Vers une mise en mouvement collaborative ?

EDFlabPaysage
Le 12 juin dernier, EDF Lab & Campus formation organisait au PROTO204 une rencontre avec différents acteurs de l’innovation du Plateau de Saclay, l’occasion d’un état des lieux des atouts que recèle ce territoire non seulement pour innover mais encore concevoir une innovation plus ouverte, plus collaborative, en mettant à profit la richesse de l’écosystème, société civile comprise.

Avec son nouveau centre R&D construit aux portes du campus de Polytechnique, EDF s’impose comme un acteur majeur du Plateau de Saclay en matière d’innovation (mais aussi de formation), non sans risquer cependant d’apparaître, avec ses quelques 1 400 chercheurs et ses 78 000 m2, un peu comme l’éléphant dans la boutique de porcelaine.
Est-ce pour déjouer ce sentiment (au demeurant infondé quand on songe aux acteurs de poids déjà existant : outre Polytechnique, l’IOGS, Thales, Horiba, pour s’en tenir aux plus immédiats géographiquement) ? Toujours est-il que l’énergéticien a pris le temps d’appréhender son nouvel environnement en échangeant avec plusieurs de ces acteurs sur leurs pratiques en matière d’innovation (mais aussi de R&D et de prospective). Bien plus, le 12 juin dernier, il les réunissait, à l’initiative de Livier Vennin (délégué au Grand Paris chez EDF) et Hatem Marzouk (R&D d’EDF), au PROTO204, pour examiner les possibilités d’une « mise en mouvement collaborative » de façon à imaginer, à partir des initiatives et expérimentations en cours, de nouvelles manières d’innover, qui profitent à l’ensemble de l’écosystème, de façon à faire de Paris-Saclay autre chose qu’un simple clone de clusters existants.

Des approches innovantes de… l’innovation

Que l’innovation ne porte plus seulement sur les produits, services et process, mais aussi sur ses modalités et ses espaces dédiés, cette journée en apportait la démonstration à travers plusieurs exemples. Ceux en l’occurrence :
- de grandes écoles : l’IOGS qui, dès 2006, a mis en place sa désormais fameuse Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE), qui forme à l’entrepreneuriat innovant en plaçant ses élèves dans les conditions réelles de création de start-up à partir de la valorisation des résultats de recherche de laboratoires du Plateau de Saclay ; Polytechnique, qui après s’être dotée dès 1992 d’une pépinière d’entreprises (X Technologies, dirigée par Serge Chancole), est en passe d’inaugurer sa Fibre Entrepreneur – Drahi X-Novation : un lieu faisant tout à la fois office d’accélérateur, d’espace d’expérimentation et de prototypage, de formation, de coworking et d’accueil d’événements (Saclay Pitch Night, Startup Weekend), animé par Matthieu Somekh, que nous avons eu le loisir d’interviewer (pour accéder à l’entretien, cliquer ici). Sans compter les divers masters mis en place par cette même école, ces toutes dernières années, pour former à l’entrepreneuriat et/ou l’innovation.
- d’organismes de recherche comme le CEA Paris-Saclay, dont la particularité est d’être situé à la croisée de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée et qui, comme l’a expliqué son chargé de mission Prospective et Rayonnement scientifique Jean-Louis Gerstenmayer, a adopté une nouvelle organisation de sa R&D : en plateformes et structures ouvertes (Ideas Labs, Showrooms, FabLabs) qui permettent de se placer à l’interface du monde académique et de l’industrie.
- de l’Université Paris-Saclay qui a pour sa part lancé plusieurs initiatives concrètes en direction des acteurs industriels : appels à projet, étude de faisabilité d’un Design Center, mise en réseau de FabLabs… Autant de « petits pas, qui doivent nous apprendre à travailler ensemble », comme le résume Pierre Gohar, son directeur de l’Innovation et des Relations avec les Entreprises – que nous avons aussi eu l’occasion d’interviewer (pour accéder à l’entretien, cliquer ici).
- d’institutions comme l’EPPS, représenté ici par son ancien directeur du développement économique, Patrick Cheenne, lequel a contribué à la création du PROTO204, où se déroulait cette rencontre conçue en conformité avec sa vocation première (connecter des communautés d’acteurs du Plateau de Saclay, qui gagnent à se rencontrer).
- d’industriels : le Groupe Safran, qui, comme l’a rappelé son responsable de la prospective et de la créativité au sein de la direction centrale de l’innovation, Rémy Guillaumot, a constitué des « ateliers créatifs » et un FabLab, pour favoriser le décloisonnement, le croisement d’univers qui n’ont pas l’habitude de se rencontrer (en illustration, le même devait montrer ce que son groupe a gagné à faire un parallèle entre l’utilisation des câbles d’un aéronef et … la croissance des champions pour modéliser au mieux les flux d’énergie…) ; Alcatel-Lucent, représenté par Fatima Bakhti, directrice du Projet de Transformation « Cité de l’Innovation », lequel a l’ambition de s’appuyer sur les « innov’acteurs », des « volontaires » qui se regroupent pour « infuser et diffuser une culture de la créativité » auprès des autres salariés (pour en savoir plus, cliquer ici). Un exemple qui, au passage, est l’occasion de souligner la dimension humaine de l’innovation (ainsi qu’environnementale, comme aura l’occasion de le rappeler de son côté Pascal Rioual, chargé de mission Open Innovation à la R&D d’EDF). Rien d’étonnant à ce que ce soit cette même Fatima Bakhti qui ait participé à une réflexion sur le bien-être au travail, engagée dans le cadre d’un séminaire qui s’est tenu en juillet de cette année (« Paris-Saclay, laboratoire du bien-être au travail ? ») et dont nous avons rendu compte (pour accéder au compte rendu, cliquer ici).

