Des maladies orphelines plus pour longtemps. Rencontre avec Brigitte Onteniente

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Premier écho à la 6e édition de Paris-Saclay Invest, organisée le 28 juin dernier, à travers le témoignage de Brigitte Onteniente, lauréate du prix du public (ce qu’elle ignorait encore au moment de l’entretien), et dont la société, Phenocell, est en passe de faire faire un grand pas dans la lutte contre des maladies orphelines, grâce à une technique innovante en matière de production de cellules souches.

- Si vous deviez de nouveau pitcher votre start-up ?

Phenocell est une société de biotechnologie qui a pour vocation d’accélérer le développement de médicaments destinés au traitement de maladies orphelines. Pour mémoire, on estime à 7 000 le nombre de ces maladies et à quelque 350 millions de personnes concernées à travers le monde. Nous ciblons tout particulièrement les pathologies de la rétine et de la peau. Les cellules que nous créons, produisons et commercialisons sont des cellules souches issues directement des patients : nous les dérivons d’une prise de sang, par la technologie de reprogrammation cellulaire, sur laquelle nous avons une licence. Cette méthode a au moins deux avantages. D’abord, proposer des cellules beaucoup plus pertinentes au regard de l’état pathologie du patient que les cellules utilisées actuellement pour identifier les futurs médicaments. Ensuite, elle permet de travailler sur des cohortes de patients présentant des caractéristiques cliniques similaires et, ainsi, de nous diriger vers une médecine plus personnalisée.

- Pourquoi cette solution aujourd’hui et pas avant ? Qu’est-ce qui l’a rendue possible ?

Cette technologie de reprogrammation cellulaire est une invention japonaise. Elle permet de reprogrammer in vitro une cellule provenant d’un organisme adulte en une cellule souche, la fonction de celle-ci étant, je le rappelle, de donner naissance à toutes les cellules dont l’organisme humain a besoin. Nous pouvons ainsi, pour la première fois, proposer des quantités illimitées de cellules qui sont des modèles totalement fidèles des maladies humaines.

- Qu’elle a été la valeur ajoutée de votre apport ?

Le savoir-faire de notre équipe dans la production de certains types cellulaires, où nous n’avons tout simplement pas de concurrent. Nous en proposons pour l’instant quatre, qui peuvent être utiles au développement de médicaments orphelins aussi bien qu’à des médicaments plus courants.

- Où en est votre société ? Quelles compétences mobilise-t-elle ?

Le directeur scientifique, Julien Maruotti, et moi-même sommes des spécialistes des cellules souches. La société n’a encore que deux ans et demi. Elle mobilise déjà une petite équipe de six personnes. Quoiqu’encore de petite taille, elle a réussi le challenge de produire autant de types cellulaires (quatre, donc, à ce jour) sans équivalents sur le marché.

- Quelles étaient vos attentes en participant à Paris-Saclay Invest ?

Il s’agissait d’abord d’avoir le retour d’un public différent de celui que nous côtoyons d’ordinaire et, si possible, de nouer de premiers contacts avec des investisseurs – nous sommes en période de levée de fonds en vue de financer le projet de développement d’une plateforme de création de tests phénotypiques avec les cellules que nous produisons. Une plateforme qui nécessite notamment une autonomisation des lignes de production des cellules et des tests, un renfort de nos effectifs, un investissement en propriété intellectuelle, enfin, un effort marketing. Mais dans notre esprit, Paris-Saclay Invest était aussi l’occasion de nous rapprocher du campus Paris-Saclay. Pour ce que nous en voyons depuis l’ENSTA ParisTech, il est particulièrement agréable, ne serait-ce qu’avec toute cette verdure…

- Serait-il adapté au développement d’une start-up comme la vôtre ? En suivez-vous d’ailleurs l’actualité ?

Oui, bien sûr. Il se trouve que je le connais déjà très bien : j’ai longtemps collaboré avec le CEA, qui est jusqu’à côté. Je suis impressionnée par sa transformation sous l’effet des aménagements et de l’arrivée de nouveaux établissements d’enseignement supérieur et de recherche. C’est proprement fantastique. Paris-Saclay ne cesse de gagner en puissance et en dynamisme.

- Et pourtant, vous êtes installée au Genopole….

Oui, car c’est un autre endroit propice à de la R&D dans le domaine de la santé, reconnu en particulier comme un pôle phare dans le domaine des cellules souches et leurs applications en médecine personnalisée. D’ailleurs, je n’oppose pas les deux. Le Genopole s’inscrit plus que jamais dans la dynamique de Paris-Saclay.

- Un mot sur l’exercice du pitch auquel vous avez dû vous livrer : un exercice peu habituel pour des scientifiques…

Je l’ai d’ailleurs beaucoup appréhendé en passant, autant le reconnaître, une très mauvaise nuit. Au tout début de l’aventure Phenocell, j’ai suivi une formation à HEC. Pitcher devant des professeurs de cette école est un exercice qui vous arme ! Il se trouve aussi que je fais partie du jury de sélection du programme Challenge + et j’ai pu mesurer les progrès réalisés par les entrepreneurs au fil des ans. Les candidats au programme sont le plus souvent déjà prêts, comparés à ceux des promotions d’il y a encore trois-quatre ans.

A lire aussi les témoignages des lauréats du prix du jury – Pierrick Boissel et Joseph Léopold (Gamping) -, de Fabien Keller (Birdycent), de Bruno Duval (président-fondateur de Finance & Technologie) et d’Eve Chegaray (chroniqueuse de BFM Académie, animatrice de la journée) ; pour y accéder, cliquer ici. Pour en savoir plus sur Phenocell, cliquer ici.

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