Une intelligence économique au service de Paris-Saclay. Rencontre avec Charles-Henry Rheinart

CCI Paysage 2
Le sait-on, la CCI Essonne a acquis un savoir-faire reconnu au plan national, en matière d’intelligence économique. Elle le met désormais au service aussi bien des acteurs économiques et académiques que des collectivités locales de Paris-Saclay. Explications par Charles-Henry Rheinart, qui en fait l’un des principaux axes de la Mission CCI Paris-Saclay.

Pour accéder à la première partie de notre rencontre avec la CCI Essonne, à travers un entretien avec son Directeur général, Bruno Malecamp, cliquer ici.

Biophysiologiste de formation, Charles-Henry Rheinart a investi le monde de l’entreprise à travers une formation complémentaire dans un Institut d’Administration des Entreprises (IAE) et une expérience professionnelle dans un laboratoire pharmaceutique, comme contrôleur de gestion industrielle. C’est en 1997 qu’il intègre la CCI Essonne, qui venait alors de s’engager activement dans l’Intelligence économique. Lui-même contribuera au lancement d’un service dédié, dans les années 2000, avant d’intégrer une société de conseil dans la mise en place de systèmes d’information, basée à Courtabœuf. En décembre 2004, il rejoint définitivement la CCI Essonne pour prendre la direction du service innovation et intelligence économique. « Autodidacte » dans ce domaine, selon son propre terme, il l’enseigne désormais à l’Ecole de guerre économique et à l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHES-J) pour former les référents en intelligence économique de la Gendarmerie. Depuis son lancement en 2012, il est en charge de la Mission CCI Paris-Saclay.

- Mission CCI Paris-Saclay : de quoi s’agit-il ?

Cette mission découle de l’appel à projet du Grand Paris, lancé au printemps 2012. Les CCI Essonne et Val d’Oise-Yvelines (distinctes à l’époque) y avaient répondu pour le volet endogène, c’est-à-dire le développement économique des entreprises sur le territoire, tandis que l’EPPS avait répondu sur le volet exogène, relatif à l’attractivité internationale du territoire. Notre dossier a été parmi les 26 retenus par la Préfecture de Région. Il engage des partenaires variés : les intercommunalités, les représentants du monde de la recherche, à travers la Fondation de Coopération Scientifique (FCS), l’Etablissement public Paris-Saclay (EPPS), les incubateurs et des associations.

- Pour quels objectifs ?

La mission s’organise autour de quatre axes principaux. Le premier vise à renforcer la proximité territoriale entre les acteurs aussi bien économiques qu’institutionnels et académiques. Symboliquement, nous avons d’ailleurs fait le choix de nous implanter au cœur du territoire. Il importait d’être physiquement proche de ces acteurs, pour pouvoir les rencontrer aussi facilement que possible. Le virtuel, c’est bien et le numérique facilite indéniablement les choses. Mais cela ne remplace pas l’échange en face à face. Pour se connaître, régler des points de divergence, autant se rencontrer. Nous avions déjà un bureau dans les locaux de la CAPS pour assurer nos permanences. Depuis janvier 2013, l’équipe en charge du portage est installée sur le Plateau, dans le bâtiment Euripide, au sein du Parc des Algorithmes, où nous vous accueillons.

Le deuxième axe vise la création d’entreprises innovantes. En tant que CCI, nous nous devons de répondre à toutes les sollicitations des acteurs économiques. L’équipe projet privilégie cependant une cible : les entreprises à forte capacité de développement économique et dans une logique de croissance.

- En quoi cette mission change-t-il les métiers d’une CCI ?