La société civile, un autre acteur de l’innovation

La réunion a également fait toute sa place à des témoignages de représentants de la société civile et de milieux associatifs en vertu, d’une part, du constat résumé par Patrick Cheenne suivant lequel la réussite d’un cluster doit aussi à l’implication des populations locales, d’autre part, de la nécessité de ne pas faire du Plateau de Saclay, une « réserve d’indiens agricole encerclée par des cowboys urbains », selon, cette fois, les mots de Jacques de Givry (le photographe bien connu), mais, au contraire, de bâtir des ponts sinon jeter des passerelles avec la société civile. Et ce, d’autant plus que dans le cas de Paris-Saclay, celle-ci est composée de nombreux chercheurs, enseignants, entrepreneurs, étudiants et donc à l’image de la « sociodiversité » (c’est nous qui utilisons ce mot) du cluster.
Emblématique à cet égard est l’association Terre & Cité, représentée par son coordinateur Dorian Spaak. Créée à l’origine pour engager une réflexion sur la manière de préserver les activités agricoles, elle s’est imposée avec le concours des acteurs qu’elle réunit dans ses différents collèges, comme force de propositions dans le domaine de l’alimentation locale et du cadre de vie (à travers les forums citoyens mis en place en 2013) qui ont débouché sur des projets (financés aujourd’hui par une dotation européenne dans le cadre du programme Feader) y compris de recherche appliquée, mobilisant une dizaine de laboratoires de Paris-Saclay (du CEA, de l’Inra, du CNRS, etc.). Rappelons également sa contribution à l’élaboration de la « carte ouverte », en forme de plateforme numérique collaborative, témoignant de sa propre capacité à innover au plan technologique (carte ouverte, à laquelle il est possible d’accéder depuis la page d’accueil de notre site).
Dans le même esprit, la réunion a été l’occasion de (re)découvrir d’autres lieux que ceux habituellement mis en avant pour caractériser un cluster (incubateurs, laboratoires, etc.), et qui n’en contribuent pas moins à l’innovation sur le territoire : par exemple, l’aéroport de Toussus-le-Noble, en passe de s’imposer comme un site pilote de l’aviation électrique (dont le projet E-Fan).
Histoire sans doute de ne pas rester dans un contexte franco-français (ou pariso-saclaysien), un exemple étranger a été évoqué par Gilles Rougon, responsable de Design Transverse à la R&D d’EDF : la Design Factory, créée à la fin des années 2000, en Finlande, par quatre grandes universités d’art et de sign, d’architecture, d’ingénierie et de commerce, dans un seul et même bâtiment, comprenant des FabLabs, des bureaux pour start-up, des espaces collaboratifs. Le but : imaginer des solutions innovantes permettant au pays de gagner des marchés à l’export. Parmi elles : la conception d’imprimantes 3D moins coûteuses à fabriquer et moins consommatrices d’énergie et de matière première. Un tel lieu pourrait-il être concevable à Paris-Saclay ? Oui, a répondu Patrick Cheenne, fût-ce sous une autre forme, celle d’un réseau de lieux innovants, dont l’EPPS a d’ailleurs entrepris l’inventaire. Et le même d’observer non sans humour, que le 503 de l’Institut d’Optique tient la comparaison avec le « sauna à start-up » à la mode finlandaise.
Quoi qu’il en soit, l’exemple finlandais fut aussi l’occasion de rappeler que tout cluster qu’il soit, Paris-Saclay n’a pas vocation à ne cultiver des liens qu’en interne, mais bien à s’ouvrir au reste du monde, y compris d’autres clusters. Etant entendu que c’est la proximité qu’il autorise qui fait aussi sa force. Ce que suggère bien Hatem Marzouk, de la R&D d’EDF : « On peut avoir des partenariats à droite et à gauche, dans le monde entier, avec la Chine ou Los Angeles, rien ne vaut de se voir, de s’asseoir et de discuter. » Et le même d’ajouter que, sans obligatoirement « faire Saint-Jacques de Compostelle », chaque lieu peut-être fait pour s’arrêter, échanger et avancer, à condition d’être, reconnaît-il, conçu aussi pour cela et de surcroît en complémentarité.

