Une carte collaborative pour inciter à la marche

Une carte collaborative du Plateau de Saclay, conçue dans l'esprit de Wikipédia
Cartopartie 2
Depuis plusieurs mois, une équipe de bénévoles, emmenés par des spécialistes des mobilités durables arpentent le Plateau de Saclay. Objectif : alimenter une carte collaborative destinée à promouvoir la marche comme mode de déplacement alternatif et, par la même, faire découvrir les ressources insoupçonnées de ce territoire.

Samedi 24 novembre 2012, une dizaine de personnes se retrouvent à la Ferme des Granges, où se tient encore l’exposition des Artsciencefactory days. Mais ce jour-là, le RDV a été fixé pour une carto partie. Comme son nom le suggère presque, il s’agit de parcourir un secteur pour en relever des informations qui viendront enrichir une carte collaborative. La démarche s’appuie sur OpenStreetMap, ce projet international fondé en 2004 dans le but de créer une carte libre de droits au niveau mondial (environ 20 000 utilisateurs complètent chaque mois des données, qui peuvent ensuite être ré-utilisées librement dans tous les projets). 
Après un briefing, les participants sont initiés par des représentants d’OpenStreetMap et de l’équipe de recherche de la Carte Ouverte, puis  répartis en équipes de 3-4 personnes, pour suivre des parcours distincts et recueillir des données utiles pour ceux qui pratiquent les mobilités douces, à pied ou en vélo.

Cartopartie 4

Une contribution à une mobilité alternative durable

A l’origine de cette démarche : un appel d’offres lancé en 2010 par le Prédit sur le thème des mobilités dans les régions urbaines, qui vise à étudier les pratiques de « mobilité alternative durable », induites par les formes de périurbanisation de l’habitat. Appel d’offres auquel ont répondu conjointement le Groupe Chronos et une équipe de chercheurs, adossée au Laboratoire Architecture, Culture et Société (ACS – UMR AUSser) de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Malaquais (ENSAPM). Emmenée par Sabine Chardonnet Darmaillacq et Léa Marzloff, cette équipe rassemble des compétences sur les stratégies urbaines de la mobilité, la morphologie et la perception de l’espace.

Un territoire a priori propice aux déplacements à pied

Pourquoi ce territoire, a priori pas le plus hospitalier aux marcheurs ? De fait, des infrastructures de toutes sortes y rendent des endroits inaccessibles à pied. Et puis, c’est un territoire vaste, qui incite à prendre sa voiture. Il y a bien des marcheurs, des randonneurs et autres promeneurs, mais outre le fait qu’ils se recrutent surtout parmi les personnes du 3e âge, ils sont loin de constituer la majorité.

Que faire pour convaincre les gens de marcher davantage ? Sabine Chardonnet : « D’abord, rappeler qu’il est nul besoin d’être un randonneur pour marcher sur le Plateau. En fait, tout le monde est amené à user de ses jambes (sauf à être handicapé moteur). Certes, plus ou moins, avec plus ou moins de facilité, mais tout le monde marche au quotidien. Les Parisiens eux-mêmes parcourent des distances relativement longues sans s’en apercevoir. » Reste que le Plateau de Saclay, ce n’est pas Paris. L’équipe a donc pris le parti inverse de celui adopté ordinairement. « Plutôt que de se dire quel aménagement envisagé pour inciter les gens à se déplacer à pied, nous avons renversé la question : de quelles ressources dispose le territoire pour encourager les déplacements pédestres ? Autrement dit : « Quelles sont les ressources et services qui engageraient les gens à abandonner momentanément la voiture au profit d’un peu de marche ? »

Car, bien sûr, il ne s’agit pas d’ériger la marche comme l’unique moyen de se déplacer. « Il s’agit juste d’inciter les gens à en faire un moyen naturel de déplacement, complémentaire avec les autres modes de déplacement. » Selon le principe de l’intermodalité bien connu des professionnels des transports.

