Un Novation Center XXL… Entretien avec Serge Chanchole

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En juillet 2015, le Drahi-X Novation Center, l’accélérateur de l’X, accueillait ses premières start-up. Trois ans plus tard, il s’apprête à doubler de superficie. Directeur entrepreneuriat & Innovation, Serge Chanchole revient sur la genèse de ce projet, ses particularités et son insertion dans l’écosystème Paris-Saclay.

- Pouvez-vous, pour commencer, rappeler ce qui a présidé à la création de l’accélérateur Drahi-X Novation Center ?

Avant la création de cet accélérateur, l’École polytechnique disposait déjà, depuis 1992, de X-Technologies, un incubateur technologique ayant vocation à accueillir des spin-off issues de nos laboratoires pour leur apporter un soutien à leur développement technologique (en cela, je le précise au passage, il est complémentaire d’autres incubateurs à commencer par ceux de la loi Allègre de 1999 comme IncubAlliance, qui assure davantage un accompagnement au plan managérial et du financement). X-Technologies peut se prévaloir de beaux succès comme, par exemple, Léosphère, Let It Wave ou encore Phasics.
En 2013, à son arrivée à la présidence de l’École polytechnique, Jacques Biot a souhaité y renforcer l’excellence non seulement en matière d’enseignement et de recherche, mais encore en matière économique. Un service de valorisation existait déjà, mais l’ambition était aussi de la renforcer à travers la création de start-up et, au-delà, la promotion de l’esprit entrepreneurial chez nos élèves.

Bâtiment entrepreneuriat et innovation , l’accélérateur X-Up- Quel a été votre rôle dans la genèse du projet ?

Nous nous sommes vu confier, avec Matthieu Someck [ancien directeur Entrepreneuriat et Innovation de Polytechnique], la formulation de propositions concrètes. En avril 2014, nous soumettions un programme d’action au conseil d’administration. Une des propositions phares était d’abriter plusieurs fonctions (accélérateur, enseignement, fablab,…) au sein d’un même bâtiment, celui-là même où nous nous trouvons actuellement. Comme son nom l’indique – le Drahi-X Novation Center, donc – ce bâtiment n’aurait pu voir le jour sans le concours de la Fondation Drahi et d’un certain nombre de personnes. Leur forte implication dans le projet aura permis de le concrétiser dès juillet 2015, soit moins d’un an et demi après sa présentation. Il faut rendre hommage à l’architecte de l’École polytechnique, Pascal Defiez, qui a su concevoir un bâtiment agréable à vivre tout en étant modulaire et, donc, en mesure de s’adapter aux nouveaux besoins – ce qui est essentiel dès lors qu’on évolue dans l’univers des start-up.

- Quelles autres spécificités présente-t-il par rapport à d’autres lieux dédiés à l’incubation et/ou l’accélération ?

Le Drahi-X Novation Center accueille des projets très en amont, presque au stade de l’idéation, de la preuve de concept. C’est une première différence avec les accélérateurs anglo-saxons. Durant la dizaine d’années passées à la tête d’X-Tech, je m’étais aperçu avec d’autres que les projets qui sortaient de laboratoires, portés par des chercheurs, n’avaient souvent pas été confrontés suffisamment tôt à leur marché potentiel. Les chercheurs concevaient des produits très performants, certes, mais sans l’assurance qu’ils répondent à des besoins, faute d’échanges approfondis avec des utilisateurs finals. Il est arrivé que des produits ont été mis sur le marché avec des caractéristiques qui ne correspondaient pas vraiment aux attentes des clients. Il fallait donc parfois revoir la conception du produit, voire en imaginer un tout autre, ce qui, bien évidemment, peut se révéler très coûteux. De là l’idée d’accueillir des projets le plus en amont possible, pour en étudier les potentialités en matière de marché et développer le produit en conséquence.
Le programme que nous proposons est d’une durée de six mois : nous sommes donc bien dans une logique d’accélération et non d’incubation. En principe, il débouche sur un « Produit Minimum Vendable », permettant de se constituer un premier portefeuille de clients-testeurs et d’être en phase de levée de fonds si besoin.

