Un homme des métaux avec gant de velours. Rencontre avec Laurent Michard (1)

Crédit : Cécile Oriot, photographe de l’Ecole Centrale Paris
CSIS
Après une longue expérience dans l’industrie métallurgique, Laurent Michard assume la direction exécutive du Collège des Sciences de l’Ingénierie et des Systèmes (CSIS). Retour sur un parcours qui l’a prédisposé à tous les alliages…

Diplômé de l’Ecole Centrale Paris (promotion 81) et titulaire d’un doctorat en Sciences des matériaux, Laurent Michard se définit, non sans humour, comme « un homme du métal ». Il pourrait aussi bien dire « des métaux » : de l’aluminium, du cuivre et de l’acier, en l’occurrence, qu’il a découverts successivement au cours d’une longue carrière dans l’industrie.

L’aluminium d’abord. Au sortir de sa thèse, il débute comme ingénieur de recherche au sein du groupe Péchiney dans une division devenue depuis Rio Tinto Alcan, pour finalement obliquer vers le marketing puis la vente opérationnelle. « J’avais en charge la direction commerciale d’une ligne de produits à base d’aluminium de haute pureté, destinés à des applications high tech dans l’électronique. »

Au bout de 8 ans, en 1991, il passe de l’aluminium au cuivre, en quittant Péchiney pour une autre entreprise, Tréfimétaux, qui venait d’être rachetée par un groupe germano-italien, KME AG. « J’y assurais toujours une direction commerciale, mais cette fois d’une ligne de produits en laiton. »

En 1999, nouveau changement : du cuivre, il passe à l’acier, en quittant KME AG pour ce qui ne s’appelait pas encore Arcelor, et où il se voit confier la direction complète d’une division. « Je dirigeais deux usines de tubes d’acier en Lorraine. L’une était la dernière unité encore opérationnelle de l’ancienne Aciérie de la Providence, dans le bassin de Longwy. » « Un contexte difficile » lâche-t-il.

En 2004, suite au rachat de la division par une société espagnole, il quitte Arcelor. Plutôt que de rejoindre un autre groupe industriel, il décide de créer sa propre société de conseil en innovation dans le domaine des matériaux. « Un projet auquel j’aspirais depuis longtemps. » L’innovation, il l’entend au sens large. « A travers mon parcours professionnel, j’ai pu en balayer toutes les facettes, depuis le développement de nouveaux produits issus de la recherche fondamentale, en pilotant des essais en laboratoire pour définir des formulations chimiques – jusqu’à la mise sur le marché de nouveaux produits. » Près de dix ans plus tard, il continue à prodiguer ses conseils. « Récemment, un grand producteur d’acier inoxydable m’a sollicité pour trouver de nouvelles applications. »

Un homme des métaux donc, mais prédisposé aux alliages, y compris culturels… Parmi ses souvenirs professionnels, Laurent Michard, qui parle 4 langues, aime d’ailleurs rappeler l’expérience des chocs de culture qu’il vécut, dans les années 90, au sein de KME AG, cette firme de statut allemand, mais à capitaux italiens. « En plus de déplacements entre Paris, Berlin et Milan, je me suis retrouvé à animer une équipe internationale. Je peux témoigner du fait qu’observer des Français, des Allemands et des Italiens réunis dans un même bureau, c’est très instructif ! J’ai pu prendre la mesure des différences de culture qui pouvaient exister jusques et y compris sur le plan industriel. Au risque de verser dans des clichés, je dirai que j’ai trouvé mes collègues italiens et allemands plus pragmatiques que nous. Mais j’ai été aussi très impressionné par la rapidité de décision et d’exécution des premiers. » Une qualité qu’il met sur le compte d’un capitalisme à dominante familiale. Seul bémol : « Les Italiens investissent moins que nous dans la R&D. Quant aux seconds, les Allemands, ils manient à merveille la politique de norme et de propriété intellectuelle, de redoutables armes industrielles et commerciales. »

Une expérience des cultures industrielles

Une expérience de l’interculturel qui se révélera plus qu’utile sur… le Plateau de Saclay qu’il a rejoint à la fin de l’automne 2011, pour assurer la direction exécutive du CSIS, qui a vocation à favoriser les rapprochements entre Supélec, l’Ecole Centrale Paris, l’ENS Cachan et Paris-Sud dans le domaine des sciences de l’ingénierie et des systèmes. « Certes, on y parle la même langue, mais force est de constater des différences de culture, notamment entre les universitaires et les écoles d’ingénieurs…»

Pas de quoi cependant faire baisser les bras à Laurent Michard. « D’abord parce que ces différences sont à relativiser. Ensuite, parce que le projet de cluster est plus qu’indispensable si on veut œuvrer au redressement industriel du pays. » Et le même de reconnaître : « Je n’en avais pas véritablement mesuré l’ampleur avant de rejoindre la Plateau de Saclay. Je ne suis pas déçu ! »

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