Une maison de l’étudiant qui fait feu de tout bois. Rencontre avec Olivier Leclercq

OlivierLeclercqPaysage
Architecte, cofondateur de l’agence AIR architectures, Olivier Leclercq s’était prêté au jeu du PechaKucha du Campus urbain Paris-Saclay, organisé à l’occasion du lancement de l’exposition « Paris-Saclay, le futur en chantier(s) » (programmée jusqu’au 20 décembre à la Maison de l’architecture en Ile-de-France), avec le projet de la Maison des étudiants, actuellement en cours d’achèvement. Nous avons voulu en savoir plus sur sa genèse.

- Si vous deviez présenter votre agence, en quelques mots…

Nous l’avons créée en 2001 avec Cyrille Hanappe. Elle se veut une agence à la fois d’Architecture, d’Ingénierie et de Recherche. D’où son nom, AIR architectures. Au début, nos projets concernaient principalement des bâtiments et équipements publics. Nous les avons depuis élargis aux logements et à l’urbanisme. A chaque fois, nous accordons une attention particulière à l’usage, en plaçant l’utilisateur final au cœur de notre réflexion. Nous sommes également très attentifs au choix des matériaux, à leur pérennité, leur recyclage.

- Dans une perspective de développement durable ?

Vous avez dit PechaKucha ?

On appelle ainsi une technique de présentation d'idées ou de projets sous forme de séquences courtes et enchaînées, selon le format imposé de 6 mn et 40 secondes et 20 diapositives (à raison d'une toutes les 20 secondes, donc). Au total, pas moins d'une trentaine de projets architecturaux ou d'espaces publics ont été présentés lors de la deuxième journée de lancement de l'exposition " Paris-Saclay, le futur en chantier(s) ", qui se poursuit jusqu'au 20 décembre à la Maison de l'architecture en Ile-de-France.

Oui, le développement durable est une notion que nous n’hésitons pas à mettre en avant. Nous nous attelons d’ailleurs à un ouvrage sur l’état de notre réflexion sur le sujet. Nous sommes attentifs à ses trois piliers : aussi bien l’environnemental et l’économique que le social, que l’on a tendance à reléguer au second plan. Pour notre part, nous l’envisageons en son sens large en impliquant autant que possible les futurs utilisateurs dans la conception des bâtiments. Je dis « autant que possible », car, bien sûr et comme vous le savez, les modalités des concours d’architecture limitent les contacts avec le maître d’ouvrage en charge de la définition du programme. Certes, cela a un avantage : placer les candidats sur un pied d’égalité, mais cela a aussi pour inconvénient de restreindre les informations sur les usagers eux-mêmes et leurs attentes. Le projet de Maison des étudiants, lauréat d’un concours, n’a pas échappé à cette contrainte. Nous l’avons néanmoins surmontée en nous rendant sur le campus, pour aller à la rencontre des premiers concernés, les étudiants eux-mêmes.

- Quels enseignements avez-vous tiré de vos échanges ?

Notre première surprise a été de constater à quel point ces étudiants, pour la plupart engagés dans des filières scientifiques ont tendance à appréhender tout ce qu’ils entreprennent à partir d’un raisonnement de chercheur : que ce soit dans leur manière de faire de la musique ou même de pratiquer les jeux vidéos. Là où d’aucuns se borneraient à se distraire, eux en font des prétextes pour se poser des questions, résoudre des problèmes. Leur état d’esprit a directement inspiré notre manière de faire en nous incitant à appréhender avec un œil scientifique le potentiel d’une construction en bois. En nous penchant sur les arbres des environs et leur constitution, nous nous sommes amusés à relever leurs rapports de proportion et jusqu’à leur composition en fractal. Entre eux, nous avons constaté des rapports de force liés à la présence d’arbres dominants, qui font de l’ombre aux autres. De là ces variations naturelles, qui ne sont en rien l’expression d’un chaos, comme on pourrait le croire, mais d’un véritable écosystème.

- En plus de la prise en compte des usagers finals, les architectes disent aussi prendre en considération le contexte. Est-ce aussi votre cas ?

