Vocabulle, un dico pour sourds et entendants… Rencontre avec Baptiste Cerisier

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Le 31 octobre dernier, l’Institut Optique réunissait au 503 les élèves de sa Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE) – y compris ceux de Bordeaux et de Saint-Etienne - dans le cadre d’un forum destiné à présenter leurs projets entrepreneuriaux. En voici un premier écho à travers le témoignage de l’un d’eux, Baptiste Cerisier (2e en partant de la droite), actuellement en 1re année FIE (et donc en 2e année d'études d'ingénieur)*, à Bordeaux.

- Qu’est-ce qui vous a motivé à intégrer la FIE de l’Institut d’Optique ?

La possibilité d’acquérir d’autres compétences que celles qu’une formation d’ingénieur classique aurait pu m’apporter, que ce soit en matière de business plan, de management…

- Et qu’est-ce qui vous a motivé à participer à ce forum au prix d’un déplacement depuis Bordeaux ?

La FIE offre la possibilité aux élèves des différents établissements du campus de l’Institut d’Optique de se rencontrer à intervalle régulier, durant des semaines comme celles dans lesquelles s’insère ce forum. Nous serons appelés à revenir en décembre, puis en mars prochain. Inversement, les élèves de Palaiseau et de Saint-Etienne seront invités à se rendre à Bordeaux. C’est une particularité de la FIE par rapport à la filière classique de formation ingénieur, qui permet de monter des projets ensemble.

- Malgré l’éloignement géographique…

Bordeaux n’est qu’à deux heures d’ici via la gare TGV de Massy. De là, il suffit ensuite de prendre un bus. Bref, l’éloignement n’est pas un problème. C’est en revanche plus difficile de se rendre à Saint-Etienne depuis Bordeaux.

- En venant ici, à Palaiseau, avez-vous conscience de vous retrouver dans l’écosystème de Paris-Saclay ?

Oui et c’est d’ailleurs aussi ce qui m’a aussi motivé à rejoindre la FIE. Certes, en me rendant à Bordeaux, je m’en suis éloigné, mais les semaines spécifiques que je viens d’évoquer permettent de renouer avec lui à intervalle régulier.

- Une illustration au passage du fait que c’est un écosystème ouvert : on peut en être partie prenante, tout en étudiant ailleurs…

Parfaitement !

- Venons-en au projet que vous êtes venu présenter…

C’est un projet que je mène avec quatre autres élèves de la FIE. Pour l’heure, il s’appelle Vocabulle et part du constat suivant : les sourds rencontrent des difficultés d’insertion que nous autres entendants peinons à imaginer. En France, seule la moitié d’entre eux sont actifs. Que dire des difficultés qu’ils rencontrent au cours de leur scolarité ! Notre projet consiste donc à trouver une solution technologique innovante en forme de dictionnaire interactif, qui aiderait à faciliter leur communication avec les entendants. Nous nous appuyons pour cela sur nos connaissances en optique et en traitement d’image. Concrètement, notre dictionnaire permettrait, au moyen d’un système de captation optique et d’une technologie de traitement d’images, de traduire chaque mot exprimé en langage de signe en un mot écrit de langue française.

- Bravo ! L’idée est ingénieuse au point cependant que nous ne pouvons nous empêcher de nous dire que d’autres ont sans doute déjà dû y penser…

VocabulePortraitBien des solutions ont été proposées, mais pas sous la forme d’un tel dictionnaire. Ce qui a été privilégié jusqu’ici, c’est la traduction de structures entières de phrases. Or c’est quelque chose d’extrêmement complexe, qui pour l’instant n’a pas eu de résultats tangibles, en France du moins. Et pour une raison simple : dans notre pays, la langue des signes n’est reconnue que depuis 1991, ce qui explique le retard qui a été accusé dans les recherches en linguistique. Pourtant, la langue des signes française est digne d’intérêt tant elle est particulière : sa syntaxe n’a guère à voir avec celle du français parlé. C’est en réponse à cette complexité, que nous avons d’ailleurs pris le parti d’imaginer une solution simple qui permette un minimum de communication entre sourds et entendants et ce faisant des apprentissages élémentaires [en illustration, une expérience de captation d'une expression en langage des signes].

- Au risque de paraître béotien sur le sujet, je découvre à vous entendre qu’il n’y a pas une, mais des langues des signes, ce qui doit probablement accroître la complexité du problème…

Oui, à chaque pays, sa langue des signes avec de surcroît des spécificités locales en termes de syntaxe. Y compris au sein de la langue française où on peut distinguer comme des accents, d’une région à l’autre.

- Qu’est-ce qui vous a sensibilisé à cet enjeu au point d’y consacrer votre projet entrepreneurial innovant ?

L’idée a été suggérée par Mathilde, qui fait partie de notre équipe. Elle a été scolarisée dans une école favorisant l’insertion des jeunes sourds dans le système scolaire, les classes pouvaient accueillir entre 4 et 5 sourds en plus des élèves entendants. Elle a pu ainsi se rendre compte des difficultés rencontrées dès l’école. Les autres membres, moi compris, ont été aussitôt convaincus de l’intérêt de travailler à une meilleure insertion des sourds dans notre société. Personnellement, je trouve incroyable que le fossé existant entre eux et nous autres entendants, n’ait pas encore été comblé en ce début du XXIe siècle.

- Où en êtes-vous dans le développement de votre projet ?

Nous avons commencé par définir les bases technologiques, en nous appuyant sur les conseils d’experts qui nous encadrent au sein de l’Institut d’Optique. Nous sommes aussi en train d’identifier d’autres spécialistes, notamment en matière de linguistique – nous avons déjà noué contact avec le CNRS et d’autres centres de recherche. Nous avons aussi sollicité des représentants de la communauté des sourds pour bénéficier de leurs retours.

- En quoi ce forum est-il bénéfique pour vous ?

Il permet de poursuivre ce travail d’identification d’interlocuteurs et de partenaires. En à peine une heure, nous avons déjà recueilli trois cartes de visite de personnes qui œuvrent dans l’entrepreneuriat innovant ou l’incubation, et qui ont manifesté un réel intérêt pour notre projet. Et puis nous avons décroché une interview pour le Média Paris-Saclay (rire) !

* Pour mémoire, rappelons que la 1re année de FIE débute après une année en tronc commun.

A lire aussi les témoignages de Diane Toulet, en 1re année, à Palaiseau (pour y accéder, cliquer ici) et de Juliette Bézier, en 2e année sur le même site (cliquer ici).

2 commentaires à cet article
  1. Ping : Gaspillage alimentaire : la prometteuse proposition WastAware. Rencontre avec Diane Toulet | Paris-Saclay

  2. Ping : La solution SeaWiew pour bien voir en eaux troubles. Entretien avec Juliette Bezier | Paris-Saclay

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