Formation à l’entrepreneuriat : la voie originale de l’Institut d’Optique

FIE, trois lettres pour Filière Innovation-Entrepreneurs. Mise en place en 2006, par l’Institut d’Optique Graduate School, elle forme des élèves ingénieurs à l’entrepreneuriat en leur permettant de mener des projets d’entreprises technologiques à forte valeur ajoutée en photonique. Visite du bâtiment 503 (Campus d’Orsay) qui lui est entièrement dédié, avec François Balembois directeur de l'Entrepreneuriat et de l'Innovation à l'Institut d'Optique.

Depuis maintenant six ans, les élèves qui entrent à l’Institut d’Optique Graduate School (IOGS) peuvent, au choix, une fois leur diplôme en poche : ou bien intégrer une entreprise du secteur de la photonique ; ou bien poursuivre une thèse ; ou bien devenir entrepreneur en mettant sur le marché leur innovation technologique à haute valeur ajoutée en photonique. Sachant que cette voie de l’entrepreneuriat débute dès la première année par un programme d’initiation à l’entrepreneuriat (programme Young Entreprise Project proposé par l’association Entreprendre pour Apprendre), puis en 2e et 3e années (équivalents Master), dans le cadre d’un cursus sans équivalent : la Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE).

Hasard, ludique, opportunité…

« Hasard », « ludique » et « opportunité » : ce sont les mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche de François Balembois, en charge de cette filière, pour en caractériser l’esprit et l’histoire.

Un « rat de laboratoire » converti à l’entrepreneuriat

« Un pur produit de l’Institut d’Optique ». C’est en ces termes que François Balembois, 44 ans, se définit. Diplômé de l’Institut d’Optique (promotion de 1991), il a ensuite poursuivi sa thèse au sein d’un des laboratoires de cette Grande Ecole d’Ingénieurs. Recruté ensuite par l’Institut, comme enseignant-chercheur, il y sera successivement maître de conférences et Professeur, en 2003. L’année suivante, il se voit confier la direction des études, qu’il assumera jusqu’en 2010. Depuis 2006, il pilote le développement de l’entrepreneuriat à l'Institut d'Optique. François Balembois est aussi un enfant d’adoption du Plateau de Saclay : a défaut d’y vivre, il s’y rend quotidiennement depuis 1986, année d’entrée dans cette école pionnière en entrepreneuriat technologique.

Le premier hasard remonte à 2004. Cette année-là, le jeune directeur des études d’alors reçoit une proposition de service d’un entrepreneur qui a mis au point une « formation-action » en entrepreneuriat. Comme le concept le suggère, il s’agit de plonger les candidats dans le bain en leur permettant de découvrir les différentes dimensions de l’entreprise à travers la poursuite d’un projet concret de création d’entreprise technologique. « L’idée d’ouvrir les élèves au monde de l’entreprise me trottait dans la tête.» A l’époque, il reconnaît ne pas avoir encore pensé en terme d’entrepreneuriat. « Durant les années d’études, cette notion ne faisait pas partie de notre vocabulaire ! » La formation-action est mise en place dès la rentrée 2004. « Nous avions détourné des projets étudiants généralement orientés vers la recherche vers des projets de création d’entreprise.» Le succès est au rendez-vous. A l’époque, ce qui allait devenir une filière de formation à part entière, ne compte qu’une centaine d’heures. L’expérience ne manqua pas de faire long feu. « Ne pouvant assumer seul l’encadrement du programme, j’ai failli renoncer par manque de temps, l’année suivante.» Mais c’était sans compter avec les élèves « Ceux qui en ont bénéficié ont fait le forcing pour obtenir le maintien de cette formation originale . » Bis repetita donc. Nouveau succès.

Mais c’est en 2006 que la FIE actuelle se met en place. Cette année-là, changement de direction à la tête de l’Institut d’Optique. Le nouveau directeur, Jean-Louis Martin, fait du développement de l’entrepreneuriat une des priorités de sa Grande Ecole d’Ingénieurs. « Ayant vécu aux Etats-Unis, il avait saisi l’importance de l’entrepreneurship y compris dans le domaine de la recherche.» C’est alors qu’une autre personne rejoint l’aventure : Frédéric Capmas, l’actuel directeur de la Filière Innovation Entrepreneur. Avec lui, François Balembois se lance dans la construction d’une structure pédagogique sur 2 ans de 550 heures dédiées à l’entrepreneuriat « Naturellement, nous avions fait du benchmarking. Force a été de constater qu’en France, il n’y avait pas encore rien d’aussi ambitieux que ce que nous voulions faire (des centaines d’heures de formation, sur deux ans). Les formations duraient le plus souvent 12 mois au plus. Nous avons donc dû tout inventer, en nous inspirant de ce qui se faisait à l’étranger en entrepreneuriat technologique : aux Etats-Unis, sur la Côte Ouest comme sur la Côte Est, ainsi qu’au Québec. Aujourd’hui, l’œil toujours rivé sur l’autre côté de l’Atlantique, il a le sentiment d’être en phase avec les évolutions qu’on y observe… « Voire même, presque, en avance ! »

