Un think tank au service du projet Paris-Saclay. Rencontre avec Laurent Michard (2)

Une visite de laboratoire lors de la Ve journée portes ouvertes organisée par le CSIS. Crédit : Cécile Oriot (ECP)
CSIS
Suite de notre rencontre avec Laurent Michard qui nous explique la vocation du Collège des Sciences de l’Ingénierie et des Systèmes (CSIS), créé en 2009 et dont il assume depuis 2011 la direction exécutive.

Pour accéder à la première partie de la rencontre avec Laurent Michard, cliquer ici

- Pourquoi le CSIS ?

Le CSIS a été créé en 2009, de la volonté de quatre établissements d’enseignement supérieur (l’ECP, Supélec, l’ENS Cachan et l’UFR de sciences de l’université Paris-Sud) de se rapprocher. Pilotée à l’origine par Philippe Bompard de l’ECP, la structure a commencé à travailler sur des projets collaboratifs, autour des sciences de l’ingénieur et des systèmes d’information et de communication. Soit des domaines qui recouvrent l’ensemble des activités de recherche et d’enseignement de l’ECP et de Supélec, et une partie de celles de l’ENS Cachan et de Paris-Sud (une demi-douzaine de laboratoires de cette université sont directement concernés). Parmi les projets lancés par le CSIS, il y a la mutualisation de certaines formations doctorales, qui a ainsi préfiguré le mouvement auquel on assiste depuis.

Puis est venu, en 2010, l’appel à projets des Labex. Le CSIS s’est mobilisé pour en proposer un, le LaSIPS, qui a été labellisé depuis. Philippe Bompard en a pris la direction. Après avoir engagé ses forces dans ce projet, le CSIS s’est retrouvé un peu démobilisé. Devant ce constat, les responsables des quatre établissements ont décidé de le relancer. C’est ainsi que j’ai été recruté pour en assurer la direction exécutive. Les journées portes ouvertes – qui en sont déjà à leur 5e édition en à peine plus d’un an – visent à relancer la dynamique dans le cadre du projet « recherche », lequel vise à mettre en relation les chercheurs de différents laboratoires, dans l’espoir de faire germer des idées de partenariats.

- A entendre les chercheurs qui ont participé à la journée portes ouvertes d’avril dernier, elle a été l’occasion de découvrir les équipements existants…

En effet. C’est l’un des objectifs recherchés. Et d’ailleurs, nous avons un autre projet ambitieux, qui consiste à recenser tous les équipements de recherche existants dans le périmètre de nos quatre établissements membres. Nous privilégions ceux qui pourraient justifier une mutualisation. Soit 900 équipements, d’après nos premières estimations. Nous avons depuis élargi le périmètre de notre inventaire, à l’ensemble des laboratoires de l’UFR de Sciences de Paris-Sud, soit 55 au total.

- Quels sont vos autres projets ?

Le CSIS repose sur une organisation structurée en projets, qui ont vocation à balayer à peu près toutes les fonctions des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Outre les trois que je viens de citer, il en existe 4 autres : un projet « master » – qui a débouché sur la refonte en cours de l’offre de masters, un projet « pédagogie innovante », un projet « partenariat entreprise », enfin, un projet « coopération internationale ». Cette organisation en projets est même déjà un peu dépassée, dans la mesure où certains d’entre eux mûrissent au point de pouvoir passer à une autre étape.

- Venons-en au programme Summer School que vous souhaitiez mettre en place à la rentrée prochaine. Comment l’idée a-t-elle germé ?

Nous avons longuement réfléchi à ce que nous pourrions lancer dans le cadre du projet de coopération internationale. Suite à plusieurs réunions, l’idée d’une Summer school a été lancée, juste avant l’été 2012, par le directeur des relations internationales de l’ECP. Elle a suscité d’emblée l’adhésion de ses homologues au sein de Supélec, de l’ENS Cachan et de Paris-Sud. Dès le mois de septembre suivant, nous nous étions dotés d’un comité d’organisation et d’un comité pédagogique, et avions conçu un programme d’études. Mais très vite, nous avons perçu que les délais risquaient d’être trop courts. En mars de cette année, nous avons fait le constat que nous ne serions pas prêts, qu’il n’y aurait pas un nombre suffisant d’inscrits.