- Que se passe-t-il au terme des six mois ?

Chaque projet est soumis cette fois au comité de sortie. Composé des mêmes personnes qui composent le comité de sélection, il a pour fonction d’orienter les porteurs de projet vers des partenaires potentiels et des incubateurs spécialisés, étant entendu qu’ils peuvent intégrés X-Tech. Autre possibilité : ils peuvent rester six mois supplémentaires dans l’accélérateur, non sans viser d’autres objectifs que ceux fixés lors de la période initiale. Précisons encore que cette période de renouvellement peut intervenir plusieurs mois après. C’est le choix fait par exemple par une start-up qui, après avoir suivi les six premiers mois de notre programme d’accélération, a réintégré le Drahi-X Novation Center. Entre-temps, elle avait développé son produit selon le cahier des charges établi après l’analyse de son marché, effectuée lors de sa première phase d’accélération.

- Combien de projets sélectionnez-vous ?

A ce jour, de six à une dizaine, soit une huitaine en moyenne, sur la centaine de dossiers de candidature qui nous parviennent chaque année.

- Ces projets sont-ils tous portés par des polytechniciens ?

Non, pas nécessairement, et c’est un autre parti pris original du Drahi-X Novation Center : des élèves d’autres écoles peuvent candidater, de même que des entrepreneurs déjà expérimentés, pourvu que le projet soit hautement technologique ou s’appuie sur une expertise pointue. C’est une condition sine qua non, la technologie pouvant cependant être hardware ou relever de l’intelligence artificielle.

- Revenons au programme de six mois que vous évoquiez. Pouvez-vous en préciser le contenu ?

Ce programme, qui a été lancé six mois avant l’ouverture effective du lieu – les candidats occupaient alors l’ancien bâtiment d’X-Tech – consiste en du monitoring assuré par des professionnels (mentors) dont un Lean startupper, qui a pour rôle de challenger les porteurs de projets. Outre ces personnes, nous accueillons trois startuppeuses en résidence. Leur rôle : non seulement de challenger les porteurs de projets, mais encore de les orienter vers des ressources, à commencer par des dispositifs de subvention.
Le programme se déroule au travers d’une série de sprints et d’ateliers – une quinzaine, sur tous les savoirs indispensables au startupper et sous forme de CEO talks et de Masterclasses. A quoi s’ajoute le Demo Day, qui permet aux porteurs de projet de pitcher devant des capitaux risqueurs et des business angels. Naturellement, des échanges avec de tels interlocuteurs ne s’improvisent pas. C’est pourquoi, durant le programme, nous veillons à ce que des contacts soient déjà établis, qu’une relation de confiance ait pu préalablement s’instaurer entre les porteurs de projets et leurs interlocuteurs financiers.

Icono pour SergeChanchole 18 offre fablab- De quels moyens technologiques disposez-vous par ailleurs ?

