Adezac, kézako ? Rencontre avec Patrick Bayle (2)

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Créée pour faire entendre la voix des chefs d’entreprises du parc d’activités de Courtaboeuf, du Plateau de Saclay et des environs, l’Adezac fête ses quarante ans d’existence. Patrick Bayle, son président par intérim nous en dit plus sur sa vocation et ses attentes par rapport au projet de Campus Paris-Saclay.

Pour accéder au premier volet de la rencontre avec Patrick Bayle, cliquer ici.

- Si vous deviez définir l’Adezac ?

C’est un réseau régional de chefs d’entreprises de l’Essonne qui fête son quarantième anniversaire cette année puisqu’elle est née le 28 février 1975, dans le sillage de la création du parc d’activité de Courtabœuf, l’un des plus grands d’Europe. C’est dire si elle a suivi les évolutions du territoire. A l’origine, elle avait pour vocation de traiter des différentes problématiques de cette zone : transports, signalisation mais aussi logements, etc. en faisant remonter les attentes et besoins des entreprises auprès des collectivités locales et des pouvoirs publics. Elle intervenait sur les communes directement concernées par le parc : les Ulis, Villebon et Villejust. Depuis, son périmètre s’est élargi aux communes avoisinantes (Orsay, Gif-sur-Yvette, Palaiseau…) et à la Vallée de l’Yvette.
Elle compte aujourd’hui plus de 150 adhérents – des sociétés de secteurs et de taille différents – qui totalisent plus de 3 500 salariés et plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ce qui en fait la première association patronale de l’Essonne et l’interlocuteur de choix pour les acteurs économiques du département (Agence pour l’Économie, Conseil Général, CCI, Mairies, Intercommunalités…).
Nous faisons aussi bénéficier à nos membres qui le souhaitent des informations compètes en matière juridique, économique et fiscale. Régulièrement, sont organisées des manifestations conviviales, comme des petits-déjeuners, auxquelles nous convions des personnalités locales.
Bref, si je devais résumer la vocation de l’Adezac, je dirai qu’elle est de rompre l’isolement du chef d’entreprise et de développer les synergies sur notre territoire.

- Quelles sont vos réalisations concrètes ?

Nous avons plusieurs initiatives à notre actif : la mise en place d’un centre courrier à Courtaboeuf (Code Postal) ; les nombreuses interventions auprès des instances administratives ou juridiques pour nos entreprises ; l’aménagement de la passerelle piétonne enjambant la RD 35, entre Villebon et Villejust, l’échangeur du « haricot » ou encore le tourne à droite du ring ; des accès directs sur l’autoroute au niveau des châteaux d’eau et le projet d’une voie en site propre pour relier Massy ; la mise en place des lignes de bus desservant la totalité du Parc d’Activités, etc. Comme vous pouvez le constater, notre association n’hésite pas à traiter de problèmes concrètes et d’y apporter des solutions qui le sont tout autant.

- Que signifie le sigle ?

Sa signification a connu des modifications successives pour tenir compte de l’évolution du périmètre et ambition de l’association. Au début, il signifiait l’Association des Entreprises de la Zone d’Activités de Courtaboeuf. Puis en 1988 : Association pour le Développement des Entreprises de la Zone d’Activités de Courtabœuf. Depuis 2003, l’Association a pour but de rassembler entreprises, prestataires de services, artisans, commerçants ainsi que tout établissement de coopération intercommunal à vocation économique, installés sur Courtabœuf, le Plateau de Saclay et les communes avoisinantes.
Précisons au passage que le logo lui-même a évolué : le gros bœuf lourd mugissant très mécanisé des débuts a été remplacé par un bœuf élégant, électronisé et bondissant en 1996. Il me paraît être une bonne synthèse entre la vocation agricole du territoire (même si seule l’activité céréalière domine) et l’ambition technologique du Plateau de Saclay et de ses vallées.

- Une autre association équivalente existe du côté de Massy. Envisagez-vous un rapprochement ?

Non, ce ne me semble pas à l’heure du jour. Bien sûr, nous échangeons, mais chacune de nos associations a ses spécificités, liées à son historique et aux contextes où elle intervient.

- Dans quelle circonstance avez-vous, vous-même, rejoint l’Adezac ?

Je l’ai rejointe il y a une quinzaine d’années. A l’époque, j’avais renoncé à la présidence du Syndicat des Travaux Publics de l’Essonne pour pouvoir me consacrer à mes entreprises. Mais très vite, au vu de mes divers engagements, des amis m’ont fait un appel du pied pour intégrer le conseil d’administration de l’Adezac. J’ai accepté considérant que c’était une manière de lever la tête du guidon, de voir des têtes nouvelles, de différents secteurs d’activité et de m’informer des enjeux du territoire. Depuis peu, j’en assume la présidence par intérim.

