Un démonstrateur industriel made in Paris-Saclay (2). Entretien avec Antoine du Souich

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Suite de nos échos à l’appel à projet « Les démonstrateurs industriels pour la ville durable » dont l’EPA Paris-Saclay a été lauréat, à travers les éclairages d’Antoine du Souich, directeur général adjoint en charge de la stratégie et de l’innovation (ici, lors de la présentation de l'ensemble des lauréats en présence des Ministres de l'Environnement et du Logement).

Pour accéder à l’entretien avec Ghislain Mercier, cliquer ici.

- Si vous deviez rappeler en quelques mots la finalité de cet appel à projet « Les démonstrateurs industriels pour la ville durable » ?

Cet appel à projet a été lancé conjointement par les ministères de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer (MEEM, ex-MEDDE) et du Logement et de l’Habitat durable, en vue d’accompagner des projets qui s’engageraient à aller un cran plus loin dans l’innovation, à travers des démonstrateurs associant des acteurs publics et privés (énergéticiens, opérateurs de transports, promoteurs…). Paris-Saclay ne pouvait pas ne pas y répondre. De par son échelle et la mixité des programmes qui y sont réalisés, c’est un territoire de choix. L’EPA Paris-Saclay y a donc répondu et ce d’autant plus volontiers que la ville durable est au cœur des préoccupations de son directeur général, Philippe Van de Maele, qui y avait été sensibilisé au travers de ses fonctions antérieures, que ce soit à l’Ademe ou à l’Anru.

- Quel était le cahier des charges de cet appel à projet ?

Il s’agissait, donc, de proposer des projets de quartiers de ville, avec des objectifs de durabilité et de reproductibilité. En plus d’être fondés sur une coopération entre le secteur public/des collectivités et le secteur privé, ils devaient être opérationnels dans un délai de cinq ans. L’un des enjeux étant d’ouvrir de nouveaux marchés à l’export à nos grands opérateurs de la construction, des transports, de l’énergie,… en un mot à tous ceux qui concourent à la fabriquer la ville de demain.

- De quels financements devaient bénéficier les lauréats ?

Cet appel à projet n’ouvre pas droit à des aides financières (hormis pour des études d’ingénierie). Il a davantage vocation à faire gagner en visibilité une offre de services urbains innovants, en faisant profiter du réseau de Vivapolis, l’Institut pour la ville durable. Sa finalité est aussi d’inciter les acteurs publics et privés à sortir d’une approche classique en silos au profit de plus de transversalité, en travaillant sur des sujets qui, d’ordinaire, buttent sur des contraintes réglementaires ou juridiques comme, par exemple, les infrastructures mutualisées ou à usages multiples, et jusqu’au système de récupération d’eau.

- Un mot sur les délais de remise des dossiers, particulièrement courts…

Oui, en effet : l’appel à projet avait été publié à la mi octobre 2015 avec une date limite de remise des dossiers à la mi-novembre, soit un mois après. A l’EPA Paris-Saclay, nous avons mis à profit notre expérience des appels à projet, à commencer par le dernier en date, « Ville de demain », lancé en septembre 2015, dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir.

- En quoi ont consisté les propositions de l’EPA Paris-Saclay dans le cadre de celui relatif aux démonstrateurs industriels ?

En matière de services et d’innovation, l’EPA Paris-Saclay a toujours réfléchi à l’échelle du campus de Paris-Saclay. L’appel à projet aura été l’occasion de le faire aussi à une échelle plus humaine et donc plus fine, celle de l’îlot, de façon à donner aux habitants, aux étudiants et, de manière plus générale, aux usagers du campus de Paris-Saclay les moyens de prendre part à des projets de proximité dans une logique d’économie collaborative et, ainsi, d’être eux-mêmes acteurs de la ville durable.

- Concrètement, quels projets avez-vous mis en avant ?