L’idée est aussi de convaincre les salariés qui travaillent sur ce territoire de sortir de la routine de leurs déplacements effectués exclusivement en voiture. Sabine Chardonnet : « Ils se bornent à faire le trajet domicile-travail sans prendre la peine de découvrir les ressources du patrimoine et de l’environnement aux alentours immédiats de leur lieu d’activité professionnelle. »

La rencontre avec Terre et Cité

Déjà, une association, Terre et Cité, avait organisé de nombreuses sorties découvertes sur le Plateau, auxquelles le public avait répondu présent. Comme l’explique Dorian Spaak, un de ses membres, « une réflexion était déjà engagée sur les ressources patrimoniales et les circulations douces, pour compléter les cartes papier développées par l’ADER et l’AGPV. » A cette fin, Terre et Cité avait mobilisé des financements du Conseil Régional et du Conseil Général de l’Essonne pour travailler sur un outil en ligne permettant de faire valoir les espaces ouverts et les ressources patrimoniales de ce territoire. C’est à la rencontre de ces deux démarches, début 2011, que le choix s’est porté sur la fabrication d’un outil collaboratif impliquant aussi bien les institutions et les collectivités disposant de données, que des associations et des marcheurs avérés ou occasionnels : résidents, randonneurs, étudiants, chercheurs…

Cartopartie

Pour sa réalisation technique, le projet bénéficie du concours d’ergonomes, d’informaticiens et d’un designer. Pour les besoins de la carte, il recourt donc à OSM. Si le trio formé par Chronos, l’ENSAPM et Terre et Cité conserve les droits de propriétés intellectuelles, en revanche, il renonce au droit commercial, pour justement privilégier une approche collaborative et ouverte.

Une première étape a consisté à faire un diagnostic les ressources du territoire : ses chemins et sentiers, mais aussi ses équipements et ses moyens de transport, les éléments de son patrimoine,… Bref, tout ce qui est susceptible de faciliter ou de favoriser les déambulations. C’est dire si le champ d’informations à récolter est vaste.

Pour commencer et éviter de réinventer la poudre, l’équipe est partie à la recherche des bases de données existantes. Pas facile. Dorian Spaak : « Cela oblige à des tractations permanentes ! ». Des collectivités, par exemple, ne veulent pas toujours assumer le fait de communiquer sur des pistes cyclables potentielles au risque sinon d’être interpellées pour les gérer et les aménager en conséquence. Sur la vingtaine de communes du territoire, trois ont cependant accepté de jouer pleinement le jeu en mettant à disposition leurs données. Trois autres s’apprêtent à le faire. Versailles Grand Parc a de son côté consenti de communiquer une partie des siennes.

Dans l’esprit de Wikipédia

De là, les carto parties pour combler les lacunes, mais aussi actualiser les données périmées. On en revient à une autre originalité du projet : sa démarche collaborative. Sabine Chardonnet : « Plutôt qu’une logique top down cherchant à aménager des itinéraires, nous avons opté pour une démarche bottom up, participative. Les données entrées sont modérées. » Soit la logique de Wikipédia que revendique d’ailleurs l’équipe, en dépit des erreurs que peuvent contenir des articles du célèbre site. Dorian Spaak : « Les personnes qui consulteront le nôtre doivent savoir qu’il peut y avoir des approximations, qu’elles seront d’ailleurs invitées à corriger. » Une limite qui a aussi son avantage : « Cela permet aux institutions de nous livrer des bases de données, sans craindre de se voir reprocher les erreurs, car c’est nous qui les assumons. »

Les premières carto parties ont été organisées en mars-avril 2012, à pied ou à vélo (encore une fois, il ne s’agit pas d’opposer les modes de déplacement, encore moins les doux). A quoi s’est ajoutée en juin 2012, une journée découverte du Plateau avec Terre et Cité. De nouvelles carto parties ont été programmées depuis avril 2012 jusqu’à novembre, les dernières à l’occasion des Artsciencefactory days.