Nos métiers ne changent pas dans le fond. Nous devons continuer chaque jour à répondre aux problématiques des entreprises quelles qu’elles soient. Si changement il y a, il tient au souci de cibler au mieux la valeur ajoutée sur ce territoire qui présente une spécificité : son tissu économique est composé d’entreprises industrielles, commerciales et de services, mais aussi d’une forte communauté scientifique, académique, publique et privée. A travers la mission, notre rôle est, dans ce contexte, de soutenir le développement de pépites, présentes et futures, en mettant davantage en avant nos compétences en matière d’l’intelligence économique, d’accompagnement dans le développement à l’international, sans oublier le recrutement de personnels hautement qualifiés dont les entreprises à fort développement ont besoin. Pas moins de 500 PME innovantes ont été ciblées dans le cadre de la mission, dont certaines au-delà des limites administratives des territoires sur lesquels interviennent d’ordinaire les CCI. Ce qui n’est pas le moindre mérite de cette mission.

- Venons-en au 3e axe…

Il s’agit de développer des entreprises existantes. Un autre axe important s’il en est, car, est-il besoin de le rappeler, le développement économique commence maintenant et non avec l’arrivée du métro automatique d’ici 2025. Des entreprises sont déjà sur place. La première chose à faire est de veiller à ce qu’elles ne quittent pas ce territoire, de les accompagner dans leur développement, en les aidant dans leur recrutement ou, précisément, à faire face aux contraintes de transports.

- L’intelligence économique constitue le 4e axe de la mission. De prime abord, cela évoque l’espionnage dans l’esprit du grand public. Comment l’entendez-vous ? A quels besoins répond-elle ?

Au sens où nous l’entendons, l’intelligence économique touche à l’information stratégique des entreprises, mais aussi à l’information exploitée par tout autre acteur, y compris institutionnel ou académique. Nous n’avons pas attendu la Mission CCI Paris-Saclay pour la promouvoir. Nous nous appuyons en réalité sur une expérience relativement ancienne. La première action menée dans ce domaine par la CCI Essonne remonte à 1995. Pendant quatre ans, nous avons été pilote dans la fourniture d’informations stratégiques pour les PME franciliennes des filières aéronautiques, spatiales, de l’optique et des systèmes complexes. Depuis, nous avons développé une expertise qui fait référence au niveau national. Notre CCI est en mesure d’apporter au quotidien, un appui opérationnel, à partir d’un intense travail de veille et de renseignement.

- En quoi consistent ces informations ?

Aux entreprises qui le demandent, nous sommes en mesure d’identifier des marchés, de trouver de nouveaux clients ou partenaires, ainsi que des fournisseurs compétitifs et ce, partout dans le monde. Pour une PME qui souhaite, par exemple, se positionner comme fournisseur d’un grand compte comme EADS ou Alstom, il n’est pas simple de trouver le bon interlocuteur, en charge du bon programme, qui va être intéressé par sa compétence ou son produit. Elle peut donc s’adresser à nous pour en identifier un. Nous lui répondrons dans les 3 à 4 semaines, charge à elle de prendre ensuite un RDV dans les quinze jours qui suivent.

Nous pouvons également l’aider à mieux se positionner par rapport à la concurrence : nous sommes en mesure d’identifier ses concurrents internationaux, de l’informer sur leurs tarifs et leur situation financière, leur positionnement technologique et leur degré de maîtrise d’une technologie, ou encore leur présence en France ou dans un autre pays, avec quel réseau de forces de vente, etc. Autant d’informations utiles à une PME qui souhaite répondre à un appel d’offres.

En guise d’illustration de l’utilité de notre apport, je citerai le cas d’une entreprise qui s’apprêtait à lancer un produit conçu après deux années de R&D, persuadée d’être seule sur son marché. En réalité, elle avait un concurrent américain qu’elle a découvert par hasard. Il maîtrisait bien la technologie et disposait déjà d’un réseau de force de ventes en France. Grâce aux informations que nous lui avons fournies, notre entreprise a pu adapter sa politique tarifaire pour mettre toutes les chances de son côté.

L’intelligence économique peut être aussi utile au développement à l’international : nous aidons des PME à identifier un partenaire fiable ou un réseau de distribution, en vérifiant que les candidats ont bien les forces de vente et la solidité financière qu’ils annoncent. Dans la perspective d’une mission exploratoire à l’étranger, nous qualifions les RDV afin que le représentant de la PME ne perde pas de temps et ne se fasse pas piller de l’information : parfois, de prétendus partenaires ne cherchent pas tant à faire affaire qu’à en savoir plus sur vous…

- Qu’en est-il des start-up ?