Plusieurs projets concrets l’ont été, la plupart étant déjà amorcés. En premier lieu, le smart grid multi-énergie dont la première brique est constituée du réseau de chaleur et de froid intelligent que nous sommes en train de construire. Il a l’intérêt de présenter déjà cette dualité que nous souhaitons exploiter au plan des échelles : tout en étant pensé à l’échelle du campus de Paris-Saclay, il s’organise autour d’îlots. Structurellement, il rend pertinent des optimisations à des échelles micro et macro. De nouveaux établissements d’enseignement supérieur sont d’ores et déjà équipés de pompes à chaleur qui pourront desservir les quartiers environnants, rien n’empêchant de les optimiser à l’échelle de la ville, à la faveur du déploiement du smart grid.
Au plan de la mobilité durable, nous envisageons la mise en place d’un système complet combinant des transports publics et des offres de services émanant de collectivités ou de start-up. Il bénéficiera de la plateforme numérique, un autre des grands projets que nous avons mis en avant.
Parallèlement à cela, nous avons pris l’engagement de lancer des appels à projet autour de macro-lots, entre 50 et 100 000 m2 Shon. Nous demanderons aux promoteurs et aux entreprises d’apporter des réponses innovantes dans différents domaines touchant à la ville durable, que ce soit en matière d’énergie, de gestion de l’eau potable, des déchets, des mobilités ou encore des circuits courts agricoles (il nous importe que les habitants et usagers de Paris-Saclay aient accès à une production alimentaire de proximité). Nous touchons-là une autre originalité introduite par notre démonstrateur industriel : responsabiliser les opérateurs privés sur la mise en place de solutions collaboratives pour une gestion partagée avec la population.

- Dans quelle mesure le démonstrateur industriel de Paris-Saclay tranche-t-il par rapport à ceux des quinze autres lauréats ?

Tout en nous inscrivant bien dans le cahier des charges, nous avons pris le parti de prendre des engagements quitte à apporter les réponses concrètes après l’appel à projet, là où d’autres lauréats ont préféré ne mettre en avant que des projets déjà bien maturés.
Nous avions déjà engagé des réflexions informelles, hors contrat, avec plusieurs industriels, notamment les grands concessionnaires de l’eau et de l’énergie, ainsi que des constructeurs mais juste pour l’intérêt d’échanger avec eux sur des opportunités possibles. Le fait que Paris-Saclay soit labellisé « démonstrateur industriel » permettra d’aller plus loin, à travers les appels à projet que j’évoquais tout à l’heure, et, ainsi, de concrétiser des solutions qui n’en étaient qu’au stade des idées.
Notre démonstrateur industriel, nous l’avons conçu de façon à répondre à ce qui nous semble être des défis majeurs pour la ville durable. En matière de gestion collective, il permettra de passer d’une logique de pilotage à une logique de coopération. Ce sera typiquement le cas avec notre réseau de chaleur et de froid, par exemple, qui, à la logique classique de vente d’un service par un seul et même opérateur, permettra d’envisager une sorte de place de marché où chacun pourra vendre ses surplus d’énergie. Réciproquement, des services nés d’échanges communautaires pourront trouver à se déployer à l’échelle de la ville à travers des infrastructures collectives. La gestion de la ville et des services urbains doit gagner en finesse en favorisant les échanges locaux et le déploiement de solutions à une échelle plus vaste.

- Une manière de résoudre la quadrature du cercle : répondre à l’aspiration à des échanges locaux, tout en répondant à l’exigence d’une gestion optimale…

Parfaitement. Je prendrai un autre exemple pour illustrer cette volonté : la méthanisation. Un méthaniseur à l’échelle du Plateau de Saclay, cela peut avoir du sens compte tenu des diverses activités susceptibles de l’approvisionner, entre les activités agricoles, les centres équestres, la restauration collective, etc. Reste qu’un méthaniseur occasionne des nuisances… En sens inverse, la micro-méthanisation présente des avantages (à commencer par une meilleure appropriation par les acteurs locaux) tout en ayant aussi d’autres inconvénients (l’incertitude autour de l’approvisionnement, par exemple). La logique de notre démonstrateur industriel permettra de combiner les deux approches, macro et micro, en mutualisant les ressources selon les besoins. Nous pourrions multiplier les exemples, cette volonté d’articuler les échelles se retrouvant dans chaque sujet : l’énergie, la mobilité,…

- Dans quelle mesure le fait de vous inscrire dans un campus a conforté la légitimité de Paris-Saclay à se positionner comme démonstrateur industriel ?

C’est indéniablement une autre raison qui a motivé l’EPA Paris-Saclay à répondre à l’appel à projet. Nous envisageons d’ailleurs de nous doter d’un comité scientifique de la ville durable en y associant des chercheurs de l’Université Paris-Saclay pour éclairer notre approche technique et économique par un regard scientifique.

 

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