Un ingénieur startuper au pied marin

Ian et Jean-LouisPaysage
Suite et fin de nos rencontres faites à l’occasion de la 4e édition de Paris-Saclay Invest (qui s’est tenue le jeudi 3 juillet dernier à l’ENSTA ParisTech), avec Ian Lipinski, un entrepreneur et navigateur venu présenter son étonnant projet : un laboratoire d’innovation en forme de bateau appelé à concourir à la Mini-Transat.

Tout navigateur qu’il est, habitué aux courses au large et en solitaire, Ian Lipinski, 32 ans, connaît bien la terre ferme de Paris-Saclay. « J’ai fait des études en physique, à la Faculté des sciences d’Orsay. » Suite à quoi, il intégrera une école d’ingénieur en… aéronautique (Supaéro, à Toulouse). Une carrière chez Airbus lui tendait donc les bras. « J’ai préféré suivre mes véritables passions : la mer et la voile. » Depuis trois ans, il monte des projets qu’il qualifie lui-même d’un peu fous. Qu’on en juge : ils consistent à construire des bateaux pour participer notamment à la Mini-Transat : la fameuse course consistant à traverser l’Atlantique sur les plus petits bateaux possibles (6,50 mètres de long !) et avec un budget minimum… Le départ a lieu à Dournenez et l’arrivée à Point-à-Pitre, en Guadeloupe, après une escale aux îles Canaries. Michel Desjoyeaux, Ellen MacArthur, Isabelle Autissier, Loïck Peyron y ont débuté avec le parcours ultérieur que l’on sait. C’est dire le caractère effectivement un peu fou du projet.

Pour le premier projet de cette nature, Ian a su en association avec Jean-Louis Frechin (voir entretien, en cliquant ici), de Nodesign.net, convaincre des entreprises du numérique d’Ile de France, réunies au sein de Cap Digital, de participer à l’aventure, sous une même bannière : « Pas de futur sans numérique ». Au total, une quinzaine de start-up et PME ont relevé le défi.

Corsaire plutôt que pirate

Les efforts de Ian ont été récompensés dès 2012 par un premier podium (lors de la course « Les Sables-les Açores-Les Sables ») et une victoire au MiniFastnet 2013. Les amateurs apprécieront. Malheureusement, la Transat 6.50 s’est, elle, mal finie, comme il l’explique en toute honnêteté dans la plaquette qu’il remet aux partenaires potentiels. « J’ai chaviré au large du Portugal, mon bateau s’est renversé et rempli d’eau. J’y suis resté une heure et demie dans l’obscurité la plus totale avec de l’eau jusqu’au cou avant d’être secouru par un cargo. » Pas de quoi cependant lui faire renoncer à repartir de plus belle. « L’échec, dit-il fait partie de la vie de tout entrepreneur. » De là à y laisser sa peau… Mais on devine la réponse à l’objection : l’échec, sinon le risque, fait aussi partie de la vie de tout navigateur. On ne pourrait alors qu’abonder dans son sens : le mot de risque partage la même racine étymologique que le mot… rets, désignant le filet de pêche. Et puis, de toute évidence, Ian tient moins de la tête brûlée que… du corsaire, au sens où l’entend Jean-Louis Frechin. « On parle beaucoup de pirates dans le monde du net, pour désigner ceux qui opèrent contre les grandes organisations. Je préfère pour ma part la figure du corsaire. A la différence du premier, celui-ci œuvre pour le compte d’une d’un Etat, pour suppléer à ses déficiences. C’est donc une formidable figure de l’innovation dans la mesure où elle suggère une intervention en marge des organisations mais au service de celles-ci. » Un corsaire, Ian ? L’intéressé acquiesce volontiers.

A défaut d’organisations, le nouveau projet qui l’occupe est mené avec un architecte et des entrepreneurs de la Rochelle. Il s’agit d’un autre bateau, dont il sera le skipper. La logique partenariale a été élargie pour l’occasion au-delà du monde numérique à des «  entreprise(s) innovante(s) », une formule utilisée en guise de nouvelle bannière. Au programme de cette saison 2014 : pas moins de 6 courses dont, en août, « Les Sables – Les Açores – Les Sables. » L’enjeu : défendre son podium ! Pour l’année 2015 : l’objectif se veut encore plus ambitieux : gagner la Mini-Transat et être sacré Champion de France. Ni plus ni moins.

Pour mettre toutes ses chances de son côté, Ian sollicite de nouveaux partenaires. De là donc sa présence au Paris-Saclay Invest aux côtés de Jean-Louis Frechin. Mais au-delà des investisseurs, l’un comme l’autre ne demandent qu’à associer de jeunes ingénieurs. « Aussi inconfortable qu’il soit, un 6.50 est un concentré de technologie, qui ne peut que les intéresser. » En mai dernier, avant la mise à l’eau du bateau, Ian et Jean-Louis ont pu présenter leur projet à ceux de l’Institut d’Optique. L’un et l’autre peuvent par ailleurs compter sur un soutien de poids en la personne de Sylvain Dorschner, d’iNNOECO, déjà associé au premier projet. « Il nous a mis en lien avec le 503, où nous sommes intervenus dans le cadre de l’Innovation Summer Camp’14. » L’occasion de recueillir des pistes intéressantes pour résoudre un des problèmes rencontrés au cours de la navigation, à savoir le dépôt d’algues sur la quille.

Et Ian de dissiper une source possible de malentendu: « Pour faire une course au large et en solitaire, je n’en dépends pas moins des autres. Même une course comme celle-ci ne se gagne seul. »

Pour accéder à l’entretien avec Jean-Louis Frechin, réalisé à l’occasion de Paris-Saclay Invest, cliquer ici.

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