Une approche littéraire de Paris-Saclay. Rencontre avec Christophe Baillat

C.Baillat paysage
Si le Plateau de Saclay évoque de prime abord la science, la technologie, l'innovation,… il n'en inspire pas moins aussi une vision artistique et même littéraire. Illustration avec Chrisophe Baillat, qui a bien voulu se prêter à l'exercice des « Trois questions à… », pour témoigner de son intérêt pour ce territoire, y compris sur le plan… entrepreneurial.

- Vous avez une approche « littéraire » du Plateau de Saclay. Pouvez-vous rappeler comment vous y êtes venu ?

Tout a commencé avec un café littéraire, que j’ai créé en 1999 et animé pendant 7 ans. Nombre de plumes de Versailles y sont venues : Franck Ferrand, qui a fait un grand numéro dans un petit café des Loges, Erik Orsenna qui revenait sur les lieux où il avait vécu, François de Mazières, qui s’est perdu en voiture et qui a été d’une grande simplicité… Grâce à l’aide de bénévoles et du conseil d’administration du syndicat d’initiative, les cafés littéraires ont eu lieu à HEC, à la bibliothèque des Loges, au Relais de Courlande, au Domaine du Montcel… J’ai pu ainsi observer les mœurs des auteurs. Ainsi, Jacques Villard qui tenait une chronique historique dans l’hebdo régional Toutes Les Nouvelles avait toujours son coffre plein de livres, au cas où. Laurent Scalese, auteur de polars venait en meute, entouré des siens… J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer les chercheurs de grand renom de l’INRA, comme Jean-Paul Renard, Louis-Marie Houdebine, qui nous ont ouvert les portes de leur laboratoire et offert leur auditorium pour accueillir le café littéraire. Jean-Pierre Alix, qui a toujours été attiré par l’aura des scientifiques, a repris le flambeau sous forme de Bar des Sciences et l’a placé d’emblée au plus haut niveau.

Cela étant dit, je n’aurais pas osé proposer à Alain Paquette, président du syndicat d’initiative de Jouy-en-Josas, de créer un café littéraire, ni me lancer dans la recherche d’un éditeur, si je n’étais pas passé par l’Institut de Gestion Sociale. L’école nous a fait confiance pour organiser, à deux, un tour de France des entreprises, suivi d’un colloque sur les pratiques RH innovantes, au Méridien Montparnasse à Paris, soutenu par Total et Liaisons Sociales. L’IGS apprend à oser. Sa devise actuelle, « Le monde des possibles » inspirait déjà son enseignement du temps où j’y étais, quand le tout premier ordinateur Macintosh est sorti. En parallèle, j’écrivais pour Toutes Les Nouvelles, qui couvre Versailles et sa région. Le journal cherche régulièrement des « localiers » et en répondant à ce genre d’offre, vous êtes sûr de faire du tout terrain. Ecouter une soprano lyrique, faire le tour des stands d’une brocante, voir les enfants jouer au hockey sur le gazon de La Boulie, assister au tir au canard du Rotary d’Orsay …

- Vous-même avez publié des romans : dans quelle mesure ce territoire est-il une source d’inspiration ?

Pour rester dans la vallée, avant d’aborder le plateau de Saclay, j’ai en effet publié un roman sur la toile de Jouy : Le neveu de l’abbé Morel, réédité par L’Harmattan en 2010, année du bicentenaire de l’installation d’Oberkampf. Le titre est un clin d’œil à celui qui a rendu la liberté à cette industrie au XVIIIe siècle : l’abbé Morellet. En 2015, la ville et les associations de Jouy-en-Josas organiseront une grande Année Oberkampf pour rendre hommage au « génial créateur » d’un tissu toujours travaillé par les stylistes. J’ai également fait le récit de la vie de la pianiste Vera Moore ; il est le fruit d’une enquête menée entre 2010 et 2012, qui s’est avérée difficile (je partais de zéro), mais passionnante. Le pianiste Ingmar Lazar lui a rendu un hommage dans un concert à Paris il y a quelques semaines. La rencontre avec le fils de Vera Moore a été forte en émotions, pour l’un comme pour l’autre. J’ai même craint d’avoir fait remonter trop vite le passé, mais, même s’il a été très discret lors d’une exposition sur Vera Moore organisée par le syndicat d’initiative de Jouy, il y est venu. Quant à mon intérêt pour le plateau de Saclay, il date de quelques années quand tous les projecteurs ont été braqués sur ce lieu, au risque d’aveugler !