- Comment se passe le dialogue entre vos membres, qui n’évoluent pas dans le même univers professionnel ?

Force est de constater des différences de cultures professionnelles : des personnes ne parlent pas le même langage selon qu’elles évoluent dans le BTP, l’informatique ou d’autres secteurs. Il faut donc prendre le temps de se connaître. Il faut aussi composer avec les personnalités ! Nous autres qui travaillons dans le bâtiment sommes a priori des gens pragmatiques. Après le temps de la discussion, nous éprouvons le besoin de passer à l’action. Ce me semble être une bonne disposition d’esprit pour faire avancer des dossiers relatifs à des problématiques du territoire.

- Comment procédez-vous concrètement pour avancer ?

Une fois que nous percevons un besoin, nous sollicitons les avis et le concours des autres parties prenantes présentes sur le territoire. Notre association a vocation à mettre les parties concernées autour de la table et avancer de manière pragmatique. En plus de faire caisse résonnance, nous sommes force de proposition. Le préfet et le sous préfet ont le réflexe de nous solliciter. De même que les associations liées à l’insertion professionnelle. Concernant les questions de transport, nous participons aux travaux du Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif). Nous avons également des relations avec des pépinières.
Force est de constater que notre pays souffre d’un trop grand cloisonnement entre le monde des élus, celui de l’administration et de l’économie. Nous nous efforçons donc de jeter des passerelles. Mais autant vous dire que ce n’est pas simple !

- Même aujourd’hui, après quarante ans d’existence ?

Oui. Et cela n’est pas dû à un manque de bonne volonté des acteurs. C’est tout le contraire. Le dialogue est toujours fructueux avec les élus et les représentants d’administrations. Mais une fois passé le temps de l’échange, chacun revient à sa logique propre.

- Que faites-vous pour faire connaître vos actions ?

L’association a de tout temps diffusé une lettre d’information. La dernière en date fut le « Journal du Pôle Scientifique Adezac-Ile de France Industrie Saclay ». Avec l’arrivée d’Internet et sa mise en place, nous sommes revenus au principe d’une « Lettre aux Adhérents ». Plutôt que de communiquer, nous privilégions le contact direct avec les élus et les autres parties prenantes, en allant à leur rencontre, en organisant des réunions, des rencontres.

- Comment vous êtes-vous positionné par rapport au projet de Paris-Saclay ?

Nous n’avons pas encore de doctrine bien arrêtée. Nous sommes cependant très attentifs à ce qui se passe en étant d’ores et déjà engagés dans différentes actions qui vont dans le même sens. L’une d’elle, par exemple, vise à rapprocher les entreprises de l’Université de Paris-Sud et vice versa. Au sein de l’association, une personne est en charge de ce dossier. Avec Sylvie Retailleau, Doyenne de cette université, elle examine comment travailler ensemble avec les chercheurs et les enseignants.

- Venons-en aux questions de transport. Quelles sont vos attentes et propositions ?

Les transports sont une question clé. Nous avons formulé des propositions pour améliorer les liaisons entre Courtabœuf et Massy ; des expériences sont en cours. Mais au vu de la congestion qu’il y a sur le parc comme sur la vallée, il y a sans nul doute encore des progrès à faire. La ligne du RER B est désormais saturée.
Certes, le problème n’est pas propre à Paris-Saclay, mais si on veut en faire un territoire attractif au plan de l’innovation, il importe d’en améliorer le cadre de vie pour ceux qui y travaillent comme pour ceux qui y vivent et qui pâtissent des embouteillages.
Outre l’amélioration des transports, il faut aussi permettre aux gens de se déplacer moins, en habitant au plus près de leur lieu de travail. Le matin et en fin de journée, il est particulièrement difficile de circuler dans la vallée.

- Vous militez-donc pour la construction de logements supplémentaires…

Bien sûr, les deux problématiques sont liées, et ce n’est pas seulement le chef d’entreprise dans le BTP qui le dit. Et comme pour les autres dossiers, l’Adezac ne se borne pas aux constats. Elle fait aussi des propositions.

- Quelle appréciation posez-vous sur la dynamique actuelle de Paris-Saclay ?

