Dreux : il occupe une dizaine de personnes qui fabriquent et posent tout aussi bien des clôtures de résidentialisation et des portes de hall, que des équipements pour des personnes à mobilité réduite (rampes, garde corps, etc.). « Nous travaillons principalement pour les bailleurs sociaux et les collectivités locales et un peu pour les particuliers.» La 3e entreprise, Sovidec, est, elle, le fruit d’un rachat, en 2010 : domiciliée à Villebon, elle fait travailler 5 salariés, dans la maçonnerie et la rénovation. « Trois entreprises « RGE » », précise encore Patrick Bayle. Comprende : Reconnues Garantes de l’Environnement par Qualibat et signataires de la Charte « Rénover Malin » portée par le Conseil Général de l’Essonne.

Une trentaine d’emplois créés ou pérennisés

15 + 10 + 5, Patrick Bayle a ainsi créé ou maintenu une trentaine d’emplois. C’est bien moins qu’un grand groupe, mais tout de même plus qu’une start-up. Des premières, il ne dit pas forcément grand mal. D’autant moins que c’est un univers qu’il connaît bien pour y avoir travaillé près d’un quart de siècle. « 26 ans, précisément ». Car, avant d’être entrepreneur, Patrick Bayle a travaillé au sein de grands groupes : Vinci, Eiffage… « C’est là que j’ai appris les différentes facettes du métier de la construction. » Après avoir débuté comme conducteur de travaux, il a gravi tous les échelons, jusqu’à celui de cadre supérieur, en ayant assumé successivement la direction de travaux, la direction commerciale, la responsabilité de filiales… C’est d’ailleurs à cette occasion qu’il fera connaissance avec ce qui ne s’appelait pas encore Paris-Saclay. « En 1992 , j’ai pris la direction d’une agence de Vinci (SOBEA Ile-de-France) à Massy. Je m’occupais de trois entreprises du groupe qui, à l’époque s’appelait, Vivendi. » Des responsabilités qui l’amèneront à en prendre d’autres, au plan syndical : en 1996-99, il présidera le Syndicat des Travaux Publics de l’Essonne.
Il a 48 ans quand il décide de sauter le pas de la création de sa propre entreprise. « J’avais fait le tour de la vie professionnelle au sein d’un grand groupe. Je supportais de plus en plus mal le poids de la hiérarchie. Bref, je voulais être mon propre patron. J’ai donc fait ce à quoi j’avais aspiré depuis longtemps, mais sans avoir jusqu’alors franchi le pas – sans doute en raison du poids des responsabilités familiales. » A l’entendre, créer une entreprise n’est pas une chose simple, a fortiori quand c’est une entreprise de BTP, qui suppose de disposer de moyens aussi bien matériels qu’humains. « Vous partez d’une page blanche avec le minimum d’équipements et de compétences, qu’il vous faut organiser et faire vivre en décrochant vos premiers chantiers.»

Un parcours du combattant…

Entre le moment de la décision et la création effective, un an s’écoulera. « Créer une entreprise est un parcours d’obstacles administratifs. » Sans compter la défiance des banquiers ! « Ce n’était pas simple de les convaincre que vous pouvez diriger une entreprise après avoir été des années durant salarié. »Plus tard, le contexte a joué en sa faveur : « Nous étions au début des années 2000, en plein éclatement de la bulle internet. Les banquiers redécouvraient les vertus des entreprises bien ancrées dans l’économie matérielle ! »
Une fois l’entreprise créée et les équipes constituées, ne restait plus qu’à répondre aux marchés publics. Une perspective qu’il appréhendait d’autant moins qu’il en avait déjà l’expérience du temps où il travaillait pour de grands groupes. « J’étais rompu à l’exercice. » D’anciens clients lui feront confiance. Comme pour anticiper notre question de savoir si c’est néanmoins en raison des contraintes qui pèsent sur la création d’une entreprise que sa 3e sera l’objet d’un rachat, il précise : « Ne croyez pas que ce soit toujours plus simple d’en reprendre une ! »
Les deux premières entreprises ont depuis plus que franchi le cap fatidique des 5 premières années d’existence (en deça desquelles, l’espérance de vie est faible). La suite n’a pas pour autant été un long fleuve tranquille. Comme d’autres, Patrick Bayle a connu des hauts et des bas. « Heureusement, des amis entrepreneurs ont pu occuper une partie de mon personnel quand j’étais en sous-activité. » Il ne cache pas que les trois dernières années ont été difficiles et que la situation n’est pas prête de s’améliorer.
Pourtant, ses entreprises se trouvent au cœur d’un vaste chantier : le Plateau de Saclay, avec ses projets de grandes écoles, ses logements, sans compter, dans les vallées, la réhabilitation de l’ancien (nombre de maisons situées dans la vallée ont été construite peu avant le premier choc pétrolier et la réglementation thermique qui en résultera).
Seulement, si les perspectives sont bien là, il pâtit d’un excès de la règlementation et d’une concurrence déloyale. En effet la concurrence de ces entreprises qui cassent les prix en recourant abusivement aux « personnels détachés ». « Le fait que ces personnels soient européens ne change rien à la situation : ils sont nettement moins payés que leurs homologues français. » Et le même d’ajouter : « Le problème se pose aussi bien avec les marchés publics qu’avec les chantiers privées. « Les maîtres d’ouvrage des marchés publics ne sont pas regardant sur le mieux disant social. On a beau former notre personnel – ici, nous recevons régulièrement des jeunes en apprentissage – nous ne sommes pas avantagés par rapport aux entreprises recourant aux personnels détachés, qui ne font rien de tout cela.»

