Une gélule miracle pour une santé 3.0. Rencontre avec Patricia Pâme

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Suite de nos échos au Brainathon organisé le 13 avril dernier en vue de l’édition 2021 du TEDx Saclay avec, cette fois, le témoignage de cette femme, médecin généraliste, sélectionnée pour présenter une idée novatrice dans le domaine de la santé numérique.

- Si vous deviez, pour commencer, vous présenter ?

Je suis médecin généraliste, de formation et de métier. Je suis par ailleurs formée à l’hypnose médicale. Pendant des années, j’ai exercé comme médecin de santé publique et santé communautaire, dans un département de médecine préventive et sociale, travaillant ainsi sur les liens entre l’environnement, le travail, les conditions sociales et les affections dont un individu ou un groupe pouvait être atteint.

- « Communautaire » ? En quel sens ?

Au sens où la santé ne s’appréhende pas seulement à l’échelle de l’individu, mais d’une communauté d’individus, d’un quartier. Je suis donc devenue Conseillère de quartier comme il en existe à Paris pour être ainsi à l’articulation de la santé individuelle et de la santé de la communauté des habitants de mon quartier. J’ai pour ce faire créé aussi un collectif, « BienBien Paris XII», qui regroupe des commerçants, des professionnels de santé et des habitants.

- Comment en êtes-vous venue à participer au Brainathon ?

J’y suis venue par le truchement d’une autre de mes activités : je suis associée–fondatrice d’Atlans, un organisme de formation spécialisé dans les compétences comportementales (les soft skills), dans l’esprit de la Charte d’Ottawa Pour la Promotion de la santé – le but est de permettre aux personnes de développer une plus grande maîtrise de leur propre santé, d’acquérir et d’enrichir les compétences leur permettant de l’améliorer. Ces aptitudes prennent la forme de savoirs, mais aussi de savoir-faire et de savoir-être.…

- Est-ce à dire que vous faites vôtres les notions de capabilité et d’empowerment ?

Oui, absolument, même si cette notion d’empowerment participe d’une autre histoire – elle a été au centre de visions révolutionnaires de l’émancipation d’individus, avant d’avoir été quelque peu euphémisée. Toujours est-il que je l’ai découverte dans les années 1990, avec celle de capabilités, quand j’ai intégré ce département de médecine préventive et sociale qui, au delà de la santé publique, avait l’ambition de travailler sur les Inégalités sociales et territoriales de santé, d’accès aux soins – il faisait pour cela en sorte que les personnes pussent faire émerger des projets s’appuyant sur le patient en tant qu’expert de sa propre santé. Bref, j’ai pour préoccupation de faire en sorte que chaque personne puisse avoir vraiment la capacité d’agir sur les déterminants de sa santé, tout au long de sa vie. Et ce dans une acception de la santé proche de celle de l’OMS, à savoir : un bien-être tout à la fois physique, social et mental, même si cet état complet de bien-être est inaccessible. Il s’agit donc de tendre vers, en considérant la santé de façon dynamique, comme une sorte de réserve d’énergie, qui peut se réduire ou s’expandre.
Pour en revenir au Brainathon, j’en ai découvert l’existence par le truchement d’un des associés d’Atlans, qui se trouve être impliqué dans l’organisation de TEDx Saclay : Gilles Gerbier (du Pôle Brainathon de TEDx Saclay, par ailleurs professeur chercheur à l’Université de Queen’s]. Il a considéré que cette approche de la santé, large et ouverte, méritait d’être partagée dans le cadre de la thématique santé. J’ai eu ensuite une conversation avec Marie-Dominique Quignon [Pôle Coordination et Facilitation] qui m’a confortée dans l’idée que le Brainathon était un format approprié pour échanger sur cette thématique.

- Au terme de l’expérience de ce Brainathon, quels enseignements en tirez-vous, sachant qu’il s’agissait de co-construire une proposition avec des personnes que vous ne connaissiez pas forcément, de surcroît dans un format virtuel ?

Ce fut une expérience très enrichissante ! La réflexion n’a cessé d’évoluer tout au long de la journée dans un esprit réellement collaboratif et participatif. Et même au moment, délicat, où il a fallu esquisser un résumé à présenter à l’ensemble des participants. Au début, j’ai été plus encline à mettre en avant le rôle des émotions dans la santé, mais le groupe s’est très vite tourné vers les enjeux de la santé numérique, la médecine 3.0 en somme, en imaginant une gélule à avaler avec un capteur dedans à même de recueillir des données relatives à l’état de santé de la personne(son taux de sucre, sa pression artérielle, ses sécrétions inadéquates d’enzymes, etc.). Je me suis donc laissée porter par cet « aller vers » en considérant que c’était l’occasion de m’interroger en tant que praticienne de santé sur la manière de collecter des données auxquelles je n’ai pas accès d’ordinaire au moyen d’outils de diagnostic interne miniaturisés, l’enjeu étant de faciliter le dialogue entre le médecin et son patient.

