Une plateforme numérique d’échanges à l’Université Versailles-Saint-Quentin. Rencontre avec Jean-Luc Vayssière (2)

Crédit : UVSQ
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A la différence des grandes écoles d'ingénieurs et de commerce, les universités peinent à garder contact avec leurs anciens étudiants. A l'heure des réseaux sociaux, l'Université Versailles-Saint-Quentin s'apprête à innover à travers le lancement d'une plateforme numérique. Une manière aussi pour elle de témoigner de son intention de contribuer au développement de la future Université Paris-Saclay. Précisions de son président, Jean-Luc Vayssière.

Pour accéder à la première partie de l’entretien, cliquer ici.

- Un mot sur votre projet de plateforme numérique. A quel besoin a-t-il répondu ?

A la différence des grandes écoles, qui ont une longue tradition d’associations et de réseaux d’anciens, l’université n’a jamais su maintenir un lien véritable avec ses étudiants. Le sentiment d’appartenance y est moins développé que dans une grande école. Sans doute cela tient-il au fait que les étudiants sont trop nombreux, répartis sur plusieurs sites. Beaucoup n’y font qu’une partie de leurs études supérieures. Tout au plus parvient-on à créer des communautés autour d’un diplôme voir d’un département, comme dans certains départements de sciences. C’est plus difficile à l’échelle d’un IUT ou d’un UFR.

Les réseaux sociaux ont changé la donne. L’UVSQ peut revendiquer 3 000 followers sur Twitter et quelque 7 000 amis sur Facebook sur un total de 19 000 étudiants. Seulement, dans le même temps, on assiste à la multiplication d’autres réseaux sociaux propres à certains établissements sinon départements…

D’où le projet de regrouper tout ce petit monde en ralliant les réseaux existants à une même plateforme qui sera animée par un community manager en cours de recrutement, pour assurer une approche aussi proactive que possible. La plateforme sera opérationnelle en septembre de cette année.

Concrètement, elle permettra de faire connaître l’université à travers ses étudiants qui pourront donner à voir et échanger autour de leurs formations et de leur carrière professionnelle. Ce qui peut être utile pour les étudiants comme pour les lycéens en quête d’information sur leur propre orientation : ils pourront se faire une idée précise en entrant en contact avec tel étudiant ou diplômé qui aura suivi la filière qui les intéressent.

Pour les étudiants, il offrira la possibilité d’entrer en contact avec d’autres étudiants et de se constituer un réseau au cours de leur formation, de s’associer à d’autres autour d’un projet de recherche ou de création d’entreprise, en mutualisant leurs compétences.

Pour les diplômés, il permettra de garder le lien mais aussi d’évoluer au cours de leur carrière en faisant connaître leurs compétences à d’autres entreprises, répondre à des offres d’emplois, etc.

Car la plateforme assurera aussi un rôle d’interface entre nos étudiants et les entreprises en permettant aux premiers de mettre en ligne leur CV et aux secondes de faire connaître leurs offres de stages ou d’emplois. Le projet intéresse déjà la Maison des entreprises et la Communauté d’agglomération. Au sein de l’Université, il implique trois directions : la direction de la communication, la direction des partenariats, enfin, la direction de la réussite et de l’insertion professionnelle.

La plateforme sera aussi un outil de valorisation de la recherche, en facilitant les collaborations entre enseignants-chercheurs tout en faisant connaître aux entreprises les compétences des plateformes technologiques.

On le voit, cette plateforme permettra de suppléer l’absence d’une association des anciens en offrant davantage de possibilités. Je souligne une autre de ses spécificités : là où une association d’anciens est portée par les élèves eux-mêmes, la plateforme est pilotée par l’université, ce qui assure une certaine pérennité mais en lien avec d’autres acteurs du territoire.

- Que dites-vous à ceux qui pourraient craindre une virtualisation des relations là où la logique de cluster suppose au contraire des relations en face-à-face ?

Les deux approches sont complémentaires. Notre plateforme peut tout autant contribuer à décloisonner les institutions et les entreprises. En un certain sens, elle participe d’un cluster dématérialisé, dans la mesure où elle s’appuie sur les relations tissées avec elles. Il ne s’agit pas de basculer dans un monde virtuel hors-sol. Au contraire, notre plateforme peut être un facilitateur de rencontres réelles. Je peux en témoigner au regard de mon expérience du numérique : il m’arrive souvent de nouer un premier contact avec des personnes rencontrées virtuellement via twitter puis de les rencontrer de visu. Ces modalités de rencontres peuvent susciter des désirs de collaborations, débouchant sur des partenariats concrets.

- Quel sens peut avoir une telle plateforme dans la perspective de l’Université Paris-Saclay ? N’est-ce pas à l’échelle de celle-ci qu’elle devrait s’envisager ?

Qu’on le veuille ou pas, les entreprises sont concentrées sur le bassin d’emplois de Saint-Quentin et de Vélizy. Il est donc opportun d’envisager une plateforme à cette échelle et au-delà en direction de Mantes où nous avons également des attaches.

Cela étant dit, pourquoi poser la question en ces termes ? Ce peut être l’inverse ! Notre plateforme pourrait très bien s’étendre de proche en proche à d’autres établissements de la future Université Paris-Saclay. L’UVSQ n’est pas condamnée à se fondre, elle peut-être aussi une force de propositions et une source d’innovation pour la future entité universitaire. Si celle-ci éprouvait le besoin de rallier les réseaux sociaux de ses différentes composantes, elle pourrait très bien s’appuyer sur notre expérience. Bref, nous avons des choses à apporter à Paris-Saclay !

- Vous êtes un twittos et blogueur averti. Est-ce le président d’université qui continue à s’y exprimer ?

Pour un président d’université, le risque est, du fait de ses nombreuses responsabilités administratives, de se couper des étudiants. Twitter me permet de rester au contact en interagissant avec eux. J’ajoute que c’est un vecteur d’information. Toute la difficulté est de placer le curseur au bon endroit. Même chose pour le blog qui peut entretenir une ambiguïté entre le statut de président et celui de chercheur. J’y exprime des idées qui me sont chères : sur la pédagogie, la recherche, la relation de l’université avec son territoire ou encore des sujets d’actualité relatifs à l’enseignement supérieur et à la recherche. L’un des derniers article portait sur l’évaluation de l’enseignement et faisait d’ailleurs suite à un article dans Le Monde. C’est pour moi une manière de contribuer à des débats en tant que président d’une université, mais aussi enseignant-chercheur, acteur de mon territoire.

Propos recueillis par Sylvain Allemand et Shauna Grew

 

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