L’accélérateur dispose d’un pôle de prototypage et simulation piloté par un responsable, épaulé par une ingénieure (vous remarquerez au passage que notre équipe se féminise) en charge plus spécifiquement de l’espace de prototypage. Je précise que leur rôle n’est pas de réaliser les prototypes dont ont besoin les startuppers : elles forment ceux-ci à l’usage des équipements – si elles peuvent prodiguer des conseils, elles n’interviennent en rien dans la conception des pièces.
Le pôle se subdivise en deux espaces, l’un dédié au prototype rapide et peu coûteux – il est équipé d’imprimantes 3D (PLA & Imprimantes, carénées, Flex et ABS), de Machines de découpe (laser et de gravure CO2 et Fibre, vinyl et presse à chaud), de Bancs de test (électronique et d’assemblage électronique…) ; d’outils manuels conventionnels, d’une machine à coudre et brodeuse ou encore de drones.
L’autre espace répond aux besoins du startupper à un stade de développement plus avancé de son projet. C’est l’Atelier de Fabrication Numérique Avancée (Afna). On y trouve encore d’autres machines (Imprimante 3D ABS et multi-matériaux, de haute précision, GrIcono pour SergeChancholeJB20180704_0005-ubiq_previewand Format), une fraiseuse, une fabrication de cartes électroniques. Tout le nécessaire pour réaliser des prototypes plus affinés ou du moulage pour les besoins de pré-séries de quelques dizaines de pièces. Nous disposons encore d’une imprimante 3D grand format, qui permet de réaliser des pièces de relativement grande taille (de plus d’un mètre), de matériels de réalisation électronique : une machine de placement de composants CMS, un four à refusion et une petite fraiseuse pour réaliser des circuits imprimés double face, qu’on peut réaliser aussi avec notre découpe laser à fibre ; une perceuse pour circuit intégré. Nous disposons également d’une fraiseuse numérique pour usiner des matériaux plutôt tendres (aluminium ou laiton)… Pour la conception des pièces, nous avons un ELab comptant plusieurs stations de travail et des programmes adaptés aux besoins de nos startuppers : Logiciels de conception et simulation 3D ou électronique, ou de réalisations graphiques etc.

- Qu’en est-il des données et des capacités de stockage ?

Nos porteurs de projets peuvent se connecter à un Data Center, donné par Cisco et pour lequel nous avons le soutien de nos ingénieurs de la DSI, qui peuvent d’autant plus facilement assister nos porteurs de projets. J’ajoute que le Drahi-X Novation Center abrite le Centre d’Excellence en Intelligence Artificielle de Fujitsu – nous avons accès à son data center et à un certain nombre de clusters que cette entreprise met à disposition.
Outre les entrepreneurs innovants, nous accueillons aussi des équipes de R&D de grands groupes pour leur permettre d’accélérer leurs propres projets – Valeo compte ici une unité de R&D complète qui travaille sur la problématique bien-être et santé dans le cockpit de la voiture du futur. Soit une trentaine de personnes qui occupent tout une aile du bâtiment (500 m2). Pour elles, l’avantage de cette délocalisation est évident : elle leur permet de poursuivre leur recherche dans un contexte favorable à l’innovation, qui les soustrait aux rigidités inhérentes aux grandes organisations. Deux et bientôt quatre personnes sont mobilisées pour accompagner ces équipes de R&D et leur faire profiter de l’esprit startup que nous cultivons et de notre savoir-faire.

- Quel apport représente la présence d’équipes R&D d’industriels au sein même de votre accélérateur ?

Elles nous font bénéficier de leur culture R&D de grands groupes, de leur expérience de la pré-industrialisation et de l’approche marché. Leur présence est d’autant plus précieuse qu’elles ne visent pas seulement l’innovation produit. Elles sont en quête de nouveaux business models. Rappelons encore que les grands groupes ont l’expérience de la collaboration avec des start-up. Certains se sont dotés d’incubateurs.

- Et les élèves de Polytechnique ? Dans quelle mesure y ont-ils accès ?

C’est un point important à souligner : le Drahi-X Novation Center leur est accessible, y compris son pôle de prototypage (auquel nos chercheurs ont aussi accès). Je rappelle que nos élèves peuvent également bénéficier du soutien de ces mêmes chercheurs et de nos ingénieurs : qu’ils soient en 2e année – nous les accueillons volontiers dans le cadre de leur PSC (Projet scientifique collectif) – en 3e année, dans le cadre de leur enseignement approfondis, ou en 4e année. A fortiori, nous accueillons ceux inscrits au master entrepreneuriat et innovation de Bruno Martinaud, dont des cours se déroulent d’ailleurs ici-même. Naturellement, des élèves peuvent intégrer l’accélérateur à l’occasion de stages au sein de startup. Des anciens du master que je viens d’évoquer viennent d’ailleurs y accélérer leur projet.
J’ajoute que nous sommes en lien avec le service de valorisation, mais également l’Exed, l’Executive Education de l’X, pour les volets technologiques de ses formations. C’est dire si l’accélérateur entretient des liens étroits avec l’ensemble du campus.

