De l’intérêt de l’incubation. Rencontre avec Julien Decloux

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Suite de notre portrait de Julien Decloux, fondateur de Silltec, une start-up actuellement hébergée au sein d'IncubAlliance. Où, en plus de nouvelles cordes à son arc, on découvre une aptitude à s'adapter aux contraintes du territoire de Paris-Saclay...

Pour accéder à la première partie de l’entretien, cliquer ici.

L’expérience IncubAlliance

Et puis seul, il l’est d’autant moins que sa société est, depuis avril 2014, hébergée chez IncubAlliance. Pourquoi ce choix demande-t-on même si on se doute que la proximité géographique ait pu jouer. « C’est Paris-Région-Entreprise (ex-Centre Francilien de l’Innovation) et BPIFrance, qui m’ont conseillé cet incubateur, considérant que je devais me faire accompagner dans la structuration de mon équipe et le développement commercial et marketing. » Le même : « L’incubation s’imposait aussi pour faciliter la recherche de subventions. » En toute franchise, il reconnait ne pas avoir fait le rapprochement avec l’incubateur installé à l’époque à Gif-sur-Yvette.

A la question de savoir ce que cette incubation lui apporte, il ose un : « Ce fut une révélation ! » « Cela m’a boosté et fait gagner un temps précieux. A IncubAlliance, on bénéficie d’un vrai accompagnement. Et puis, on croise d’autres entrepreneurs confrontés aux mêmes problématiques que les siennes. Il y a une vraie émulation. Nul doute que je n’en serais pas là aujourd’hui si j’avais créé mon entreprise tout seul dans mon coin.» Et le même d’applaudir à la manière dont l’équipe l’a « accompagné, épaulé, challengé ».

En octobre 2014, il a intégré Challenge +, le programme d’HEC. Même enthousiasme : « Une formation à recommander ! » (étant entendu qu’on y accède sur la base d’une sélection !). Puis ce sera le tour de Scientipôle Initiative, pour préparer sa première levée de fonds auprès d’investisseurs. Une perspective qu’il vit comme un autre challenge.

On fait observer l’humilité avec laquelle il a accepté de se former, malgré sa longue expérience professionnelle, au sein d’une start-up. La réponse fuse : « Je prends tout ! Je ne demande qu’à entendre les critiques. C’est la meilleure façon que je connaisse de s’améliorer. Je veux que ma boite prospère, devienne une ‘vraie’ société. Jusqu’ici, je n’ai travaillé que dans des entreprises de petite taille. »

La valeur travail en héritage

Mais au fait, d’où lui est venu ce goût d’entreprendre ? Un atavisme familial ? « Oui et non »… Le père n’a pas créé d’entreprise, mais c’est « un musicien professionnel, métier dans lequel on ne pas faire semblant ». Quant à la mère, elle a elle aussi toujours travaillé. « Il lui arrivait d’enchaîner plusieurs activités la même semaine. Tout ça pour élever ses enfants. » Il évoque aussi le souvenir d’un grand-père travailleur et plus généralement de cette enfance vécue à Morlaix, au contact d’un agriculteur. « Un bosseur, qui devait souvent se lever en pleine nuit pour soigner ses bêtes. » Un environnement dont Julien a conçu une philosophie de l’existence. « Si on ne travaille pas, on ne donne rien, et donc, on ne reçoit rien en retour. Bref, si on veut quelque chose d’autrui, il faut bosser ! » Et, à l’entendre, cela vaut aussi pour une start-up tournée vers des technologiques de pointe.

De son père, Julien a aussi hérité une autre corde à son arc : la pratique de la musique (de la basse, en l’occurrence). « J’en ai toujours fait pour mon plaisir et celui des autres. » Il a plusieurs centaines de concerts à son actif. On y voit une parfaite transition pour l’interroger sur Paris-Saclay : ce territoire n’a-t-il pas vocation à être ce qu’on appelle d’un mot emprunté à l’univers musical, à savoir un « cluster » (qui signifie alors une grappe sonore). A notre grand étonnement, il n’avait pas fait le parallèle. On lui en tient d’autant moins rigueur qu’il a encore bien d’autres cordes à son arc.

