Un éclairage IVL made in FIE. Entretien avec Aurélien Linz

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Suite de nos échos à la soirée anniversaire des 100 ans de l’Institut d’Optique, à travers le témoignage d’Aurélien Linz (premier à gauche sur la photo), co-fondateur de Minuit Une, une start-up issue de la FIE, et qui a, ni plus ni moins, révolutionné l’éclairage scénographique laser.

- Si vous deviez pitcher Minuit Une…

MinuitUne2PaysageMinuit Une propose une nouvelle génération d’éclairage scénographique : l’éclairage IVL pour Immersive and Versatile Laser (en français : Laser Immersif Polyvalent). A la différence des projecteurs à lampe ou LED classiques, dont la lumière part d’un point A pour un point B, les nôtres, en forme de carrée ou pyramidale, en émettent une sous la forme d’un plan de lumière à 360°, qui balaie l’ensemble du volume dans lequel elle se déploie. De là une dimension immersive très puissante en live, qui permet d’instaurer une plus grande proximité entre les artistes qui se produisent sur scène et leur public. Le procédé que nous avons mis au point permet en effet d’utiliser une source laser considérablement adoucie, ce qui réduit à trois mètres la distance au-delà de laquelle on peut balayer le public en toute sécurité (contre plusieurs centaines de mètres pour les projecteurs laser classiques). J’ajoute que le caractère graphique de notre lumière ouvre de nouvelles perspectives de créativité aussi bien aux scénographes qu’aux light designers ou aux agences spécialisées dans l’événementiel.

- De quand date la création de votre start-up ?

De 2013, mais l’histoire débute deux ans plus tôt, lorsque Simon Blatrix [au centre, sur la photo] et moi avons intégré la Filière Innovation-Entrepreneurs de l’Institut d’Optique, avant d’être rejoint par Eric Phelep, le 3e co-fondateur [à droite, sur la photo]. Pendant ces deux premières années, nous avons planché sur une techno, avec l’intuition de tenir quelque chose. Et effectivement, nous avons abouti au concept d’éclairage à 360°. En regardant ce qui s’était déjà fait dans ce domaine, nous nous sommes finalement aperçus que nous avions tout simplement inventé quelque chose de nouveau.

- Iriez-vous jusqu’à parler de sérendipité ?

Pas tout à fait, car nous avions déjà l’idée de base : donner une autre forme au projecteur (carré ou pyramidale, donc). Ceux qui étaient disponibles sur le marché avaient vocation à être dissimilés, en se bornant à émettre des faisceaux d’un point A à un point B. Notre intention était au contraire d’en faire un objet de design. C’est en tâchant de le réaliser, que nous avons fait le constat que la source laser était la plus pertinente pour notre concept. L’instant magique s’est produit le jour où nous avons pris conscience que les implications techniques du design n’exigeaient plus qu’une source adoucie de laser, avec la conséquence que j’indiquais au regard de la limite de sécurité. En résumé, c’est le croisement d’une idée créative et d’un savoir technique, qui a permis de déboucher sur notre technologique, du moins sur le papier.

- Comment en êtes-vous venus à créer votre entreprise…

En prospectant le marché de l’éclairage scénographique, nous avons pu nous rendre compte qu’elle pouvait intéresser divers milieux professionnels. Nous devions cependant rester vigilants, car si nous dévoilions le produit, nous dévoilions la techno… Il nous a donc fallu déposer un brevet avant d’entreprendre le prototypage. Seulement, nous étions dans un trou juridique : en l’état actuel du droit de propriété industrielle, il est admis qu’un chercheur puisse découvrir un brevet – après tout, il est payé pour découvrir ou inventer. Pas un étudiant. C’est là que le soutien de Jean-Louis Martin, directeur de l’Institut d’Optique, et de François Balembois, directeur général adjoint à l’enseignement, a été décisif : ils ont trouvé une solution transitoire consistant à héberger le brevet. Une première dans l’histoire de l’école. Elle nous aura permis de créer et de développer notre société, puis de racheter le brevet.

- L’apport de la FIE s’est-il résumé à cela ?