- Comment parvenez-vous au juste équilibre entre la vocation à cultiver les synergies et l’exigence en termes de confidentialité ?

C’est une vraie question. La réponse réside dans la conception même du bâtiment, qui se compose d’une partie centrale accessible au public extérieur, avec son hall d’entrée, l’escalier qui permet d’accéder aux salles de réunion – un lieu d’échange, accessible à des personnes extérieures. L’accès aux autres espaces – incubateur, accélérateur, fablab,… – exige de disposer d’un badge. Les zones d’accès sont délimitées. Au sein d’une même promotion, nous veillons à ne pas accueillir des projets concurrents, afin de faciliter les échanges. L’espace accélérateur comporte une partie openspace de façon à favoriser l’effet de promotion, et deux laboratoires qui peuvent servir d’ateliers aux porteurs de projets, qui ont besoin de s’isoler et d’y entreposer du matériel – l’un d’eux est occupé par une firme spécialisée dans la robotique.

- Au final, si vous deviez mettre en avant la singularité pour ne pas dire l’avantage du Drahi-X Novation Center comparé à d’autres structures dédiées à l’accompagnement des startuppers, quel serait-elle/il ?

Outre l’accélération sur une durée relativement courte, je mettrais en avant le fait de concentrer autant de moyens techniques et humains sur un même endroit. D’autres lieux peuvent se prévaloir de disposer de fablab bien équipé ou de plus grand taille, mais rares sont ceux qui, encore une fois, concentrent autant de moyens sur un même endroit. Sans compter les extensions que notre accélérateur pourra connaître. Par ailleurs, l’écosystème où interagissent élèves, startuppers, chercheurs et grands groupes est un milieu suffisamment unique, exceptionnel, pour permettre l’éclosion d’idées innovantes et leur valorisation jusqu’à leur mise sur le marché.

- On voit que ce lieu pourrait se suffire à lui-même. Comment interagissez-vous néanmoins avec l’écosystème Paris-Saclay ?

La force de l’accélérateur est d’être inséré dans un écosystème, dans lequel on peut progresser par cercles concentriques. Le premier, c’est celui qui mène de l’accélérateur à l’incubateur de l’X, qui accueille aussi bien des start-up issues de notre accélérateur que des start-up extérieures, sélectionnées elles aussi au regard de ce que nous pourront leur apporter, mais aussi de la manière dont elles pourront enrichir notre propre écosystème.
Le cercle suivant, c’est bien sûr celui de Paris-Saclay, un écosystème proprement extraordinaire, qui pèse pas moins de 15% de la R&D française. Ce qu’on perçoit bien ici, sur le Plateau de Saclay, au-delà des chiffres. Paris-Saclay concentre de nombreux équipements de recherche de haut niveau, dont le Synchrotron. Sans compter un vivier d’étudiants extraordinaires, formés dans des établissements de haut niveau : l’École polytechnique bien sûr, mais aussi l’ENSTA ParisTech, l’Université Paris-Sud, IOGS, CentraleSupélec, HEC… Les grands groupes l’ont d’ailleurs bien compris qui sont désormais nombreux à avoir rejoint l’écosystème et à coopérer avec ses établissements d’enseignement supérieur et ses laboratoires.
Vu de loin, on peut avoir l’impression que ce cercle est immense. Il y a en réalité une unité de lieu qui n’est pas moindre que celle de la Silicon Valley, un écosystème très étendu s’il en est. Quand bien même des liens se distendent au sein du projet proprement académique, les établissements d’enseignement supérieur et de recherche n’en continueront pas moins à tirer profit de leur proximité géographique pour continuer à coopérer. Inutile de mette des moyens importants pour susciter les synergies, elles se font naturellement. De quel établissement qu’on soit, et de quel pôle que nous soyons, nous avons en partage la même appétence pour la recherche, la connaissance et l’innovation.

