« Un désordre créatif qui favorise la rencontre, l’échange de connaissances, leur partage. »

Maquette Parthesius © OMA Rem Koolhaas – Clement Blanchet
Maquette Parthesius © OMA Rem Koolhaas - Clement Blanchet
Architecte associé depuis près d’une dizaine d’années de Rem Koolhaas au sein de l’OMA (Office for Metropolitan Architecture), où il est en charge des projets francophones, Clément Blanchet est le concepteur du projet de l’Ecole centrale dans son aménagement urbain.

- En quoi le projet de l’ECP vous a-t-il intéressé ?

C’est un projet passionnant de par son ambition de regrouper des disciplines et des champs de savoirs sur un même territoire. Le Plateau de Saclay est aujourd’hui un territoire fragmenté, qui a été investi dès les années 50 par des établissements de recherche et d’enseignement supérieur divers ayant poursuivi leur propre développement, mis à part des partenariats ponctuels. Résultat : nous avons plus le sentiment d’être en face d’une insularité plus que d’une urbanité. Le défi était donc de définir un certain nombre de règles communes entre les projets architecturaux et l’urbanisme.

- Comment avez-vous procédé ?

A partir de la trame urbaine qui nous a été proposée, nous avons commencé à réfléchir à une école qui puisse être un projet à la fois pédagogique, architectural et urbain. Il s’agissait donc de rompre avec le modèle connu de l’université organisée autour d’un bâtiment principal coupé du reste du territoire. Nous avions en tête l’idée de ruche, en faisant bien plus qu’un clin d’œil à l’abeille chère à l’ECP. L’enjeu est de faire cohabiter les connaissances pour susciter l’innovation. De là le projet que nous avons imaginé, inscrit dans le quartier du Moulon, à partir d’une trame structurelle en forme de grande halle qui articule les différents univers de connaissances incarnées par les laboratoires, les unités de recherche de formation et de travail.

Tout cela doit participer d’un désordre créatif en favorisant la rencontre, l’échange de connaissances, leur partage. Une diagonale publique y contribuera en obligeant à traverser le champ de savoirs de l’ECP tout en favorisant le dialogue avec d’autres établissements comme Supélec et l’ENS Cachan. Transparente, ouverte, l’architecture sert elle-même le projet pédagogique de l’école tout en l’inscrivant dans l’espace urbain avec la connexion marquée avec la future station de métro.

- Vous avez cependant imaginé un bâtiment principal…

En effet, il nous a paru opportun de marquer l’existence des enseignements communs par un bloc central qui incarnera les connaissances générales, mais qui, de par sa position surélevée permettra de garder une vue d’ensemble sur les autres composantes du savoir. Au début de son cursus, l’étudiant sera ainsi en quelque sorte en surplomb, en ayant une vue d’ensemble sur les activités de recherche ou dédiées à l’innovation et à l’entrepreneuriat, qu’il sera appelé à investir à mesure qu’il avancera dans sa scolarité.

Le projet prévoit un autre bâtiment qui fera face à la  descente vers Gif-sur-Yvette. Il sera composé de laboratoires eux aussi en dialogue avec le carré des sciences et les entreprises.

Au-delà de la proposition architecturale et urbanistique au service du projet pédagogique, il s’est agi d’imaginer une matrice qui permettra une adaptabilité aux changements. Car les modalités de production et de transmission des connaissances et de l’innovation ne manqueront pas d’évoluer dans les prochaines années. Il fallait donc veiller à ne pas proposer un projet qui hypothèque les chances d’adaptation.

- Est-ce à dire que votre proposition est susceptible d’évoluer ?

C’est le point clé. On voulait éviter une réponse architecturale qui fige le rapport à la connaissance, mais proposer une trame structurelle qui laisse ouvert les possibilités de changement. C’est pourquoi nous nous sommes gardés de nous focaliser sur les technologies de communication, appelées à changer à un rythme rapide. La seule forme pérenne est conçue de façon à rendre flexibles les éléments. L’ensemble peut évoluer, être agrandi, surélevé si nécessaire.

- N’y a-t-il pas le risque d’être trop en avance par rapport aux attentes concrètes des chercheurs et des étudiants appelés à vivre au quotidien le futur établissement ?

Nous avons fait un travail d’écoute préalable important, en phase de conception, en revenant sur la généalogie des manières de produire la connaissance, d’innover et d’enseigner. On s’est rendu compte que le modèle d’école traditionnel de l’école était individualiste au sens où il était conçu en fonction d’une entité programmatique indépendamment de son environnement et du cadre de vie. Il nous a semblé qu’il fallait revoir ce modèle en envisageant des liens entre l’enseignement, la recherche, l’administration dans une vision commune. C’est pourquoi nous avons privilégié la concentration pour faciliter le contact entre enseignants, étudiants, chercheurs, techniciens et personnels administratifs, en réfléchissant à ce que cela impliquait en terme d’espaces de rencontre,  de temps de pause, etc.

- Vous êtes vous inspiré de ce qui s’est fait ailleurs ?

C’est une question difficile, dans la mesure où dans le processus de conception, on refuse a priori la référence extérieure pour privilégier le plus possible l’adéquation du projet à son environnement. Si on creuse, on peut cependant trouver des modèles équivalents. Encore une fois, on n’a pas cherché à innover pour le plaisir d’innover, mais à définir les règles d’une architecture et d’un urbanisme propice au modèle pédagogique voulu par l’ECP et à la création d’une urbanité. Dans notre projet, il y a des choses connues, des rues, par exemple, que nous avons symboliquement dénommées Peugeot, Eiffel…, histoire aussi de nous inscrire dans une généalogie.

- Un projet évolutif donc, mais pour quelle échéance ?

La future Ecole Centrale doit ouvrir courant 2016. Mais ce n’est qu’une étape. Elle s’inscrit dans un projet urbain pour lequel nous avons une mission d’accompagnement.

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