- Le projet est-il définitivement enterré ?

Non, il est même plus vivant que jamais. Nous avons seulement manqué de temps. Ce n’est donc que partie remise. Certains de nos objectifs ont déjà été atteints. L’un des plus importants étant de faire travailler ensemble les quatre établissements en matière de coopération internationale. Des personnes qui n’avaient pas l’habitude de se rencontrer ont appris à travailler ensemble, motivés par le projet, tant il est emblématique de ce que nous voulons faire dans le cadre du CSIS.

- Pourquoi avoir prévu un hébergement des candidats à la Cité universitaire ? Le projet ne pourrait-il pas être l’occasion de valoriser les conditions d’accueils d’étudiants étrangers sur le Plateau de Saclay ?

Autant le dire, ce n’est pas un projet aussi modeste en termes d’effectifs (nous tablons sur une trentaine d’inscriptions), qui pourra avoir la moindre influence sur les décisions touchant aux conditions d’accueil et à leur amélioration. Si nous avons pensé à la Cité universitaire dans un premier temps, c’est pour des considérations pratiques au regard des contraintes de mobilités des étudiants étrangers auxquels ce programme est destiné. Finalement nous avons opté pour un autre endroit : à Sceaux, à proximité de l’ECP où doivent en l’état actuel du programme, se dérouler bon nombre d’enseignements.

- Mais cette école étant appelée à rejoindre le Plateau de Saclay, peut-on imaginer que les futures promotions de la Summer school seront hébergées sur ce campus…

Oui, bien sûr. Tout ce que le CSIS entreprend est tourné vers la perspective de l’Université Paris-Saclay.

- Et le programme, en quoi consistera-t-il ?

Dans sa version initiale, la Summer School était dédiée au thème « Engineering for Health ». Sera-ce toujours le cas ? C’est justement l’objet des discussions que nous devons avoir. Personnellement je ne demanderais qu’à ce qu’on maintienne cette orientation car l’ingénierie tend à se rapprocher de la médecine. Seulement, ce mariage n’est pas suffisamment engagé en France. Nous sommes en retard par rapport à d’autres campus. La Summer School serait une opportunité pour contribuer à le combler. Quant à son organisation, le programme s’échelonnera sur six semaines à travers deux sessions de trois semaines chacune.

- Envisagez-vous d’œuvrer à la constitution d’une School of engineering dédiée dans la perspective de l’Université Paris-Saclay ?

Le CSIS n’a pas pour ambition de mettre en œuvre les projets sur lesquels il réfléchit, mais de les proposer. Libre aux acteurs de Paris-Saclay de se les approprier ou pas. Nous nous considérons comme un creuset à idées ou, si vous voulez, un think tank.

Une bonne illustration de notre manière de faire est fournie par le rapprochement des écoles doctorales que j’évoquais tout à l’heure. Le CSIS a initié la réflexion sur cette question. Dès qu’un groupe de travail dédié s’est constitué sur le Plateau dans la perspective de l’Université Paris-Saclay, nous nous sommes mis en retrait sur ce sujet pour ne pas entraver cette initiative.