- Paris-Saclay, c’est aussi de nombreux tiers lieux dédiés à l’innovation : incubateurs, accélérateurs, fablabs… Comment appréhendez-vous cette apparente profusion ? Ne devrait-elle pas inciter à plus de mutualisation ?

Si, bien sûr. Et c’est d’ailleurs ce à quoi nous nous employons. Très tôt, des efforts ont été consentis pour améliorer la coordination les actions des uns et des autres, jouer la carte de la complémentarité et limiter autant que possible les doublons. Tous les fablabs ont leur imprimante 3D. Pourquoi pas. En revanche, des équipements plus lourds pourraient être mutualisés. Les responsables d’espaces de prototypage se connaissent et ont pris l’habitude de travailler ensemble, se dépannent, échangent autour des bonnes pratiques. Je ne doute pas que tout cela concourt à donner de la cohérence à l’ensemble.

- Comment appréhendez-vous les conditions d’accessibilité et de transport ?

C’est le seul véritable problème auquel doit faire face cet écosystème. Nous avons beau n’être qu’à quelques dizaines de kilomètres de Paris, venir de là jusqu’au Plateau ou l’inverse n’est pas simple. Si vous venez par les transports en commun, il faut prendre la ligne B du RER, puis prendre une navette à la station de Massy-Palaiseau. Si les conditions de transport sur ce tronçon ont été améliorées, avec la mise en circulation d’un bus en site propre, en revanche, le RER de la ligne B connaît encore de fréquents problèmes. Aussi ai-je proposé de mettre en place une navette partant directement de Paris, sur le modèle de ce qui a été fait par un groupement d’établissements présents sur le Plateau de Saclay. En y ajoutant le Wifi, de façon à permettre aux passages de travailler pendant le trajet. Certes, on peut regretter le report de la ligne 18 du Grand Paris-Express, mais n’attendons pas pour autant qu’elle voie le jour. Démultiplions les initiatives, en tirant aussi profit des plateformes numériques spécialisées dans la mobilité.

- Est-ce à dire que vous voyez dans le report de la construction de la ligne 18 des motifs supplémentaires pour encourager l’innovation, y compris au travers des start-up ?

Oui, bien sûr, étant entendu que ces enjeux d’accessibilité sont l’affaire de tous. C’est d’ailleurs pourquoi je suis avec intérêt les initiatives de l’EPA Paris-Saclay et notamment du projet de plateforme numérique destinée à intégrer toutes sortes de services de mobilité [Saclay In Move]. Cela ne peut qu’être un facteur supplémentaire d’attractivité, en plus de permettre d’imaginer au moindre coût des solutions opérationnelles. On ne peut continuer à faire venir les investisseurs en affrétant des navettes spéciales, comme cela a dû encore être le cas pour Spring Paris-Saclay.
C’est d’autant plus important que les problèmes de transport ne concernent pas que les allers et retours entre Paris et le Plateau de Saclay. Ils concernent aussi les déplacements plus transversaux, au sein de l’écosystème. Pour avoir organisé des événements à HEC, je peux témoigner du fait que ce n’est pas simple de s’y rendre depuis Polytechnique, sauf à disposer d’une voiture.
Mais, encore une fois, ce n’est pas les solutions qui manquent, que ce soit le covoiturage ou l’autopartage, la voiture électrique (nous avons la chance de compter EDF Lab sur le Plateau de Saclay, ce qui devrait faciliter l’installation de bornes de recharge), sans compter le véhicule autonome, objet de différents programmes de recherche au sein de Paris-Saclay [sur le site du CEA Saclay ou du côté de Satory, à l’initiative de Vedecom, et le véhicule autonome Valeo].

