Une super connectrice «indisciplinée». Rencontre avec Léa Douhard

CRIPaysage
Suite de nos rencontres avec des super connecteurs du PROTO204, réalisées à l’occasion de son 2e anniversaire. Chargée de mission EdTech au Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI), Léa Douhard revient sur les circonstances de sa rencontre avec ce lieu emblématique de Paris-Saclay et la manière dont elle envisage son nouveau rôle.

- Vous avez rejoint le Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI) comme chargée de mission EdTech. Pouvez-vous, pour commencer, nous rappeler la vocation de cette structure ?

Le CRI a été cofondé au sein de l’Université Sorbonne Paris Cité, en 2005, par François Taddei, généticien de formation devenu expert dans le domaine de l’éducation, et qui en assure la direction, et Ariel B. Lindner, directeur de recherche à l’Inserm. Le CRI a pour mission d’expérimenter de nouvelles façons d’apprendre, d’enseigner et de faire de la recherche à l’heure du numérique. Comme son nom le suggère, le CRI s’intéresse moins aux disciplines qu’à leurs marges qui permettent de créer des synergies inédites. Frontières des sciences et frontières de l’apprendre sont les deux piliers des formations universitaires qu’il propose en partenariat avec l’Université Paris Descartes et l’Université Paris Diderot : une Licence Frontières du Vivant (FdV) et un Master Approches Interdisciplinaires et Innovantes de la Recherche et de l’enseignement (AIRE), lequel comprend les parcours Approches interdisciplinaires du vivant (AIV) et EdTech. Le CRI possède également une Ecole doctorale avec les deux parcours.
Une autre de ses originalités réside dans sa volonté de rapprocher le monde de la recherche et de l’enseignement, d’une part, de l’entrepreneuriat, d’autre part, à travers l’OpenLab, un atelier créatif de prototypage rapide au carrefour des sciences, de l’éducation, du design et de la technologie. Dans les couloirs du CRI, on trouve aussi le Gamelab qui monte des expérimentations autour de la gamification des sciences et de l’éducation, le programme les Savanturiers qui vise à former les plus petits à la recherche et à la créativité, une MOOC factory…

- Comment le CRI est-il financé ?

Nous bénéficions du soutien de la Fondation Bettencourt Schueller et de financements publics, de la Marie de Paris, notamment, ou encore de l’appel à projets Initiatives d’excellence en formations innovantes (IDEFI).

- Au final, le CRI est donc une initiative non pas en marge de l’université, mais en lien avec elle, à la différence d’autres tiers lieux…

Oui, et c’est important de le souligner. Le CRI est à la fois une émanation du monde universitaire et ouvert sur la ville. Notre OpenLab est dédié aux étudiants entrepreneurs, aux chercheurs, aux enseignants, mais aussi aux porteurs de projets citoyens, qui souhaitent avoir un impact social et environnemental. Le CRI est attaché à ce positionnement universitaire car il se veut lui-même un prototype de l’université du futur : une université dans la ville, en mesure de répondre aux nouvelles attentes et aspirations des étudiants : non pas tant des connaissances qu’un réseau, une expérience, un cadre et les moyens de réaliser son projet.

- Quel est le profil des étudiants qui intègrent le CRI ?

Les profils de nos étudiants (de l’ordre de 300, toutes filières confondues) sont très variés. Au sein du master EdTech que je coordonne avec Sophie Pène et Pascal Hersen, on peut en distinguer jusqu’à quatre : ceux qui veulent monter une start-up liée aux enjeux d’éducation ; des enseignants qui souhaitent imaginer des actions pédagogiques innovantes et qui trouvent ici un soutien qu’ils ne trouvent pas forcément au sein de leur établissement ; des personnes concernées par les enjeux de l’apprendre dans leurs secteurs respectifs (médecine, environnement, industries créatives, etc.) ; enfin, des trentenaires en reconversion professionnelle, qui ont déjà une dizaine d’années d’expérience (dans le conseil, le marketing,…) et qui s’interrogent sur le sens de leur activité avec la conviction que c’est au travers de nouvelles formes de pratiques éducatives qu’ils le retrouveront.

- Comment vous-même en êtes venue à rejoindre le CRI ?