Non, il y eut bien plus ! La formation s’est révélée pertinente. Elle nous a permis d’acquérir des compétences d’ingénieur sans être pour autant formatés par un mode de pensée d’ingénieur ! La formation à l’entrepreneuriat innovant au travers de nombreux modules nous a ouverts sur d’autres enjeux – l’identification d’un marché, la définition d’un modèle économique, le management, etc. Nous avons bénéficié d’un vrai encadrement, notamment par un tuteur technologique et un tuteur entrepreneurial, qui nous ont accompagnés tout du long. Le premier, dans la conception, le second, dans nos recherches de financements, les deux premières années de création de l’entreprise. Bref, la FIE nous a inculqué les bons réflexes à avoir : être proactifs, ne pas hésiter à solliciter des conseils, etc. Un état d’esprit dont on récolte encore les fruits.

- Dans l’entretien qu’il m’a accordé, François Balembois a mis en exergue votre start-up parmi toutes celles exposées au cours de la soirée du 13 octobre, tout en reconnaissant avoir été sceptique quant à l’intérêt de votre projet, du moins à ses débuts. L’intérêt de la FIE ne réside-t-il pas aussi là : dans le fait de permettre aux élèves-ingénieurs d’aller au bout de leur démarche, dès lors que les résultats restent probants ?

Si, en effet. La FIE, pour le dire autrement, offre à ses élèves-ingénieurs la possibilité de confronter leur idée directement auprès de chercheurs du monde académique, mais aussi de financeurs et investisseurs potentiels. Autant les premiers auront tendance à la juger pour ce qu’elle est, au risque de se méprendre quant à son intérêt en terme d’usage, autant les seconds le feront en fonction de sa viabilité économique. La FIE nous a sensibilisés à la nécessité de faire la part des choses, entre une idée excellente, mais sans débouché, et une autre qui le serait moins ou paraîtrait, disons, excentrique, mais qui, elle au moins, a des chances de rencontrer son marché.

- Des artistes avaient donc manifesté un intérêt pour votre concept…

Disons qu’au début, nous nous sommes laissé porter par notre intuition. Dès l’issue de la FIE, nous avons recherché sur les recommandations de notre tuteur entrepreneurial, d’identifier un incubateur pour y développer nos prototypes. Nous avons opté pour le Centquatre-Paris, l’établissement artistique et culturel innovant du XIXe arrondissement de la capitale, où nous avons été définitivement confortés dans l’idée que nous tenions quelque chose. Les artistes et professionnels de la scénographie que nous y rencontrions manifestaient un certain intérêt.

- Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Minuit Une est installée à Montreuil et compte une douzaine de personnes. Nos éclairages sont utilisés dans plus d’une dizaine de tournées (celles de Møme, de Broken Back, de Patricia Kaas…). Nous avons participé à de nombreux festivals (du Weather Festival au Peacock Society en passant par les Solidays), à des événementiels, dont plusieurs de haut standing (dans le cadre du festival de Cannes, par exemple). Voilà pour la France. Mais nous nous développons aussi à l’international : nous avons commercialisé nos machines en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Norvège et à Singapour. D’ici six mois, nous le ferons aux Etats-Unis, si tout va bien.

- Vous avez donc quitté l’écosystème de Paris-Saclay, mais j’entends aussi que vous y avez gardé des attaches…

Oui, nous avons gardé contact avec Denis Mangeot, notre tuteur technique, que nous sollicitons désormais comme prestataire – nous lui confions des études techniques pour développer un nouveau système, une nouvelle carte électronique, par exemple. Sauf erreur de ma part, nous sommes les premiers à avoir investi ce secteur de l’éclairage scénographique. Il y a encore beaucoup à y faire et, donc, des perspectives intéressantes pour les élèves de la FIE.

- Qu’est-ce cela vous fait-il d’avoir été sélectionnés pour faire une démonstration à l’occasion des 100 ans de l’Institut d’Optique ?

C’est bien sûr un motif de fierté. On nous l’aurait dit du temps où nous étions encore élèves-ingénieurs, nous aurions à peine pu l’imaginer. Comme quoi tout arrive !

- C’est le message que vous feriez passer aux prochaines promotions de la FIE ?

Oui, tout peut arriver !

Pour en savoir plus sur Minuit Une, cliquer ici.

A lire aussi l’entretien avec François Balembois – pour y accéder, cliquer ici.

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