En cette fin d’années 2012, le site était bien avancé avec pas moins de 8 thématiques qui vont des mobilités aux événements en passant par le patrimoine, etc. Chacune de ces thématiques se déclinant en sous-rubriques. Ainsi l’entrée « Agriculture » permet d’accéder aux Amap, aux exploitations agricoles, aux jardins partagés, aux marchés… La rubrique « Balades » aux sentiers de promenade, aux balades équestres, aux lieux de pique-nique… Toujours dans le souci de faire de la marche un mode de déplacement complémentaire, la thématique « Mobilité » donne les informations relatives aux transports collectifs (horaires, lignes et station la plus proche…), chemins et sentiers, boutiques pour le vélo, comme au covoiturage, etc. Un calculateur d’itinéraire marche et vélo permet de définir et imprimer ses propres parcours, à partir des points d’intérêt qu’il a identifié. L’outil de calcul le prévient du franchissement de zones dangereuses.

Convaincre les salariés de la richesse du territoire

Parce qu’il s’agit de convaincre aussi le salarié de mettre à profit sa présence sur le territoire pour en découvrir les richesses, des thématiques listent les différents types d’« Evénements » ou de « Patrimoines », aussi bien historiques, matériels que naturels. Sabine Chardonnet : « Entre midi et deux, pourquoi ne pas visiterait-il pas un site ou ne ferait-il pas quelques pas pour apprécier la biodiversité ? » Une sous-rubrique est d’ailleurs dédiée à celle-ci. « Car le Plateau de Saclay a une faune et une flore d’une richesse insoupçonnée. La nuit tombée, on peut y découvrir tout un univers sonore fait de bruits d’animaux divers, que le jour on ne perçoit pas. »

Au total, 56 rubriques toutes conçues pour satisfaire les besoins du marcheur, qu’il soit randonneur, promeneur ou simple piéton, seul ou avec d’autres. C’est dire encore une fois si les données à entrer sont illimitées. Le comble serait cependant que le visiteur y perde pied et se noie sous l’information ! D’où l’important effort consenti dans le design du site. Le lecteur pourra en juger lors de sa présentation en avril 2013.

Cette carte collaborative n’est certes pas première du genre. Déjà, Rennes s’est dotée d’un système de carte ouverte. Mais celle du Plateau se veut plus collaborative, plus complète et surtout adaptée aux besoins spécifiques du marcheur, qu’il soit randonneur ou occasionnel, jeune et moins jeune, avec ou sans poussette… Ce samedi 24 novembre, deux étudiants en master VH-MA (des Universités Paris-Sud 11 et Paris Descartes et de l’Ecole de Kinésithérapie de Saint Maurice) sont d’ailleurs venus prêter main forte pour repérer escaliers et autres obstacles à la circulation en fauteuil roulant. Cet outil ne sera bien sûr pas totalement complet lors de son lancement en Avril 2013, et la participation de tous est encouragée pour la construire et l’amener à évoluer.

Une prochaine étape consistera à traduire la carte sous la forme d’une application mobile. Reste à trouver les financements. Pour l’heure, Sabine Chardonnet continue à s’investir dans la collecte d’informations, mais désormais à titre de bénévole. « Les financements dont nous disposions sont engloutis dans la rémunération des informaticiens, du développeur et du designer qui acceptent eux-mêmes de travailler en deçà de ce à quoi ils pourraient prétendre.» Beaucoup d’autres personnes donnent de leur temps. Au-delà du plaisir qu’elles tirent des cartoparties, Dorian Spaak avance une autre explication : « Elles ont le sentiment de participer à une œuvre collective qui peut profiter au plus grand nombre. C’est motivant ! »

9 commentaires à cet article
  1. Ping : Une carte pour promouvoir les mobilités douces | Paris-Saclay

  2. Ping : Une carte collaborative pour inciter à la marche | Carte interactive | Scoop.it

  3. Ping : Une carte collaborative pour inciter à la marche | Innovation sociale | Scoop.it

  4. Ping : Une carte collaborative pour inciter à la marche | itypamiers

  5. Ping : Comment rendre plus conviviaux les transports collectifs ? | Paris-Saclay

  6. Ping : Le Grand Paris via le Plateau de Saclay, en 24 h chrono | Paris-Saclay

  7. Ping : Mobidix ou comment inciter à des mobilités alternatives | Paris-Saclay

  8. Ping : Le Plateau de Saclay à la Carte… Ouverte | Paris-Saclay

  9. Ping : Une carte collaborative pour inciter à l...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>