Avant de rejoindre le CRI, j’ai travaillé deux ans au sein du Conseil national du numérique (CNNum). Pour mémoire, il s’agit d’une commission consultative indépendante, qui a vocation à émettre des recommandations pour éclairer le gouvernement sur toutes les questions touchant au numérique et son impact, que ce soit au plan social, environnemental, économique… C’est dire la diversité des sujets qu’elle aborde, le numérique étant par définition transversal. J’ai travaillé notamment à la rédaction du rapport « Jules Ferry 3.0 : bâtir une école créative et juste dans un monde numérique », coordonné par Sophie Pène, vice-présidente du CNNum (par ailleurs professeur à Paris-Descartes et membre du CRI). J’ai également participé à la mise en place et à l’animation de la concertation nationale « Ambition numérique », une vaste opération de 6 mois de consultation citoyenne pour co-construire une politique française et européenne de la transition numérique, qui a abouti au projet de loi pour une République Numérique, adopté par l’Assemblée Nationale en janvier 2016.
Voulant resserrer et développer mon expertise du numérique sur l’éducation, c’est tout naturellement que j’ai rejoint le CRI pour développer le champ EdTech, notamment à travers le Master et l’Openlab.

- Comment s’est faite la rencontre avec le PROTO204 ?

Dans le cadre de la concertation nationale « Ambition numérique » du CNNum, le PROTO204 a été l’un de nos premiers contributeurs universitaires. Très actif, le PROTO204 avait organisé un atelier contributif sur le thème « croissance, innovation, disruption », qui abordait aussi les problématiques de valorisation de la recherche et de transfert de technologie. Ses conclusions avaient été présentées en direct lors de la journée contributive organisée à Euratechnologies, à Lille, en présence d’Axelle Lemaire.

- On imagine que cela vous a encouragée à être super connectrice… Comment envisagez-vous cette fonction ?

Je dois à la vérité de dire que je pense découvrir ce qu’elle recouvre en marchant. Mais j’ai déjà ma petite idée de ce en quoi elle peut consister. Le PROTO204 s’emploie à connecter des communautés différentes au sein du campus Paris-Saclay : des chercheurs, des étudiants, mais aussi des entrepreneurs, des artistes… Or, c’est précisément ce que nous nous employons à faire au CRI. Connecter des personnes venant d’univers différents avec une multitude de projets plus ambitieux les uns que les autres c’est finalement tout un art et je me réjouis à l’idée de partager des bonnes pratiques avec mes collègues super connecteurs. Et puis, face aux transformations numériques, ces « hubs hybrides » que sont à leur manière le PROTO204 et le CRI témoignent aussi du fait que les communs du savoir, le partage de la connaissance, ne sont pas antagoniques avec l’esprit d’entreprise.
Le cas du PROTO204 est d’autant plus intéressant qu’il est au cœur d’un projet de campus urbain. Or, comme je l’ai dit aussi, au CRI, nous sommes très attachés à ce concept d’université dans la ville. C’est, il nous semble, la meilleure façon d’incarner cette société apprenante mise en avant notamment par la Stratégie Nationale de l’Enseignement Supérieur (StraNES) dans son dernier rapport. Nul doute que les échanges avec les autres super connecteurs permettront d’enrichir la réflexion, et pourquoi pas, de prototyper ce que pourrait être une université dans la ville, et même de proposer de nouveaux parcours d’étudiants à travers nos différents lieux innovants !

- Votre implication dans Paris-Saclay n’illustre-t-elle pas le fait qu’un écosystème a vocation à rester ouvert sur d’autres écosystèmes…

Oui, et c’est bien aussi en cela que le PROTO204 me paraît intéressant : il connecte des communautés ancrées sur Paris-Saclay, mais aussi extérieures à cet écosystème. D’ailleurs il m’arrive de croiser des habitués de ce lieu en dehors de Paris-Saclay !

- J’ai manqué de peu, au début de l’entretien, de dire Centre de Recherches « Indisciplinaires », en ayant probablement en tête la notion promue par Laurent Loty (chargé de recherche au CNRS). Comment réagissez-vous à ce lapsus ? Vous reconnaissez-vous dans cette notion ?

(Sourire) Je pense que cela plairait beaucoup à François Taddei, qui aime parler du CRI comme d’une organisation « organique », dans laquelle tout un chacun peut naviguer, enrichir l’écosystème de ses compétences et aussi piocher ce dont il a besoin pour mener à bien ses projets et en faire émerger de nouveaux.
Nos étudiants nous disent souvent qu’ils ne se sont jamais vu imposer aussi peu de contraintes ou de consignes, que depuis qu’ils sont au CRI, mais dans le même temps, qu’ils n’ont jamais autant travaillé ! Nous ne sommes pas toujours sûrs qu’ils font ce que nous aimerions qu’ils fissent et, finalement, au moment de présenter le fruit de leur travail, ils nous présentent des choses qui nous surprennent, en allant bien au-delà de nos espérances. Pour rendre compte de cette liberté que nous laissons à nos étudiants, je veux donc bien assumer le terme d’indisciplinarité !

Pour accéder aux autres témoignages recueillis à l’occasion des deux ans du PROTO204, cliquer ici.

 

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