Un secteur propice à l’insertion de jeunes sans qualifications

Au-delà de son cas personnel, Patrick Bayle regrette que soit si peu pris en compte l’apport du secteur du bâtiment dans l’insertion des jeunes sans qualifications. « Du fait des nombreuses activités manuelles qu’il propose, il peut leur assurer une première expérience professionnelle. Malheureusement, il est empêché de jouer pleinement ce rôle du fait de la concurrence des entreprises ne recourant qu’à du personnel détaché, qui, une fois le chantier terminé, regagne leur pays. En attendant, il aura privé des jeunes d’une opportunité d’emploi et une formation à la clé. » Avec pour résultat, un renversement de situation : « Il y a quelques années, c’est les artisans qui étaient en quête de jeunes en apprentissage, désormais ce sont eux qui sont en quête de patrons prêts à les accueillir ! »
Et Patrick Bayle de pointer encore la responsabilité des maîtres d’ouvrage publics : « Ils n’accordent pas assez d’attention à ces entreprises que je qualifierais de citoyennes au sens où elles prennent leur part dans la formation des jeunes et la lutte contre le chômage. »
En bon chef d’entreprise, il entonne également volontiers la complainte de l’entrepreneur écrasé sous le poids des contraintes administratives. C’est que, à l’entendre, les choses n’ont guère évolué. « Même à l’heure du numérique, nous avons encore de nombreux papiers à remplir. On perd une demi journée à remplir des formulaires de toutes sortes. » C’est dire s’il suit avec attention les mesures de simplification portée par le secrétaire d’Etat Thierry Mandon, qu’il a eu l’occasion de croiser du temps où celui-ci était vice-président du Conseil Général de l’Essonne. Il les suit au titre d’entrepreneur, mais aussi de ses responsabilités au sein de la Fédération Française du Bâtiment qu’il a rejointe en plus de la Fédération Régionale des Travaux Publics.
Dans son esprit, simplification administrative ne veut pas dire moins d’Etat. Au contraire. « Le contrôle administratif est dans l’ordre normal des choses. Encore faut-il qu’il s’exerce équitablement. »
On ne manque pas de lui évoquer la journée sur l’achat responsable, organisée le 4 décembre dernier à l’initiative d’Atout Plie Nord-Ouest 91 (pour accéder au compte rendu, cliquer ici). Une structure que, sans surprise, il connaît. « Nous avions échangé dans le cadre d’une réunion de la direction départementale du travail. Nous avions évoqué la perspective des chantiers qui seraient lancés sur le Plateau de Saclay. Le Préfet, également présent, nous avait incités à nous regrouper pour mieux nous positionner sur les gros marchés. Seulement, ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. On ne marie pas une carpe et un lapin ! [ en l’occurrence des entreprises qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble ]. Nous ne sommes pas assez structurés pour répondre à d’aussi gros marchés. En revanche, il y en a d’autres auxquels on peut répondre, mais encore faut-il veiller à ce qu’on puisse lutter à armes égales». Charge donc, comme il le suggère, aux maîtres d’ouvrage de découper le marché en lots de taille raisonnable pour des PME comme les siennes suivant les compétences recherchées.

A la tête de trois entreprises, Patrick Bayle a renoncé à la présidence du Syndicat des Travaux Publics de l’Essonne. Il n’en continue pas moins à s’impliquer, comme on vient de le voir, dans le territoire. Tant et si bien que lorsqu’on l’a sollicité pour assurer la présidence par intérim de l’Adezac, après 15 ans au bureau du conseil d’administration, il n’a pas décliné la proposition. Il l’exerce depuis décembre dernier et c’est à cet autre titre qu’il a accepté de répondre à nos questions : sur la vocation de cette association et son rôle sur les dynamiques de Paris-Saclay.

Suite de la rencontre avec Patrick Bayle à travers l’entretien qu’il nous a accordé (pour y accéder, cliquer ici).

Légendes photos : une restructuration de rez-de-chaussée pour la Caf de l’Essonne, à Massy (en illustration de cet article) ; ferronnerie réalisée pour la mairie de Bièvres (en Une, grand format), Patrick Bayle (en Une, petit format).

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