« Un écosystème d’innovation est quelque chose de vivant. » Rencontre avec Jean-Claude Morel

JCMorel2021Paysage
Suite de nos échos à la journée de workshops du 21 octobre dernier, qui lançait le lancement de la Deeptech Alliance Paris-Saclay, avec le témoignage du directeur de Creative Valley.

- Si vous deviez, pour commencer, pitcher Creative Valley…

Creative Valley a vu le jour il y a une dizaine d’années, en 2011 : c’est un réseau d’incubateurs et d’accélérateurs de start-up, qui accueille les entrepreneurs et porteurs de projets dans les nouvelles technologies. Afin d’aider et d’encourager le développement de projets innovants, nous ouvrons des Creative Centers, des sites ayant vocation à leur offrir le meilleur environnement possible, notamment grâce au Startuo Development Kit (SDK). Il s’agit d’un ensemble d’outils, de contenus, d’animations destinés à les guider dans les différentes étapes de leur développement et leur apporter les éléments de support nécessaires à leur succès. Le SDK propose un panel d’ateliers d’accompagnement, d’accès à de l’expertise et des actions de networking. Nous avons également mis en place des programmes de soft landing, destinés à aider des start-up étrangères à venir s’implanter en Europe et en France, en particulier.

- Combien de start-up ou d’entreprises avez vous ainsi accompagnées ?

Plusieurs centaines, des grandes et des petites, en France comme à l’international.

- Je ne résiste pas à l‘envie signaler à l’attention des lecteurs qui ne peuvent le deviner à la lecture de votre prénom et patronyme, que vous avez un accent qui laisse deviner des origines transalpines…

Mon père était français, ma mère italienne. Je vis en Italie, à Pise…

- Ce qui vous offre le privilège d’avoir un regard décalé, extérieur sur la French Tech…

Oui, et un regard plutôt positif : de mon point de vue, c’est un écosystème digne d’intérêt, qui a une réelle ambition à se développer à l’échelle internationale. Reste à y renforcer les synergies entre les différents acteurs et c’est aussi ce à quoi nous nous employons ici.

- Depuis quand Paris-Saclay est-il dans vos radars ?

Creative Valley a commencé à s’y investir il y a sept ans. Nous avons participé aux côtés d’IncubAlliance, de l’Université Paris-Saclay, de la French Tech Paris-Saclay et de la SATT, au consortium DeepTech Alliance Paris-Saclay, lauréat, en novembre 2020, du 2e appel à projets « SATT, incubateurs et accélérateurs » (SIA) du Programme d’investissements d’avenir (PIA) lancé par Bpifrance. Pour mémoire, il vise à amplifier la création de start-up deeptech sur le territoire de Paris-Saclay, notamment celles issues des résultats de la recherche académique.

- Avec le recul et l’expérience dont vous disposez, quel regard posez-vous sur l’évolution de l’écosystème ? Vous paraît-il avancer à un bon rythme. Précisons que nous réalisons l’entretien avec devant nous des bâtiments encore en construction…

La critique est toujours facile ! On peut toujours dire que cela ne va pas assez vite. Moi, je trouve que ce qui a été fait à ce jour est déjà considérable. Je ne crois pas qu’il y ait d’équivalent en Europe. On dit que l’écosystème Paris-Saclay serait déjà le 8e au plan mondial. Et puis, gardons à l’esprit que ce projet s’inscrit dans une histoire bien plus ancienne, de plus de 60 ans. C’est dire s’il est légitime et s’il a de l’avenir. Maintenant, c’est vrai, il y a encore des chantiers et cela n’a pas été simple de venir jusqu’ici; au Playground. Mais quoi de plus naturel ! Si on veut développer un territoire, il faut bien consentir à bâtir.

- Vous avez participé à un workshop d’intelligence collective. Qu’en tirez-vous comme premiers enseignements ?

Je ne sais ce qu’on peut tirer de ce genre d’exercice. Une chose est sûre : l’intelligence collective est bien le maître mot. Un écosystème d’innovation est quelque chose de vivant : il a besoin que les gens qui y participent interagissent, coopèrent. Des moments comme cette journée donne l’opportunité de se connaître, de partager et de construire des projets communs, en renforçant les synergies – on y revient.

- Je note pour ma part le plaisir que les participants ont eu à se retrouver en présentiel. Est-ce à dire que la crise sanitaire aura conforté l’intérêt de créer des écosystèmes (à défaut de pouvoir encore parler de clusters…) favorisant ces interactions, ces synergies…

Oui, mais au-delà de cela, la crise sanitaire aura eu aussi pour effet de faire ressortir des problématiques que nous nous devons de bien appréhender en y apportant des réponses rapidement. Nous avons pu mesurer à quel point les pays européens étaient dépendants de la Chine pour leur approvisionnement en biens essentiels comme des masques, des vaccins, des appareils d’assistance respiratoire… À force de délocaliser leur production, ils se sont retrouvés dans une dépendance préjudiciable. L’heure est venue de reconstituer notre tissu industriel, de réinvestir dans le manufacturing. Un défi auquel Paris-Saclay doit prendre sa part en contribuant à la réindustrialisation du pays.

- Vous faites là écho au témoignage de Valerian Giesz, animateur de la French Tech Paris-Saclay, qui en appelle à l’implantation de démonstrateurs pour tisser un lien entre les start-up et le monde industriel, entre la French Tech et la French Fab autrement dit…

Oui, je crois aussi en l’importance des démonstrateurs, conçus avec des industriels, les donneurs d’ordre, car c’est en partant des problématiques qu’ils rencontrent que des start -up peuvent imaginer des solutions innovantes en faisant profiter de leur agilité.

- Tout comme vous, j’ai pis part aux workshops d’intelligence collective. Je me suis alors surpris à rendre indirectement hommage à votre pays, l’Italie, en soulignant la nécessité de cultiver une « atmosphère » propice à l’innovation – je songeais alors à l’économiste Alfred Marshal qui mettait cette dimension en avant pour caractériser les « districts industriels » par quoi on a expliqué plus tard le miracle italien (la croissance que le pays a connue dans les années 1960-70), ces districts désignant des agglomérations de PME ancrées territorialement et dans une relation de « coopétition »…

Les districts industriels expliquent en effet comment l’Italie contemporaine est devenue le 2e exportateur européen après l’Allemagne : ils agglomèrent de petites entreprises à la fois concurrentes et coopératives, tournées vers l’exportation, en bénéficiant du soutien de structures locales. Ce concept de district industriel permet cependant de comprendre la dynamique de bien d’autres territoires, y compris plus loin dans le temps, comme la Florence de la Renaissance – des XIVe-XVe siècles (en l’occurrence, la cité bénéficiait alors de l’agglomération d’artisans d’art, de mécènes et de banquiers).
Aujourd’hui encore, il y a une pertinence à développer des compétences et des synergies à l’échelle locale pour, ensuite, se projeter à l’international. En ce sens, Paris-Saclay peut être aussi considéré comme un district industriel. Sa réussite repose sur la capacité de trois piliers majeurs à travailler ensemble : le monde académique, les corporates et les porteurs de projets innovants.

A lire aussi les entretiens avec Philippe Moreau, directeur d’IncubAlliance (pour y accéder, cliquer ici) et Eduardo Bonnefemne, chargé de recherche innovation au sein du Digital Medical Hub (cliquer ici).

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