Parmi les autres hasards qui jalonnent la jeune histoire de la FIE, il tient à évoquer la rencontre avec l’équipe de Scientipôle Initiative, une association ayant vocation à soutenir la création d’entreprises. « Ils connaissaient l’enseignement que nous avions mis en place en 2004, qu’ils m’avaient d’ailleurs aidé à poursuivre. En 2006, quand nous leur avons parlé de notre projet de filière, ils ont réagi au quart de tour, nous apportant un vrai soutien, au point d’avoir rejoint les locaux ! Ils partageaient notre approche pragmatique et ludique des choses. »

Un riche réseau de relations

Entre autres atouts, l’Institut d’Optique bénéficie aussi d’un riche réseau de relations avec plusieurs entreprises, constitué au fil du temps à travers notamment sa participation à Opticsvalley. On en vient à une des originalités de la formation qui explique aussi son succès : « Les élèves bénéficient des idées que nous identifions dans notre réseau. Charge à eux de les traduire, si possible, en innovation technologique à haute valeur ajoutée.» D’abord, en concevant un modèle économique approprié tout en développant un objet technologique pour aller convaincre soit des investisseurs soit de premiers clients. Ainsi, la phase de maturation est intégrée dans les deux dernières études. Les élèves ne sont pas abandonnés à eux-mêmes : une cinquantaine de formateurs et d’accompagnateurs assurent un juste équilibre entre les enjeux technologiques et la dimension business. Résultat : au sortir de leur formation, les diplômés sont en mesure de créer leurs entreprises technologiques et réaliser leurs premiers euros de chiffre d’affaires. Quand ils ne le font pas en cours d’années d’études à l’image de Jean-Philippe (portrait à paraître). A défaut, ils pourront intégrer une entreprise avec déjà une parfaite connaissance des facteurs économiques et… un solide carnet d’adresses. « Les employeurs qui recrutent nos diplômés disent tous être surpris par leur maturité et la richesse de leur réseau professionnel. Nos élèves ont les bons réflexes que n’ont pas d’ordinaire des ingénieurs débutants.» Rançon du succès : les demandes d’inscription vont croissant. Jusqu’ici, la FIE recrutait 20 élèves par an, soit un quart du total de la promotion. En 2011, le programme pré-FIE de 1re année en a recruté 34 au lieu des 25 places prévues initialement. Depuis sa création, la filière bénéficie d’un contexte plus favorable : la notion d’entrepreneuriat perce dans le campus. Sans compter la dynamique de cluster de Saclay. Naturellement, l’Institut d’Optique s’est impliqué dans le Peeps dont elle est un des membres fondateurs. Mais, au-delà, quels sont les résultats de la FIE ? En bon professionnel, François Balembois a dressé un bilan à partir de critères qui se veulent aussi objectifs que possibles :

- le nombre d’idées à fort potentiel d’innovation technologique, d’abord : 70 à ce jour, soit une dizaine par an, sachant que cette moyenne masque en réalité une progression constante (en 2011, ce sont une vingtaine d’idées qui ont été identifiées) ;

- le nombre de créations d’entités, ensuite : 9 (dont 8 entreprises et 1 filiale), six étant situées sur le cœur de métier de l’Institut d’Optique (la photonique) ;

- les emplois créés : une cinquantaine en cumulé ;

- le chiffre d’affaires total : 1,7 millions d’euros en 2011 ;

- les fonds levées : 3 millions (toujours en 2011).

A quoi s’ajoutent la trentaine de prix cumulés dont 8 prix au niveau national (concours national de la création d’entreprise). Des chiffres qui peuvent paraître à la fois significatifs et… modestes. Mais outre le fait que la filière est encore jeune (les premières idées sont sorties en 2008, compte tenu des deux ans de maturation de la première promotion), son succès ne saurait être évalué à l’aune de critères quantitatifs. Comptent aussi les effets plus qualitatifs qui s’apprécient jusque dans l’ambiance qui règne dans l’établissement. « Si la filière ne concerne que 70 élèves – sur les trois années d’études – il y règne un enthousiasme communicatif qui déteint sur le reste de l’école » observe Kenza Cherkaoui, directrice de la communication. La même tient à rappeler que la mission de la FIE n’est pas de créer des entreprises. « On cherche d’abord à former des têtes bien faites qui vont irriguer le tissu économique français, en contribuant à insuffler un esprit entrepreneurial.»

