Une Cité de l’Innovation « in the middle of somewhere ». Rencontre avec Fatima Bakhti (2)

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Suite de la visite de la Cité de l’Innovation d’Alcatel-Lucent, à travers l’entretien que nous a accordé Fatima Bakhti, directrice du projet.

Pour accéder à notre premier volet de la visite de la Cité de l’Innovation d’Alcatel-Lucent, cliquer ici.

- Dans quelle logique a été conçue cette Cité de l’Innovation ?

La Cité de l’Innovation est la traduction concrète du Plan Shift lancé par Alcatel-Lucent pour la période 2013-15 en vue de repositionner le groupe en spécialiste des réseaux IP et de l’accès en Très Haut Débit (pour en savoir plus, cliquer ici). Elle découle du regroupement de nos différentes plateformes et activités de recherche d’Ile-de-France sur notre site de Villarceaux-Nozay, ce qui en fait le 2e centre d’expertise d’Alcatel-Lucent au plan mondial. Ce regroupement a impliqué le transfert de pas moins de 2 500 collaborateurs de Vélizy. Sur le plan de l’immobilier, elle a donné lieu à la construction de 16 000m2 supplémentaires et à la rénovation de 50 000 autres m2.
Parmi les nouveaux équipements, citons le bâtiment Chappe qui accueille la plus grande plateforme européenne de tests de réseaux mobiles (elle permet de simuler les flux dans les contextes de mégapoles). Elle a été construite entre fin mars 2013 et décembre 2013, soit en à peine 9 mois. L’ensemble du programme a été défini entre novembre 2012 et avril 2014, y compris dans son volet social, soit 18 mois. Ce qui constitue autant de prouesses. Il est vrai que nous sommes dans un secteur, celui des télécommunications, en constante évolution. Nous devons être réactifs. Et c’est aussi à ce besoin que répond la création de la Cité et l’incitation de nos salariés à la créativité.

- Elle a été inaugurée en septembre 2014. Est-elle achevée ?

Non, tout n’est pas finalisé, loin de là. Et d’autres projets sont programmés comme, par exemple, la création d’un business center avec de nouvelles salles de réunions pour accueillir nos visiteurs. Quoi de plus naturel, après tout ? Nous partons d’un existant que nous adaptons aux nouvelles conditions de l’innovation.

- En quoi consistent ces conditions de votre point de vue ?

Aujourd’hui, l’innovation ne se conçoit plus dans l’espace confiné d’un laboratoire ou d’un centre de R&D. Elle se doit d’être ouverte et collaborative, en impliquant des personnes de disciplines et de cultures professionnelles différentes, aussi bien en interne qu’en externe : en plus de nos salariés, la Cité accueille tous les jours des visiteurs extérieurs : des partenaires, mais aussi des étudiants. La Cité héberge également des startuppers (dont, entre autres exemples : E-blink, Red Technologies et Greenflop). Elle a vocation à faciliter les échanges et, par là même, la créativité, en favorisant le décloisonnement et la mutualisation. Emblématique de cette volonté est la création, au sein du Copernic, de nouveaux espaces comme le Garage, la Cuisine ou le Lounge.

- Pourquoi cette appellation de « Cité de l’innovation » ?

Justement, quoi de mieux qu’une cité pour favoriser la rencontre, croiser les regards, confronter ses idées ? De là aussi l’accent mis sur les aménagements extérieurs avec l’installation de sièges où tout un chacun peut s’installer et discuter de façon informelle avec le collègue croisé par hasard, comme on le ferait dans la rue, en s’installant à la terrasse d’un café. Chaque bâtiment dispose en outre de plusieurs cafétérias, toujours dans cette idée de favoriser l’échange informel.
Rien n’était pour autant gagné d’avance. On peut, avec une même infrastructure, faire une ville animée ou bien, au contraire, une ville dortoir, sans réelle urbanité, selon que les salariés s’approprient ou pas les lieux.

- Qu’en est-il justement de l’appropriation de la Cité par vos salariés ?