- Vous vous intéressez aussi au monde de l’entreprise : quel regard posez-vous sur ce territoire au regard de son potentiel entrepreneurial ?

En 2014, je me suis jeté à l’eau, j’ai créé une structure en tant qu’auto-entrepreneur, dédiée au reportage en entreprise. Je travaille actuellement pour honorer la commande d’une biographie d’entreprise du secteur agricole. Une correctrice de profession m’a interviewé sur ce thème, on peut lire nos échanges sur mon site jimdo. Le Club des Entrepreneurs de Jouy-en-Josas a été de bon conseil et m’a tout de suite confié la réalisation de portraits d’entrepreneurs. Je viens de faire celui de Milena Maselli, la gérante de Epasta dont le dépôt est au Christ de Saclay. Je n’oublie pas qu’il y a une communauté scientifique non francophone ; aussi, je propose des récits en anglais.

Le plateau de Saclay est un territoire complexe : pour le comprendre, il faut y venir plus souvent. Bus 9110, RER B (la fameuse ligne des professeurs)… tous ces moyens de transport sont en eux-mêmes d’excellents moyens d’observation de celles et ceux qui les empruntent. Comme le plateau a plusieurs dominantes, académique, industrielle, agricole… l’enjeu principal est sans doute l’intelligence collective. Il y a un team building à réussir à l’échelle de ce territoire. Quant à savoir si le plateau de Saclay sera un eldorado, il est encore peut-être tôt pour le dire. En revanche, il ne manque pas de produire un effet de subjugation, comme je l’ai écrit dans un article consacré au départ de Finkielkraut de Polytechnique, sous le titre « Faire avancer la science jusqu’à l’innovation. Approche amphithéâtrale ». L’euphorie communicationnelle, cette aura qui nous aveugle… Le plateau est très divers, je voudrais en rendre compte tout en participant au grand récit collectif qui raconte au jour le jour sa transformation (« que restera-t-il du plateau ? » ai-je entendu un jour à HEC). Au moment où de nouveaux acteurs arrivent (l’Ecole Centrale, l’ENS Cachan, sans oublier le siège du Réseau de Cocagne), il est important de connaître son voisin.

Pour moi, le plateau de Saclay, c’est aussi un lieu de promenade où j’adore aller en learning expedition. A Palaiseau, il y a une « rue de l’effort mutuel », nom idéal pour traduire les efforts qui restent à faire pour que ce territoire fonctionne comme un échangeur – d’idées, d’histoires, de projets… – et un lieu de brassage. Les étudiants du plateau du Moulon, qui ne viennent pas ici en touristes, apprécieront sans doute de mieux connaître le plateau de Saclay. Une élève de Polytechnique m’a dit ne connaître que le RER à Massy et le bus qui l’emmène sur le plateau. C’est dommage. Dans la vallée aussi, l’environnement est très stimulant. Je peux croiser le matin sur le quai du RER en direction de Massy, Michel Spiro qui part au CERN à Genève. Une fois, il m’a donné un exemplaire du livre sur le Boson de Higgs qu’il venait de publier. Si je rentre déjeuner chez moi, je peux saluer une chercheuse de l’INRA et croiser le soir un mathématicien de l’INRIA ou un des responsables du Synchrotron qui part faire son sport. La proximité entre leur domicile et leur lieu de travail participe, avec la liberté d’organisation de leur emploi du temps et l’environnement, à cette qualité de vie qu’il faut maintenir.

Légende : une Cadillac surprise près de la Gare d’Orsay, lors d’une des promenades urbaines de notre romancier-entrepreneur.

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