Le transport, un problème qui trouve sa solution

L’une découle de la problématique des transports à laquelle il est a priori confronté : tandis que les locaux d’IncubAlliance sont installés dans la vallée de l’Yvette, à Orsay, plusieurs de ses interlocuteurs se trouvent sur le Plateau de Saclay. Lui-même est domicilié à Gentilly. Son diagnostic ne manque pas de surprendre : « Le transport, c’est un problème, effectivement, mais de ceux que j’aime, car ils appellent nécessairement une solution. » Chez lui, elle passera par… la conduite en moto, qu’il a finie par adopter en 2013. « Désormais, je n’ai plus de difficulté pour aller d’un point à l’autre. Depuis Gentilly, cela me prends à peine 30 mn pour me rendre à IncubAlliance. » Soit, mais l’hiver ? Autre réponse, tout aussi inattendue : « Le parcours reste agréable. Il faut juste faire attention aux feuilles, au verglas et penser à gratter sa visière quand il givre. » Et le même de relever combien la conduite en moto instaure un autre rapport à son environnement et à la nature. « Elle oblige à s’adapter en permanence ». Or, l’adaptation, n’est-elle pas une vertu cardinale de tout entrepreneur ?

Il admet cependant ne pas avoir renoncé à la voiture. « D’autant moins depuis que j’ai un enfant. » Il l’utilise pour se rendre sur le campus d’HEC de Jouy-en-Josas, y suivre le programme Challenge +, « mais, précise-t-il, le moins possible ». « Cela me prend une heure et demie le matin, contre une demi-heure en moto et ce, sans excès de vitesse. » Son avenir, il ne le voit pas pour autant à Orsay. « Mon activité est industrielle. Il me faut donc disposer de locaux importants. » Il veut cependant rester en Essonne, lorgnant Massy, « plus accessible, tout en restant à proximité des écoles du Plateau de Saclay ». Ses besoins : 350 m2 de bureaux et d’ateliers d’ici la fin de l’année 2015. Coup de chance, Halima Mrabti, de la direction du développement économique de l’EPPS, assiste à l’entretien. Qu’à cela ne tienne, elle le mettra en contact avec son collègue en charge d’identifier les offres de locaux professionnels, en lien avec les agences immobilières. A Paris-Saclay, cela se passe aussi simplement que cela.

Et la Bretagne ? En éprouve-t-il de la nostalgie ? Pas le moins du monde. « J’y retourne régulièrement. J’ai encore des attaches à Morlaix, au bord de la mer, alors forcément… Et puis, j’y ai encore plein d’amis. » Preuve s’il en était encore besoin que pour être dans le cluster de Paris-Saclay, on n’en reste pas moins ouvert sur d’autres territoires.

Mantra de startupper

La fin de l’entretien approche, mais nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises. Au détour d’une phrase, on apprend que Julien pratique et enseigne le Nanbudo, un mélange de Karaté et d’Aikido. « Il s’agit d’utiliser l’énergie qui s’offre à soi, celle de l’adversaire, pour se dépasser. » Lui est « 3e dan ». Les spécialistes apprécieront (d’après Halima Mrabti, c’est du très haut niveau). On apprend aussi qu’il collabore à ses heures perdues au magazine Tenshin (l’art de l’esquive). En projet, il a un article dans lequel il se propose de jeter des passerelles entre arts martiaux et musique. « Force, courage et conviction » est l’un des mantras du Nanbudo. « De la conviction dans ce qu’on fait, du courage pour l’assumer, la force pour la traduire en actes. » Inutile d’aller chercher plus loin la source de cette sérénité qu’il dégage tout au long de l’entretien. Ni son mantra de startupper.

En illustration de cet article : un projecteur DLP.

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