L’attractivité du Plateau de Saclay

Et l’environnement du Plateau de Saclay, en quoi est-il bénéfique ? « Nos idées, nous les recueillons majoritairement à l’échelle de l’Ile-de-France, précise François Balembois. Mais il est clair, que nous sommes ici, sur le Plateau, dans un terreau particulièrement favorable. Notre ambition est d’ailleurs de nous y ancrer, en montant des équipes pluridisciplinaires et des formations croisées.» Depuis 2011, une partie des enseignements est passée en cours du soir pour accueillir des élèves de PolyTech Paris-Sud, l’école d’ingénieurs de l’université Paris-Sud. Parallèlement, l’Institut d’Optique s’est rapproché d’HEC pour mettre en place des groupes communs, autour de missions et de projets.

10 000 m2 dédiés à l’entrepreneuriat

L’originalité de la filière doit aussi beaucoup au lieu qui l’abrite : le Centre d’entrepreneuriat de l’Institut d’Optique qui totalise quelque 10 000 m2, sur le Campus universitaire d’Orsay (bâtiment 503). Pour mémoire, ce lieu a abrité l’Institut d’Optique jusqu’en 2006, désormais installé à principalement à Palaiseau. « C’est aujourd’hui le lieu d’expression de la FIE.» De prime abord, le visiteur ne manque pas d’être surpris par le contraste entre l’apparente vétusté des locaux et l’ambiance high tech et même business qui règne dans les pièces investies par les jeunes entrepreneurs issus de la filière. Spontanément, le même visiteur fait le rapprochement avec les incubateurs. Sauf que le Centre d’entrepreneuriat est bien autre chose. Il accueille aussi des entreprises « vieilles » déjà de plusieurs années et qui comptent pour certaines plusieurs emplois. A quoi s’ajoutent la vingtaine d’entreprises ou structures, totalisant 150 emplois, venues de l’extérieur. « Elles nous ont rejoints pour prendre part au jeu, en assumant un rôle de grand-frère sinon de tuteur. Nos élèves peuvent aller frapper à leur porte pour trouver des réponses à leur question.» Bien que le Centre d’entrepreneuriat ne soit pas a priori extensible, François Balembois se veut confiant, estimant avoir encore deux ans devant lui avant de se confronter à un trop plein. « Les entreprises en croissance partiront d’elles-mêmes quitte à rester dans le secteur.» En plus d’un openspace (en cours d’aménagement) et une dizaine de bureaux destinés aux élèves-entrepreneurs les plus avancés dans leur projet, le Centre d’entrepreneuriat abrite une pièce qui ajoute à son originalité : une plateforme de prototypage qui met à disposition équipements et matériels en optique, électronique et opto-mécanique. C’est un accélérateur d’intégration de l’innovation sur le marché. Elèves et entreprises peuvent ainsi apporter la démonstration que leur idée est réalisable. « Dès 2006, nous avons perçu que c’était un maillon qui manquait dans la chaîne d’innovation. » Fonctionnant jusqu’ici de manière informelle, la plateforme de prototypage est depuis peu ouverte aux entreprises partenaires. « Suite à une enquête auprès des entreprises partenaires, nous nous sommes aperçus que beaucoup d’entre elles pouvaient y trouver un moyen d’accélerer leur R&D en ayant accès à du matériel coûteux qu’elle n’ont pas les moyens de financer » Pour animer l’atelier, l’Institut d’Optique a recruté Camille Ressigner, titulaire d’un DUT en mesures physiques (Limoges) et d’une licence pro à Clermont-Ferrand.

Pour son financement, la plateforme de prototypage qui peut accueillir jusqu’à une dizaine d’équipes, bénéficie d’un financement conjoint du Conseil général de l’Essonne et de la région Ile-de-France. Prochainement, elle s’enrichira d’une imprimante en trois dimensions, ce qui permettra de réduire encore un peu plus le passage du concept à l’application technologique Cet environnement de haute technologie n’empêche pas François Balembois de cultiver la dimension ludique de l’esprit entrepreneurial et d’innovation de la FIE. Il n’est d’ailleurs pas peu fier de montrer en guise d’exemple un prototype fait de matériels électroniques, de fils électriques et d’un morceau de bambou… Et toujours aussi soucieux de favoriser les opportunités, il songe très sérieusement aménager dans les locaux encore disponibles, un lieu qu’il estime hautement stratégique : une cafet’ !

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