Personnellement, c’est une dynamique que je suis de près et ce, depuis plus longtemps que vous pouvez le penser. Du temps où j’étais salarié, à Massy, nous suivions déjà avec attention les perspectives, ne serait-ce que dans le domaine de l’eau où il y avait beaucoup à faire en matière de traitement des eaux (stations d’épuration, traitement des déchets, canalisation).
Plus généralement, il était question de redynamiser le plateau en créant plus de synergie entre les établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Cela fait près de 25 ans que l’on évoquait Paris Ile de Science. Il y était aussi question d’y construire des logements pour accueillir les nouveaux étudiants et chercheurs ou personnels. Mais force est de constater que les choses ne semblaient pas bouger pour autant, jusqu’à ces toutes dernières années avec l’arrivée de Danone ou d’Horiba. C’est alors que nous nous sommes dit que la dynamique était enfin lancée.
Depuis les choses se sont de fait accélérées avec les projets de construction des bâtiments des écoles appelées à rejoindre le Plateau, sans compter les laboratoires et les centres R&D. Tout cela devrait amener de nouvelles populations et donc de nouveaux logements.

- En percevez-vous les retombées en tant que chef d’entreprise ?

Malheureusement non. Et je ne suis pas le seul à le regretter. Un collègue de la Fédération Française du Bâtiment déplorait récemment que les maîtres d’ouvrage n’aient pas pris la peine de nouer contact avec les entreprises locales. J’ajoute qu’ils ne sont pas assez regardant sur les personnels utilisés par des entreprises et leurs sous-traitants, à savoir des personnels détachés. Même quand ceux-ci sont européens, le problème reste entier : ils sont moins scrupuleux à l’égard du droit du travail et moins bien rémunérés.
Les entreprises comme les nôtres ne sont pas récompensées de leur effort en matière de formation et d’apprentissage. La situation s’est dégradée au point d’assister à un renversement de situation : il y a quelques années, c’est les patrons qui couraient après des jeunes en apprentissage, aujourd’hui, c’est eux qui peinent à trouver des entreprises qui acceptent de les prendre en apprentissage. Je parle bien évidemment du secteur du BTP, que je connais le mieux.

- Cet enjeu a fait l’objet d’une journée autour de l’achat responsable, à l’initiative d’Atout Plie Nord-Ouest 91…

Nous connaissons bien cette structure pour avoir participé à une réunion de la direction départementale du travail, en présence du préfet. Ce dernier nous a incités à nous regrouper. Ce qui est plus simple à dire qu’à faire. On n’associe pas une carpe et un lapin, en l’occurrence. Il conviendrait que les maîtres d’ouvrage réservent un pourcentage des travaux à des entreprises locales, employant de la main d’œuvre également locales. Cela irait de surcroît dans le sens du développement durable promu par les pouvoirs publics. Faire travailler des entreprises locales limiteraient les retombées carbones. Nous continuons à démarcher les élus pour mieux appréhender les marchés, mais rien n’est simple. Nos interlocuteurs comprennent bien le problème. Mais les conséquences pratiquent tardent à être tirer.

- Quelle est la part entre les blocages institutionnels et nationaux, et ceux qui tiendraient à ce territoire-ci ? Les acteurs peineraient-ils plus qu’ailleurs à se mettre autour d’une table et agir collectivement, à se rencontrer ?

Nous n’avons pas de difficulté particulière pour rencontrer les élus. Aussi curieux que cela puisse paraître, les blocages se situent à un échelon en dessous, du côté de l’administration, qui a tendance à s’en tenir à une lecture très juridique du code des marchés publics, sans prise en compte du mieux disant social pour le territoire. Le poids de la hiérarchie prive semble-t-il les personnels administratifs d’une marge d’autonomie dans l’appréciation des réponses aux appels d’offres. Tout se passe comme si ceux-ci en étaient réduits à se protéger en prenant le moins de risque possible. Sans parler de la « lourdeur nationale » de l’Administration, qui mésestime les impacts des investissements sur le développement économique, voir les délais de décision et les cofinancements.

- Le 4 décembre dernier, vous organisiez un café-rencontre au PROTO204. Dans quel but ?

Nous l’avons organisé à l’invitation de Jean-François Vigier, Maire de Bures-sur Yvette et Président délégué de la CAPS, chargé du développement économique et de Guillaume Pasquier, Directeur Général de l’EPPS. Elle fut l’occasion mieux appréhender ce qui allait se passer sur le territoire, au plan du logement, des transports, des conditions de travail et les perspectives en termes de marchés et de travaux [ un diaporama complet élaboré par l’EPPS est téléchargeable sur le site de l’Adezac ; pour y accéder, cliquer ici ]. Au vu de l’affluence, elle démontrait s’il en était besoin si nos chefs d’entreprises se sentent concernés et sont prêts à y prendre part.

Légendes photos : le « Café de l’Adezac », organisé le 4 décembre dernier, au PROTO204 (en Une, grand et petit format), le logo de l’Adezac (en illustration de cet article).

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