Un globe-trotter de la transition énergétique. Rencontre avec Julien Sorreau

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Durant plusieurs années, il a sillonné le monde pour rendre compte ce que des villes entreprenaient en matière de transition énergétique. En 2013, Julien Sorreau a rejoint l’EPPS où il participe au projet de réseau de chaleur et de froid de Paris-Saclay. Retour sur un parcours enrichi d’expériences professionnelles sur d’autres territoires de France et de Navarre.

A l’âge de 32 ans, le bilan carbone de Julien Sorreau n’est pas des plus brillants. Depuis plusieurs années, il prend l’avion pour de longs séjours en Amérique du Nord, du Sud ou Centrale. Mais s’il a accumulé les miles, c’est pour la bonne cause : voir de près ce que les autres font notamment en matière de transition énergétique ou de lutte contre le réchauffement climatique. Avant de rejoindre l’EPPS, en décembre 2012, il faisait profiter de ses retours de terrain, à travers des vidéos et entretiens disponibles sur un site : Econergy Tour.

Avant d’entreprendre ainsi des voyages au long cours, il y a eu les premiers déplacements pour les besoins de ses études. Après le bac, en 2000, il quitte Chartres, sa ville de naissance, pour Lyon où se trouve l’école d’ingénieur qu’il a intégrée, l’Insa. Déjà, il opte pour une dominante en énergie. Pourquoi ce choix ? « Je voulais être un ingénieur le plus généraliste qui soit. A l’époque, deux options permettraient de couvrir le champ le plus large : l’une en génie civil, l’autre en génie énergétique et environnement. » Il opte pour la seconde. Un concours de circonstances donc, mais qu’il ne regrette pas.

Cinq mois au Mexique

Les études prévoient un stage à l’étranger. Il choisit le Mexique, où il passe cinq mois, durant lesquels il parfait sa connaissance des panneaux solaires thermiques. Pour les besoins de son projet de fin d’études, nouveau départ, cette fois en Espagne, à Séville. Son diplôme en poche, il postule, pour un premier emploi, mais dans le cadre d’un VIE (volontariat international en entreprise) – un dispositif mis en place pour permettre à des entreprises de disposer de jeunes diplômés pour approfondir leur développement à l’international. En 2005-6, Julien l’effectue pour le compte d’un laboratoire du CEA, à Fontenay-aux-Roses, dans un domaine plutôt inattendu au regard de la suite de son parcours : le démantèlement nucléaire et les risques associés. Il en retient surtout l’expérience professionnelle. « En plus d’une expérience à l’international, il permet de se voir confier des responsabilités plus grandes que celles qu’on pourrait espérer dans le cadre d’un CDD. »

Avant le terme de son VIE, il passe un concours d’entrée à la Fonction publique des collectivités locales. Explication : « La Décentralisation avait incité ces dernières à se doter de compétences en ingénierie territoriale. Un domaine auquel ma formation ne m’avait pas préparé.» C’est une amie qui lui a signalé ledit concours. « Je l’ai passé sans savoir de quoi il retournait exactement. Ayant eu l’écrit, je m’y suis plus intéressé en préparant les oraux. » Entre-temps, retour à Chartes, où la mairie accepte de l’accueillir le temps d’un stage d’été. « Je voulais me familiariser avec cette ingénierie. » Admis en avril 2006, il prend, en juin, la direction Angers, où il a postulé une fois réussi le concours. Le choix de cette ville est tout sauf anodin : elle est reconnue de longue date comme pionnière en matière de développement durable (elle est une des premières en France à signer la Charte d’Aalborg). Julien se retrouve en charge de l’ensemble des bâtiments de la commune, soit… 300 chaufferies en exploitation. A ceux qui s’étonnent qu’on puisse lui confier ainsi une telle responsabilité, lui met en avant le fonctionnement hiérarchique de la Fonction publique, territoriale ou pas. « Ayant réussi mon concours, j’étais ipso facto propulsé cadre A, soit la catégorie la plus haute dans l’administration. » A ce titre, il se retrouve à la tête d’une équipe de cinq personnes.

D’une vision technicienne à une vision globale

« A priori, ma mission était de sortir d’une vision purement technicienne consistant à faire en sorte que cela marche quoi qu’il arrive, pour passer à une approche globale d’amélioration à l’échelle de la ville, l’objectif ultime étant de parvenir à réduire la facture énergétique de la collectivité sinon d’en modérer l’inflation. » Concrètement, il établit des contrats de performance visant à responsabiliser les différents utilisateurs, aussi bien internes qu’externes (dont l’Education nationale, dans le cas des établissements scolaires). Un plan d’action et d’évaluation est défini. Parmi les projets phares : une réforme du système de collectes de données. « Jusqu’alors, elles étaient entrées à la main. Or, l’intérêt n’était pas tant de les collecter que de les exploiter dans la perspective, par exemple, d’une gestion du patrimoine par ratio. » Julien s’emploie à automatiser l’entrée des données en les collectant auprès des énergéticiens (EDF, GDF).

Avec pour quel résultat ? « Naturellement, un tel programme d’action s’inscrit dans la durée : on ne peut escompter des changements du jour au lendemain. Responsabiliser les usagers, cela prend du temps. » Cependant, durant les trois ans qu’il occupera son poste, il enregistre des économies substantielles, mais aussi un changement de mentalité notamment dans l’approche de performance énergétique des bâtiments. « La manière dont ils sont dessinés conditionne leur profil énergétique. Il importe donc de réfléchir à leur performance dès le premier coup de crayon. Jusqu’alors, les architectes avaient tendance à procéder en deux temps : ils dessinaient les plans, en prévoyant l’emplacement de la chaufferie, puis ils sollicitaient le thermicien pour évaluer les déperditions énergétiques du projet et définir la puissance de la chaudière.» Fort de ses premières expériences professionnelles, Julien acquiert une conviction : « Si la technique est bien sûr utile et nécessaire, elle ne peut rien toute seule. Un technicien de ville aura beau avoir un système énergétique performant, il ne parviendra pas aux résultats escomptés en l’absence d’une approche transversale, et donc d’un élargissement de son champ de compétences. »

Pour accéder à la suite du portrait de Julien Sorreau, cliquer ici.

Légendes photos : organisation d’une conférence publique sur le changement climatique réunissant des experts locaux – Quetzaltenango, Guatemala, septembre 2011 (en illustration de cet article) ; invité à l’émission de télévision « Entorno » sur la prise de conscience du changement climatique au Guatemala, novembre 2011 (en Une, petit format) ; visite des fermes éoliennes du sud mexicain, juillet 2011 (en Une, grand format).

Pour en savoir plus sur : outre le site Econergy Tour, deux résumés en forme de vidéos sont disponibles sur YouTube, sur les séjours aux Etats-Unis (cliquer ici) et en Amérique Latine (cliquer ici).

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