Workshop PROTOBUS : l’apport du design. Rencontre avec Aurélie Moyon

MoyonPaysage
Suite de nos échos au premier workshop consacré au PROTOBUS avec Aurélie Moyon, partenaire de l’agence Dici Design, en charge de l’organisation des ateliers de préfiguration du PROTOBUS.

Pour accéder au premier écho du workshop, cliquer ici.

- Vous vous êtes présentée comme designer. Comment appréhendez-vous ce métier ?

Je suis effectivement designer, issue l’Ecole de design Nantes Atlantique (avec un master en design industriel, poursuivi sur le campus Chine de cette école) avec une spécialisation en management de l’ESCP Europe. Depuis six ans maintenant, je suis conseillère en design de produits et de services innovants. Mon premier travail consiste à accompagner les entreprises dans l’émergence de leurs idées pour, ensuite, les traduire dans  des concepts, en prenant en compte les diverses contraintes qui se présentent, aussi bien technologiques que sociales ou économiques.

- Sur quelles méthodes vous appuyez-vous ?

Dans le cadre du workshop, je me suis appuyée sur les méthodes que j’enseigne dans des établissements d’enseignement supérieur ou expérimente au sein d’entreprises ou bien pour des agences comme Dici Design, qui a été missionnée pour l’organisation des ateliers de préfiguration du PROTOBUS. Ces méthodes sont fondées sur « la pensée design » (design thinking) ou de l’ingénierie créative. Elles consistent à structurer des temps de réflexion tout en créant les conditions pour permettre aux participants de laisser libre cours à leur imagination avant d’intégrer les contraintes et les opportunités. L’intérêt de ces méthodes est de mettre l’accent sur les usages plutôt que sur l’aspect proprement technologique de l’innovation.

- Concrètement, comme cela se déroule-t-il ?

Pour les besoins de ce workshop, nous avons réparti les participants en trois groupes, en les invitant à réfléchir à autant de scénarios différents : le PROTOBUS comme espace de conception, comme espace d’expérimentation, enfin, comme outil de communication et de promotion des innovations de l’écosystème Paris-Saclay. Nous parcourons ensuite ces scénarios avec des profils d’utilisateurs potentiels, définis à travers leurs besoins et leurs attentes, pour mieux, ensuite, transformer les idées en usages potentiels. Les récits ainsi proposés sont représentés sous forme de croquis aussi simples que possible (tous les participants ne savent pas nécessairement dessiner). Le tout est assemblé sur une frise. On peut ainsi mesurer au premier coup d’œil la créativité du collectif constitué le temps d’un atelier. Reste cependant à tout décortiquer puis à reformuler les idées en de vraies opportunités de création de valeur, viables économiquement. Ce sera l’objet d’un autre workshop.

- A voir les post-it rassemblés sur un tableau, les ateliers ont en effet été visiblement productifs. Cependant, quelle est la part due à l’efficacité de la méthode et celle due aux participants eux-mêmes, qui baignent dans un cluster tourné vers l’innovation et sont, donc, a priori des créatifs ?

Effectivement. Par elle-même, la méthodologie est propice à de la créativité. En permettant aux participants de donner libre cours à leur imagination, lors d’une première phase dite d’ « ouverture divergente », elle favorise le foisonnement d’idées. Il est clair que les profils des participants ne pouvaient que donner de riches résultats. Cependant la dynamique de l’animation compte beaucoup. Un atelier de créativité se doit d’être très rythmé. Sa réussite repose aussi sur la capacité d’écoute des participants.

- Dans quelle mesure la problématique des transports, à Paris-Saclay, a-t-elle selon vous elle aussi incité à cette créativité des participants ?

Cette problématique des transports est clairement ressortie de l’atelier qui fut d’ailleurs l’occasion de découvrir plusieurs projets, dont certains n’ont pas encore été l’objet d’une communication officielle. Forcément, nous nous sommes retrouvés à confronter des idées, qui nous éloignaient un peu de notre sujet !

Même si le PROTOBUS n’a pas vocation à être un simple moyen de transport, il entre en résonance avec, non seulement les problématiques liées aux conditions de déplacement sur le Plateau de Saclay, mais aussi l’effort porté sur l’innovation dans les domaines de la mobilité. J’ajoute qu’un bus, par définition, induit de la multimodalité : c’est un moyen de transport qui permet de se connecter à d’autres moyens de déplacement, en ralliant une gare ou une autre station de bus, sinon un parc de stationnement.

- Au final, comment expliquez-vous tout cet intérêt autour d’un objet aussi banal qu’un bus ?

C’est bien la preuve que l’innovation ne consiste pas à faire table rase du passé, mais, parfois, à renouer avec des objets apparemment d’un autre temps, en en réinventant les usages. En l’occurrence, il s’agit de sortir de la fonction primaire d’un bus, à savoir : nous faire aller d’un point A à un point B, et de l’associer à d’autres usages comme ceux que j’ai évoqués. Une illustration parmi d’autres du fait que l’innovation procède d’abord à partir des besoins du quotidien et de ce qui nous touche.

- Les besoins du plus grand nombre ou de quelques communautés ?

C’est toute la question qui a été soulevée, du moins au cours de l’atelier que j’ai personnellement animé, avec l’idée d’associer le plus étroitement les habitants, y compris ceux qui n’ont pas forcément accès aux ressources de l’écosystème ou l’habitude de fréquenter des environnements dédiés à l’innovation ou à la créativité.

- Encore un mot sur une notion qui m’est venue à l’occasion de cet atelier, à savoir le fait qu’en plus d’un génie militaire, civil ou encore urbain, il serait peut-être temps de reconnaître l’existence d’un « génie de l’innovation » en définissant celui-ci comme l’ensemble des compétences et savoirs d’ingénieurs mobilisés au fin de favoriser l’innovation sur un territoire sinon un écosystème. Une telle formule fait-elle sens pour vous ?

Oui, tout à fait, dans la mesure où, aujourd’hui, pour innover, c’est-à-dire pour faire ce qu’on sait faire mais différemment, on a besoin de transversalité et, donc, de pouvoir mobiliser des disciplines différentes. L’innovation ne peut plus être strictement technologique. Elle se manifeste aussi dans les usages, lesquels sont par définition effectués dans un contexte précis, qu’il s’agit de bien connaître. Je parle moi-même d’ingénierie de projet en entendant par-là aussi bien de l’ingénierie technologique que des connaissances en sciences sociales et humaines, enfin de l’ingénierie créative. Parler de génie de l’innovation aurait peut-être l’avantage de souligner la nécessaire compréhension du contexte géographique. Cela suggère aussi la nécessité de recourir à des professionnels à même d’orchestrer les différentes parties prenantes. Or, en l’état actuel des choses, il me semble que ce sont les designers qui sont les mieux placés pour le faire !

Merci à Antoine Gros pour les photos illustrant l’article (ici, l’entretien avec Aurélie Moyon, en présence de Bertrand Marquet – au centre).

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