De l’ouverture et du décloisonnement

Lui et les autres représentants d’EDF venus nombreux à cette réunion, s’étaient-ils concertés ? Toujours est-il que tous ceux présents ce jour-là ont insisté, chacun avec ses mots, sur la nécessité d’une démarche plus collaborative entre les divers acteurs : le directeur de la communication de la R&D, François Molho, qui invite à un  décloisonnement accru des activités ; Arthur Jobert, directeur en sciences sociales, qui souligne le besoin d’ouverture (« parce que certaines innovations d’EDF, très orientées métiers, peuvent être appliquées dans d’autres secteurs que l’énergie ; du responsable de programme au sein de la R&D) ; Olaf Maxant, responsable de programme au sein de la R&D, qui milite pour valoriser l’offre de services « richissime » du plateau à travers « un parcours cohérent qui permette de travailler ensemble ». Il n’est pas jusqu’au directeur d’une entité de formation interne, Patrick Bossaert, qui en appelle à ses partenaires extérieurs pour concevoir ensemble des formations, afin d’en améliorer le retour sur investissement. Des propos qui trouvent un écho dans ceux de Pierre Gohar, déjà cité : constatant « l’exceptionnelle densité d’acteurs industriels (sans doute unique en Europe » réunis autour de ce campus », il en appelle à plus de porosité entre monde académique et grandes entreprises. Autant de témoignages qui, par delà leurs spécificités, expriment le même besoin d’une innovation plus ouverte, plus collaborative, et pour tout dire… sérendipienne.

Voilà pour un aperçu d’un travail dont une synthèse établie par Olivier Delahaye est téléchargeable en format .pdf (pour y accéder, cliquer ici), sous le titre « Vers une mise en mouvement collaborative ». Au terme de sa lecture, on comprend qu’un tel mouvement est bel et bien impulsé et que le point d’interrogation arboré en titre du présent article n’a donc plus lieu d’être !

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