- Je prends du coup la mesure de l’esprit d’ouverture dont vous avez su aussi faire preuve. Compte tenu de vos compétences professionnelles, vous auriez pu être encline à imposer votre point de vue, votre vision de la santé… Au contraire, vous avez consenti à faire un pas vers une tout autre proposition…

C’est le fruit d’un cheminement intérieur. A l’enthousiasme que manifestaient certains devant la perspective d’une solution numérique, j’ai d’abord pris soin de rappeler que le plus bel objet auquel nous étions connectés restait notre corps. Puis, par un travail d’acculturation réciproque, j’ai fini par admettre que ce n’était après tout que mon point de vue, que les autres personnes pouvaient avoir envie de disposer d’autres informations. Il n’y avait donc pas lieu de décréter que ce serait moins important que l’accès direct aux émotions du patient. Plutôt que de rester dans une sorte d’antagonisme, je crois préférable d’envisager l’humain et le numérique/l’IA comme les protagonistes d’une même histoire. Car, bien évidemment, les données ainsi recueillies auront besoin d’être qualifiées par le médecin, mais aussi par le premier intéressé, le patient : avant tout, c’est lui qui vit avec la maladie ! En aucun cas, on ne peut prétendre éprouver à sa place ce qu’il ressent. En tant que médecin, mon rôle consiste donc à l’accompagner.

- Comment expliquez-vous que vous soyez parvenue à cette convergence ? Faudrait-il reconnaître des vertus au distanciel qui, manifestement, n’a pas contrarié vos échanges, y compris contradictoires, voire même a atténué le risque pour les esprits de s’échauffer ? En coprésence, les désaccords se seraient manifestés plus nettement au travers de l’agitation des corps sur fond de montée de la température ambiante !

(Sourire). Absolument ! Si les esprits devaient s’échauffer, très vite le ton serait revenu à la normale, car tous nous percevions bien combien il aurait été contreproductif à vouloir rester accroché à son idée et penser dans son coin. Chercher à tout prix à défendre la sienne empêche d’en découvrir d’autres.

- Connaissiez-vous le concept TEDx Saclay avant de vous lancer dans le Brainathon ?

Oui, j’ai déjà vu des talks de Stark et de Yann Arthus-Bertrand. J’ai compris aussi que le concept s’était décliné à travers le monde. Je l’avais donc au coin de ma tête. Mais j’ignorais tout de la manière dont s’était organisé. L’occasion m’a enfin été donné de le savoir !

- En prenant la décision de participer au Brainathon, aviez-vous anticipé le fait d’être possiblement sélectionnée pour intervenir dans le cadre du TEDx Saclay ?

Non, pas du tout. Mon intention était d’abord de participer à une réflexion collective, mais sans rien présumer de son issue. C’est au cours de la journée que j’ai commencé à mesurer la perspective qui se profilait : que de notre travail collaboratif sortiraient trois speakers, invités à défendre l’idée de leurs équipes respectives, et j’ai trouvé cela d’une grande audace de la part des organisateurs, qui mérite d’être saluée. Personnellement, je ne m’attendais pas à être sélectionnée. Je n’ai pourtant pas plus de mérite que mes coéquipiers. C’est d’ailleurs en discutant avec eux que l’idée d’une gélule intégrant des composants/capteurs miniaturisés capables de donner en direct des informations sur notre état interne, a émergé. L’accroche a aussitôt plu. Ensuite, j’ai tenu à faire un speech aussi crédible que possible pour la professionnelle de santé que je suis. Manifestement il a été apprécié. Me voilà maintenant à me faire le héraut de tout un groupe !

- Et alors ?

Après une phase de sidération, j’ai commencé à mesurer l’ampleur de ce qui m’attendait ! Peu après le Brainathon, j’ai reçu un email avec une proposition d’un coaching. Forcément, au début, il y eut un peu d’inquiétude. « Mon dieu, quelle horreur si je me plante ! » C’est à peu près les mots que je me suis dit, dans un premier mouvement, avant que de me dire que c’était juste ma vanité qui se manifestait, qu’il fallait bien que je m’y fasse : d’ici le 24 juin, je connaîtrais des hauts et des bas, mais le jour J, je n’aurais qu’à faire ce qu’il y avait à faire ! Quoi qu’il arrive, la terre ne s’ouvrira pas sous mes pieds. Elle restera mon vaisseau ! Et puis, j’aime cette idée de défendre une idée qui n’aura pas forcément été la mienne première. Mais à la réflexion, il n’y a aucune raison qu’une thématique me soit totalement étrangère dès lors que cela touche à la terre et à son avenir.
Surtout, je garde à l’esprit que c’est une aventure collective. Une réunion est d’ailleurs prévue dans quelques heures, avec le groupe, pour travailler à la rédaction du speech.

- Vous êtes-vous laissée définitivement convaincre de l’intérêt d’une santé numérique ?

Nous sommes face à une tendance qui, de toute façon, va aller en s’affirmant. La refuser n’a aucun sens. Je crois en cette loi fondamentale de la vie, du dépassement de l’ancien par le nouveau. Je dis bien le dépassement, pas le remplacement, car les deux – cette santé numérique et une santé disons plus humaniste en l’occurrence – sont appelées à coexister. C’est dire si nous sommes appelés à nous transformer encore et encore, dans nos manières d’être et de faire. Autant, donc, être dans le mouvement de la vie plutôt que de vouloir s’arc-bouter à tout prix sur son point de vue. Si j’ai un enseignement à retirer du Brainathon, c’est bien celui-là !

A lire aussi l’entretien avec Laurent Fullana, président de Horiba France (pour y accéder, cliquer ici).

2 commentaires à cet article
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