Il y a plusieurs signes encourageant à cet égard. Plusieurs personnes du bâtiment Curie se sont mises à entretenir un jardin d’agrément sous la houlette de collègues passionnés d’horticulture ! Récemment, un autre passionné, d’astronomie cette fois, a proposé un événement à l’occasion de la prochaine éclipse solaire. Des illustrations parmi d’autres de cette appropriation, mais aussi de la capacité à être une force de proposition.

- Des entreprises ont fait le choix de créer des campus ex-nihilo, vous avez vous fait celui de partir d’un existant, en le réhabilitant…

Oui et cette décision est porteuse de sens car cela fait plus de 50 ans que nous sommes installés sur ce sute de Villarceaux-Nozay. C’est à dessein que nous avons attribué à chaque bâtiment un nom de grand chercheur ou découvreur (Newton, Chappe, Copernic…) : pour être tourné vers l’avenir, nous ne nous en inscrivons pas moins dans une longue histoire.

- Revenons à la créativité. Vous avez souligné ce qui avait été fait pour la susciter. Mais qu’en est-il effectivement ? Les salariés sont-ils disposés à adopter d’autres manières de faire, d’autres modes d’échanges ?

La créativité ne se décrète. C’est une vraie transformation à laquelle sont conviés nos salariés. Et, naturellement, celle-ci ne se fera pas en un jour. On ne change pas du jour au lendemain des routines professionnelles. Tous les salariés ne sont pas formés à la créativité. Beaucoup des nôtres y sont venus par eux-mêmes, en suivant des formations. La Cité de l’Innovation a été, encore une fois, précisément conçue pour inciter les autres à oser. Certaines entités sont en avance sur d’autres. C’est le cas des Bell Labs, qui ont créé le Garage, la Cuisine et le Lounge, autant de lieux de partage et d’échange où les salariés peuvent se retrouver autour de projets d’innovation. Nous nous appuyons également sur des « innov’acteurs » : des volontaires qui souhaitent faire bouger les lignes, pour infuser/diffuser une culture de la créativité auprès de l’ensemble des salariés.

- Dans quelle mesure la Cité a-t-elle été co-conçue avec ces derniers ?

Naturellement, les salariés ont été sollicités, le projet initial défini en lien avec le Plan Shift se bornant à fixer un cadre général. Beaucoup avaient manifesté une forte attente d’espaces aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. De là ceux que vous avez pu voir et notamment cette ancienne aire de stationnement transformée en espace de verdure avec une fontaine comme on en trouve dans des espaces publics urbains.

- Aviez-vous procédé à un benchmarking ?

Nous avons bien sûr étudié ce que faisaient d’autres entreprises relevant de nos secteurs d’activité dont les Gafa. Mais nous avions aussi une idée claire de ce que nous souhaitions pour entrer dans l’ère de l’innovation ouverte et collaborative. La Cité de l’Innovation est appelée à évoluer encore, en fonction des besoins qui s’exprimeront à l’usage.

- A vous entendre, cette Cité de l’Innovation l’est en un double sens : parce qu’elle est dédiée à l’innovation et parce qu’elle procède elle-même selon une démarche itérative…

Oui et pour une raison simple : elle a été conçue pour être ouverte sur son écosystème. Elle est donc naturellement vouée à évoluer avec lui, tout en lui faisant profiter de son propre dynamisme. Et puis, encore une fois, le secteur des télécommunications est en constante évolution. Il nous faut donc gagner en agilité, en nous gardant de rechercher la cité idéale.

- « Pour être ouverte sur son écosystème » dites-vous. Dans quelle mesure jouez-vous la carte Paris-Saclay ?