L’intelligence économique concerne aussi ce type d’entreprise. Nous aidons des start-up qui s’apprêtent à faire une levée de fonds, à parfaire leur business plan en précisant leur positionnement concurrentiel de façon à anticiper sur les questions des Business Angels et autres investisseurs.

- Chaque entreprise a ses spécificités et ses besoins propres. Comment faites-vous pour y répondre ?

En effet, les besoins sont très variables d’une entreprise à l’autre. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons fait évoluer notre offre. Au départ, nous avions proposé des actions d’information collectives, à travers notamment un extranet, mais avec des résultats peu probants En 2005, nous sommes allés à la rencontre des entreprises pour savoir quelles étaient leur problématique et leur attente en matière d’information. Nous avons pris la mesure de la nécessité de les sensibiliser aux enjeux de l’intelligence économique, tout en leur proposant une offre à la fois opérationnelle et personnalisée.

J’ajoute que l’intelligence économique a vocation à être une aide à la décision, par l’apport d’une information à haute valeur ajoutée. Etant entendu que cette information peut étayer la décision de renoncer à un projet ou à la reporter, s’il se révèle que les conditions ne sont pas remplies.

- Quels effectifs votre CCI mobilise-t-elle pour l’animation de cette intelligence économique ?

Le service d’intelligence économique de la CCI Essonne compte pas moins de six personnes. Environ 80 % de ses missions concernent Paris-Saclay dont l’un des enjeux concerne la sécurité économique. Le campus en cours de création va accentuer les croisements entre le monde académique et le monde industriel autour des programmes de recherche, qui vont dans le même temps gagner en visibilité internationale. De là un risque de pillage d’information. La sécurisation des programmes de recherche devient donc un enjeu majeur. Depuis 2006, nous avons développé une cellule de sécurité économique. Il s’agit de l’étendre au milieu académique. La CCI ne demande qu’à assumer un rôle d’interface. Elle était d’ailleurs présente à la Journée nationale d’Intelligence Economique d’Entreprise, organisée en novembre dernier à l’École polytechnique.

- Dans quelle mesure cette intelligence économique peut-elle contribuer à faire de… l’économie intelligente, au sens où elle serait fondée davantage sur une logique de coopération entre les acteurs d’un territoire, quand bien même seraient-ils en compétition ? Pour le dire autrement, dans quelle mesure peut-elle promouvoir une logique de «coo-pétition », inhérente à la dynamique de cluster ?

La vocation de l’intelligence économique, c’est aussi cela : des mises en relation à forte valeur ajoutée. Concrètement, nous participons chaque année à Techinnov : un dispositif destiné à favoriser les rencontres entre porteurs de projets et fonds d’investissements. Afin d’optimiser ces rencontres et d’éviter de faire perdre du temps aux participants, les contacts sont préalablement qualifiés et ciblés par nos soins. Aujourd’hui plus que jamais, le temps, c’est de l’argent. Les acteurs économiques ne peuvent se permettre de le perdre dans des prises de contacts qui n’ont pas été préalablement qualifiés, ciblés.

- Au-delà, en quoi cette intelligence économique concourt-elle au développement territorial ?

Elle y concourt en étant non seulement au service des entreprises qui s’y trouvent, mais aussi des collectivités territoriales. Nous accompagnons aussi celles-ci pour assurer la pérennité des entreprises présentes sur leur territoire et anticiper les flux d’entrées ou de sorties : nous identifions les projets d’installation, mais aussi les risques de restructuration de façon à mettre les collectivités locales concernées en ordre de bataille, aussi tôt que possible. Naturellement, la CCI Essonne n’a pas prétention à agir seule. Elle s’inscrit dans une démarche nécessairement collective : ce n’est pas la CCI ni une intercommunalité, ni l’Etat seuls, mais tous les acteurs, y compris des organismes privés, qui doivent se mobiliser pour convaincre le porteur du projet à s’implanter ou l’aider à se développer.

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