Même chose dans le domaine des masters : en 2012, le CSIS a engagé une réflexion autour des masters proposés par ses quatre membres, en commençant par recenser les spécialités M2 avec l’idée de voir si, par hasard, certaines ne partageaient pas des points communs. De fait, nous avons identifié plusieurs clusters possibles. Notre groupe de travail a transmis le fruit de son analyse aux responsables des masters concernés, en suggérant qu’ils se rapprochent cluster par cluster. Apparemment, l’idée a fait l’école. Très vite, ces responsables ont pris contact et se sont engagés dans une dynamique de rapprochement. Parallèlement, nous avons associé d’autres établissements du plateau à la démarche : l’ENSTA ParisTech, l’Ecole Polytechnique, Télécom ParisTech, l’UVSQ…

C’est dans cet état d’esprit que nous avons constitué le groupe de travail « formation » de la School of Engineering & IST, que j’ai le plaisir d’animer. Ce groupe n’est déjà plus un projet CSIS, car la dynamique est maintenant lancée et généralisée sur le Plateau de Saclay, toutes disciplines confondues.

- Vous qui avez une longue expérience dans l’Industrie. Vous avez donc pu prendre la mesure de la mondialisation. Quel regard posez-vous sur le cluster qui a pour ambition de favoriser des synergies entre les acteurs du Plateau de Saclay ?

Je suis très heureux et très fier de participer à ce projet de cluster. Depuis le début, je suis très intéressé au rapprochement entre les deux cultures, celle des grandes écoles et celle de l’université. Certes, les différences existent, mais sans doute convient-il de ne pas les exagérer. Elles sont en tout cas moins grandes que je ne le pensais, et je suis sûr qu’elles vont s’estomper petit à petit. Le rôle d’une structure comme la nôtre est de garder le meilleur de chacune.

- Et que les gens se rencontrent…

En effet. Et de ce point de vue, je suis très frappé par le décalage entre les échos qu’on peut avoir du projet dans les médias et la réalité sur le terrain. Les gens ont une réelle envie de travailler ensemble. J’ai pu le mesurer à travers l’exemple du projet des masters. J’avoue que moi-même ai été surpris, et plutôt agréablement, par la rapidité avec laquelle les choses se sont produites. Je ne m’attendais pas à ce que cela aille aussi vite. La majorité des enseignants chercheurs du Plateau de Saclay ont intégré le projet de cluster, savent que cela va dans le sens de l’histoire et que cela va se produire.

- Y compris au regard des implications en termes de rapprochement entre entreprise et universités ?

Je perçois encore une appréhension mutuelle aussi bien des enseignants-chercheurs à l’égard des industriels que des industriels à l’égard des chercheurs. J’aimerais contribuer à faire tomber les ultimes barrières, car je pense que la recherche a un rôle primordial à jouer dans le redressement industriel de notre pays.

Une des premières choses que j’ai faites en rejoignant le CSIS a été de recenser le potentiel de recherche de nos quatre établissements. J’ai été émerveillé par la richesse, la diversité et la puissance de ce potentiel. Du temps où j’étais moi-même chercheur dans l’industrie, si j’avais eu en face de moi un interlocuteur unique offrant un tel panel de compétences, ç’aurait été le rêve !

Heureusement, des structures chargées de monter des partenariats entre industriels et des laboratoires ont vu le jour (cf le SAIC de Paris-Sud, les structures de valorisation à Centrale et Supélec). A travers le CSIS, nous avons entrepris d’accompagner ce mouvement en démarchant des industriels avec un catalogue présentant l’ensemble des compétences existant dans les laboratoires de nos membres, charge ensuite à ces industriels de préciser ce qui les intéresse. En fonction de leur réponse, nous organisons des réunions avec les responsables des laboratoires pour voir s’il y a matière à partenariat.

Une première action de démarchage a été menée auprès d’un groupe international, pour voir ce que cela pouvait donner. Le résultat a été plus qu’encourageant. Si le succès se confirme, nous poursuivrons notre effort.

Au-delà, l’enjeu est de favoriser des convergences entre les disciplines. Je pense en particulier à l’ingénierie biomédicale. Nos chercheurs en ingénierie et ceux du domaine médical ne communiquent pas encore suffisamment. J’ai quelques idées sur la manière de contribuer à leur rapprochement. Il est encore trop tôt pour en parler, mais la détermination est là, et je m’emploie à ce que le CSIS lance rapidement de nouveaux projets dans ce domaine.

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