Nous sommes en effet au cœur de l’écosystème Paris-Saclay et ce, depuis longtemps. Comme je l’ai déjà rappelé, Alcatel-Lucent est présent sur le site de Villarceaux-Nozay depuis plus de 50 ans. De nombreuses innovations ont été conçues ici-même, dans le domaine, par exemple, des transmissions sous-marines ou des fibres optiques. Naturellement, la Cité de l’Innovation entend renforcer ces liens avec l’écosystème à travers Opticsvalley et le Pôle de Compétitivité Systematic dont nous sommes partenaires. En plus d’être le parrain de la promotion 2014 de Télécom ParisTech 2014, nous sommes déjà un partenaire historique de l’Institut Mines Télécom, qui va, comme vous le savez, renforcer sa présence à Paris-Saclay. Naturellement, nous nous sommes d’ores et déjà rapprochés de l’Université Pairs-Saclay pour, notamment, participer à l’accompagnement de l’entrepreneuriat étudiant. Toujours avec cette université, nous participons à l’appel à projet Co-Ops, un projet financé dans le cadre du programme d’Investissements d’Avenir. A travers le Garage, nous participons au réseau des lieux innovants de Paris-Saclay. Nous avons d’ailleurs été présents au PROTO204, le 3 février dernier, à la réunion de restitution de l’étude de préfiguration d’un réseau de ces lieux.

- Une volonté de s’inscrire dans l’écosystème de Paris-Saclay que vous avez manifestée jusqu’à faire flotter un drapeau à ses couleurs, à l’entrée de la Cité…

Oui. La Cité de l’innovation est au cœur de Paris-Saclay et entend le manifester. Comme nous aimons à le dire, nous ne sommes pas « in the Middle of nowhere » mais bien « in the Middle of somewhere ». Un somewhere voué à un grand avenir.
L’industrie des télécommunications évolue très vite. Elle a donc besoin d’être au contact des lieux d’innovations, des start-up, des établissements d’enseignement supérieur, des laboratoires de recherche, etc. C’est précisément ce qu’offre l’écosystème de Paris-Saclay. La Cité de l’innovation n’entend pas moins rester ouverte sur d’autres écosystèmes, à commencer par celui de Lannion où est implanté notre deuxième site français d’innovation, baptisé, lui, le Campus de l’Innovation Alcatel-Lucent.

- Et la problématique des transports, comment l’avez vous appréhendée ?

C’est naturellement une problématique importante. Pour un certain nombre de nos salariés, le regroupement des activités s’est traduit par un allongement de leur trajet domicile-travail. Pour pallier à cela, nous avons mis en place jusqu’à cinq lignes de navettes : depuis Paris intra-muros, Versailles, Colombes, et Boulogne (où se trouve le siège d’Alcatel-Lucent). Nous sommes par ailleurs impliqués dans un PDIE avec notamment le parc d’activités de Courtabœuf. Un millier de nos salariés ont répondu à une enquête menée dans ce cadre, en janvier 2015. Nous travaillons aussi étroitement avec les collectivités locales – la CAPS, Europ’Essonne, le Conseil général, la ville de Nozay, etc. Bref, sur ce plan aussi, nous jouons collectifs.

- Dans quelle mesure les services que vous proposez ont-ils été conçus pour optimiser le temps de présence des salariés ?

Avant toute chose, ces services – la Conciergerie, la salle de sport, etc. – ont été conçus pour leur simplifier la vie et leur permettre de se consacrer pleinement à leur activité. De fait, ils permettent d’optimiser leur temps de présence en leur évitant des détours au cours de leurs déplacements domicile-travail. D’autres services sont prévus, comme la livraison de ses courses sur place, fruit d’un partenariat avec une grande enseigne. Enfin et surtout, Alcatel-Lucent est une des premières entreprises à avoir proposé le recours au télétravail. Aujourd’hui, plus de 50% des salariés travaillent chez eux, un à deux jours par semaine, et ce, depuis plusieurs années. C’est une autre façon de réduire les contraintes liées aux déplacements.

- Mais au vu du cadre de travail qu’offre La Cité de l’Innovation, n’allez-vous pas provoquer une évolution en sens inverse ? Qu’est-ce qui ressort de vos éventuelles évaluations ?

(Sourire). Sans attendre la finalisation des travaux, une enquête de satisfaction a d’ores et déjà été lancée, en janvier dernier, auprès de nos 4 000 salariés. Elle les invitait à pointer les aspects positifs et ce qu’il conviendrait d’améliorer, selon eux. De manière générale, l’appréciation est plus que positive. L’enquête a permis de mettre en avant des points d’amélioration, notamment sur l’insonorisation d’espaces de travail. Ils seront naturellement pris en compte dans les futurs aménagements du site.

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