« Force, courage et conviction ». Rencontre avec Julien Decloux

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Suite de nos découvertes des startuppers hébergés par IncubAlliance avec, cette fois, Julien Decloux, fondateur de Silltec, spécialisée dans l’impression 3D et le décapage laser.

Un Breton d’origine, de 36 ans, arrivé à Paris en 2000, papa depuis peu. C’est la réponse qu’il donne quand nous lui demandons de se présenter en quelques mots. En réalité, il pourrait en dire davantage tant sont nombreuses les cordes qu’il a à son arc. A commencer par celle pour laquelle nous avons d’ailleurs souhaiter le rencontrer : depuis 2013, il est entrepreneur, fondateur de Silltec, une start-up hébergée chez IncubAlliance. Malgré son âge, il a déjà un long et riche parcours professionnel. « J’ai commencé à travailler très jeune, dans divers métiers. » Un domaine retient particulièrement son attention : l’optique. Quoique attaché à sa Bretagne natale, il n’hésite pas à « naviguer » (c’est son mot) à travers la France pour les besoins de sa formation dans ce domaine : après l’avoir entamée à Lorient, en Bretagne, direction Montpellier, puis le campus d’Orsay (pour une année de licence d’optronique), enfin, Saint-Etienne, pour y intégrer une école d’ingénieur (Télécom Saint-Etienne, spécialisée en optique et vision industrielles).

Machines laser et systèmes de vision

Depuis quinze ans, il s’est fait une spécialité de développer des machines laser et des systèmes de vision (microscopes, notamment). Avec la ferme intention de créer un jour sa propre société. « Dès le début des années 2000, je souhaitais en créer une dans l’optique. » Il n’avait pourtant que 24 ans. Après la fin de ses études, il « monte » à Paris. « J’avais repéré le réseau Opticsvalley, une référence dans le domaine de l’optique. » Il demande ni plus ni moins à en rencontrer un responsable de l’époque, Jacques Cochard, auquel il tient à peu près ce discours : « J’ai beau être jeune, je veux créer ma boite ! ». Son volontarisme est récompensé. On lui signale l’existence d’une société en cours de création, qui cherchait des profils comme le sien. « Elle souhaitait effectuer un transfert technologique entre un laboratoire du CEA et une société qui commercialisait notamment des solutions LIBS » (comprendre : des analyseurs de matière à base de laser). Ironie de l’histoire : elle est incubée au sein d’Ile-de-France Sud Innovation (IFSI), à Gif-sur-Yvette, dont la fusion avec Ile-de-France Innovation, en 2005, donnera naissance à IncubAlliance. Chercheurs au CEA, ses fondateurs recrutent Julien, mais comme salarié. Le rêve de créer sa propre start-up attendra juste encore une dizaine d’années (la durée où il restera au sein de la société). Mais dès la deuxième, il en devient associé, en charge de la R&D. A son tour il recrutera stagiaires, apprentis et ingénieurs issus de l’IOGS, de l’Ecole Polytechnique et d’autres écoles du Plateau de Saclay, non sans jeter les bases d’un réseau qu’il se révèlera précieux par la suite. « Durant ces années, explique-t-il, le contexte reste difficile pour une société française, dans le laser, en raison des taux de change défavorables à l’euro. » La sienne survit en se diversifiant sur fond de changements d’actionnaires, particulièrement fréquents. Ce qui n’empêche pas Julien de développer des machines laser à ressources propres ou intégrées, et en vision industrielle.

Au fil du temps, il approfondit ses liens avec le territoire de ce qui ne s’appelait pas encore Paris-Saclay. « Mon bureau était situé au Laboratoire d’Interactions Laser-Matière (LILM) du CEA, implanté à Saclay. L’entreprise elle-même était localisée au CNRS, à Gif-sur-Yvette puis à Orsay. « En tant que directeur R&D, en plus de m’occuper des dossiers BPI, des CIR, j’étais en relation avec les écoles d’ingénieurs. »

En 2013, il réalise enfin son rêve, avec la création de « sa » société. « Sans transition », dit-il. « Mes associés voulaient fermer la branche laser. Or, je considérais qu’il y avait au contraire des opportunités. » Sa société aura pour nom Silltec (pour Société Innovante en Technologies Led et Laser). Il la crée seul, mais sans partir pour autant de zéro. « Au fil du temps, j’avais constitué un réseau avec, outre les écoles, les partenaires et les clients. Bref, les gens me connaissaient. Je savais à qui m’adresser. » L’activité démarre dès le mois de novembre 2013. Mais là où des start-up se créent sur une niche, lui opte pour deux marchés.

Deux marchés en un

« J’avais perçu chez les professionnels de la restauration du patrimoine, des besoins en machines qui permettent d’ablater les croutes qui apparaissent sur des façades ou des sculptures. Il en existait déjà, mais elles provoquaient un jaunissement de la pierre. » Celle que, lui, met au point permettra justement d’en conserver la patine. » Des artisans spécialisés dans la restauration se montrent intéressés. « Ils ont accepté de me suivre en allant jusqu’à investir dans la société. » Preuve s’il en était besoin qu’un artisanat ancien – la taille de pierre – et la technologie de pointe peuvent faire bon ménage.

L’autre marché que notre jeune startupper compte investir n’est autre que l’impression 3D, appliquée aux domaines aussi bien industriel que biomédical (pour la réalisation de prothèses), mais sur la base d’une technologie originale (une impression image par image basée sur la technologie des vidéoprojecteurs DLP). Il compte déjà un client – la société Prodways, du groupe Gorgé, coté en bourse – avec lequel il a déjà réalisé un CA cumulé « intéressant » depuis la création de Silltec. « J’ai conclu avec lui un contrat d’exclusivité pour la fourniture de têtes d’impression qu’il intègre dans ses machines de production. »

Bien, mais quel rapport entre les deux technologies, s’aventure-t-on à demander. « Si les marchés sont effectivement différents, les techniques en revanche sont proches. Nos machines laser et têtes d’impression 3D reposent toutes deux sur des systèmes optiques high-tech robustes permettant une illumination maximale. Et d’autres appareils de ce type sont à l’étude. » Cette diversification serait-elle une manière d’assurer ses arrières ? « Non, dit-il, c’est juste l’expression de ma nature. » Laquelle l’incline à explorer plusieurs domaines à la fois. « Déjà, au sein de la précédente société, je développais jusqu’à une dizaine d’appareils en parallèle. Alors deux ou trois… »

On lui fait remarquer qu’il parle de sa société à la première personne. Serait-il seul ? « Oui et non ». Outre des investisseurs, il a su convaincre un associé, mais en conservant l’essentiel du capital. Car, manifestement, le Breton entend rester capitaine du navire. « Cet associé m’aide dans la prise de contacts, mais c’est moi qui impulse, définit la stratégie. » Et qui créé des emplois. Depuis novembre 2014, Silltec compte six salariés.

Pour accéder à la suite du portrait de Julien Decloux, cliquer ici.

En illustration de cette article : une pièce à main laser.

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