Oui, bien sûr. Mais il y a plusieurs manières d’interpréter le contexte : pour notre part, nous ne travaillons pas sur le contexte seulement en son sens classique, c’est-à-dire l’existant au plan du bâti. Le contexte, c’est aussi un historique, des formes de sociabilité. Dans le cas de la Maison des étudiants, force a été de constater qu’elle s’inscrivait dans un campus de prime abord agréable, car verdoyant, mais aussi impersonnel. Or les étudiants aiment se retrouver dans des environnements aussi conviviaux que possible.
En allant à leur rencontre, nous avons remarqué qu’ils avaient fini par aménager leur précédente maison de vie, à leur façon, avec du mobilier de récupération, chiné à droite et à gauche. Ils avaient créée de petits salons conviviaux et récupéré jusqu’à des boites d’œufs pour en améliorer l’acoustique. Bref, c’est devenu un lieu de créativité, foisonnant d’idées, de projets. C’est dire s’il faut le prendre au sérieux. Il concourt à l’épanouissement des étudiants, durant les années d’études qu’ils passent sur le campus.

- Et le programme du maître d’ouvrage, que comportait-il comme indications ?

Il prévoyait l’aménagement de plusieurs espaces : des locaux d’activité, des bureaux, des salles informatiques, des salles polyvalentes, une salle de concert et un studio d’enregistrement. Chacun de ces espaces ayant ses contraintes propres en termes de surface, de hauteur de plafond, d’éclairage par la lumière naturelle, d’acoustique, etc. Leur agencement nous a été directement inspiré par l’environnement boisé du campus. D’ordinaire, la disposition des espaces se fait simplement, en partant de l’organigramme et des besoins. Cette fois, le plan a été conçu au terme d’un processus itératif, par ajustements successifs, centimètre par centimètre. Nous voulions que l’ensemble tienne dans un carré. Pourquoi ce parti pris ? Les fonctions du programme répondent à des d’usages qui varient d’une pièce à l’autre tout comme une forêt en fonction des essences et de l’âge des arbres. Cette diversité a pu être intégrée dans une trame régulière triangulée de 5.90 de côté.

- Aviez-vous déjà l’expérience de la construction en bois ?

Oui, mais jusqu’ici, il ne s’agissait que de maisons individuelles. La Maison des étudiants est notre premier équipement public en construction bois. Naturellement, nous ne sommes pas les seuls à nous y intéresser. Le bois est l’objet d’un regain d’intérêt cher les architectes. En plus d’être d’un usage flexible, il s’impose comme une des solutions pour réduire le bilan carbone de la construction. Reste maintenant à en tirer les conséquences au plan de la conception architecturale. Aujourd’hui, on construit des bâtiments en bois mais comme on le ferait pour un bâtiment en béton. Nous avons donc eu envie d’aller au-delà d’une simple transposition des techniques de structures en mettant à profit toutes les opportunités qu’offre le bois. En jouant sur la taille des poteaux, nous avons pu obtenir cette toiture en forme de canopée qui entre ainsi en résonance avec l’environnement immédiat. Certains des poteaux sont des troncs d’arbre, dont nous avons conservé l’écorce, ce qui, en plus de faire aussi écho à l’environnement boisé du campus, répond à un souci esthétique : une écorce, même avec des inscriptions gravées dessus, reste plus belle que des poteaux maltraités au fil du temps. Vous l’aurez compris : toute scientifique qu’ait été notre démarche, nous avons voulu apporter une réponse aussi poétique que possible, en adéquation avec l’ambiance estudiantine du lieu.

- Que dites-vous à ceux qui s’inquiéteraient de la sécurité et de la pérennité d’un tel bâtiment ?

D’abord, qu’il répond aux normes de sécurité ! Ensuite, qu’un tel bâtiment a même la préférence des pompiers dans la mesure où la combustion d’une construction en bois est lente et ménage donc plus de temps pour l’évacuation qu’une construction en acier. En effet, lors d’un incendie, une charpente en bois s’effondrera moins vite qu’une charpente métallique, qui perd alors très vite sa capacité porteuse.
Quant à la pérennité, elle est assurée par l’essence que nous avons choisie : en l’occurrence, le douglas, un résineux, qui présente l’intérêt de bien vieillir tout en conservant une partie de sa teinte légèrement marron, contrairement au mélèze, par exemple, qui vire rapidement au gris clair.

- Soit, mais il n’est pas présent dans les vallées du Plateau de Saclay…

Effectivement, mais il provient de forêts à développement contrôlé, dédiées au bois de construction. Rappelons qu’un bois exploité constitue un puits de carbone. A sa façon, notre Maison des étudiants participe donc à la lutte contre le réchauffement climatique.

- A quelle échéance ouvrira-t-elle ?

Le bâtiment est sur le point d’être livré. Il devrait donc ouvrir portes avant la prochaine rentrée.

Légende photo : Olivier Leclercq, à droite, et Cyrille Hanappe (en Une, petit format), la proposition soumise au concours (en Une, grande format), la Maison des étudiants, en cours de construction (en illustration de cet article).

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