- Revenons à votre accélérateur. Comment envisagez-vous son avenir ?

Bien ! Nous envisageons d’en doubler ni plus ni moins la surface pour atteindre de l’ordre de 5 200 m2, sur deux niveaux. Le fablab verra aussi sa surface doubler. Au moment où l’entretien paraîtra, les travaux auront été lancés [ils devaient débuter en septembre]. Il est prévu de disposer des nouvelles surfaces dès le mois de mars de l’année prochaine. Soit dans à peine six mois. Ce qui n’empêchera pas de continuer à travailler ici (hormis des interruptions de quelques jours, circonscrites à tel ou tel secteur). Cet agrandissement nous permettra d’accueillir deux fois plus de start-up, soit une quarantaine, sans compter les équipes de R&D que nous pourrons accueillir aussi en plus grand nombre.

- Qu’est-ce qui, dans votre parcours, vous a prédisposé à participer à cette aventure, à diriger l’entrepreneuriat et de l’innovation d’une institution comme l’X ?

Avant même d’être chercheur au sein du Laboratoire de mécanique des solides, et d’en devenir directeur adjoint, j’ai eu une expérience dans le développement de produits technologiques. Ensuite, je considère que, pour être chercheur, on n’en est pas moins aussi innovateur, ne serait-ce que pour imaginer des procédés et équipements qui permettront la réalisation d’expérimentations. On produit de la connaissance, parce qu’on est par ailleurs innovateur ! Mais pour être innovateur, il faut aussi observer la société et ses évolutions pour mieux en cerner les besoins.
En parallèle à mes activités de recherche, j’ai dirigé, les dernières années de son existence, le Groupement d’intérêt public pour l’étude de Structures Souterraines de Stockage (G3S), qui avait pour vocation de mener des travaux dans le cadre de contrats avec de grandes agences de l’Etat (Andra notamment) ou de grandes entreprises du secteur. Ce qui m’a permis de mieux appréhender le monde industriel.
En 2005, la direction de Polytechnique m’a proposé de prendre la direction d’X-Tech. Une expérience qui me convenait parfaitement : en tant que chercheur, j’ai toujours été soucieux des implications sociétales ou ne serait-ce qu’industrielles de mes travaux scientifiques. En cela, le domaine de la géomécanique me convenait bien : tout en me permettant de faire de la recherche fondamentale, il me mettait en lien avec de grands industriels qui avaient besoin de la connaissance scientifique, pour mener leurs grands travaux. J’ai particulièrement apprécié la diversité des défis que ces industriels étaient en mesure de nous soumettre. Preuve que des problématiques concrètes peuvent aussi alimenter la recherche fondamentale.
A travers X-Tech, je me suis d’ailleurs employé à convaincre des équipes de recherche qu’on pouvait poursuivre ce type de recherche tout en faisant de la recherche appliquée. L’incubation ne visait pas pour autant à transformer des chercheurs en entrepreneurs, mais à valoriser leurs travaux de recherche par d’autres sinon par eux-mêmes, s’ils se trouvaient avoir une appétence pour la création d’entreprise. De fait, j’ai rencontré de nombreux chercheurs qui ont sauté le pas, moyennant un accompagnement pour tous les aspects touchant à la gestion et au management.
C’est dire si je ne pouvais qu’être partant pour suivre le projet du Drahi-X Novation Center. D’autant plus qu’il s’agissait aussi d’impliquer davantage les élèves, une perspective qui m’est toujours apparue fondamentale. Travailler au milieu de startuppers, c’est proprement passionnant, malgré tous les défis qu’il faut les aider à relever. Quel que soit leur âge, ils font preuve de beaucoup d’enthousiasme, ont plaisir à échanger avec quiconque peut les aider à parfaire leur projet En cela, ils ne sont pas forcément différents des chercheurs passionnés par leur activité de recherche.

 

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