Un Connector Angel. Rencontre avec Christian Van Gysel

Van GyselPaysageter
Suite de notre rencontre avec le Business Angel Christian Van Gysel, qui en plus d'accompagner ses start-up, s'investit en faveur de l'entrepreneuriat étudiant sur le Campus de Paris-Saclay.

Pour accéder au premier volet de ce portrait, cliquer ici.

Aujourd’hui, Christian Van Gysel se définit comme un « connecteur », entre tous ceux qui veulent promouvoir l’entrepreneuriat à Paris-Saclay. « En tant que Business Angel, mon rôle est d’ouvrir les portes, d’identifier des clients et les bons interlocuteurs au sein des structures de financement et d’investissement. » C’est aussi de mettre à profit son regard extérieur pour aider le startupper à lever la tête du guidon. « A force de côtoyer des porteurs de projets, j’ai fini par repérer les best practices. Certes, à chaque start-up son histoire, ses conditions de succès. Mais d’une start-up à l’autre, on relève des permanences. Quand le porteur de projet emprunte une mauvaise direction, vous êtes en mesure de l’alerter à temps. A défaut de connaître le mode d’emploi de la création, vous saurez faire profiter de votre expérience, fut-ce de manière intuitive. »

Du don et contre don

A l’entendre, on s’interroge : n’y a-t-il pas un peu du coach dans le travail d’accompagnement du Business Angel ? Christian Van Gysel acquiesce. « Le Business Angel ne peut prétendre diriger la société à la place de l’entrepreneur. En revanche, il peut l’amener à se poser les bonnes questions.» Mais à l’entendre encore, on a l’impression qu’il apporte autant au startupper que celui-ci l’enrichit en retour et pas seulement au sens propre du terme. « Il y a indéniablement quelque chose de l’ordre du don contre don. C’est en cela que c’est passionnant. » Que ceux qui vises des dividendes immédiats, sonnant et trébuchant, passent donc leur chemin. « Non que cela soit illusoire, mais, encore une fois, il faut être patient. En attendant, le Business Angel s’enrichira toujours de cette aventure partagée avec un entrepreneur. » De là à renoncer au retour sur investissement, il n’y a qu’un pas qu’il refuse de franchir. Et ce dans l’intérêt de l’entrepreneur ! « C’est tout de même le premier indicateur de la réussite. Si sa société ne se développe pas, il perd beaucoup plus gros que le Business Angel qui ne perdra au final que sa mise. C’est donc important pour l’entrepreneur de sentir que vous êtes là pour l’aider à construire son projet. Il doit, lui, pouvoir faire croître son entreprise, tout simplement pour pouvoir en vivre ! »

De l’importance de la proximité

Ses entreprises, Christian Van Gysel les accompagne donc et d’autant plus qu’elles sont situées sur son territoire de vie. Au point de brouiller les frontières entre vie personnelle et vie de Business Angel. « J’habite à Orsay. Chaque jour, j’accompagne mes filles à l’école, qui se trouve être juste à côté d’IncubAlliance. Forcément, de temps à autres, je ne peux m’empêcher de faire un crochet pour rendre visite à mes start-up qui y sont incubées. J’en profite pour consulter les dossiers parmi les plus intéressants à présenter à Finance & Technologie. »
On ne manque pas alors de relever l’importance de la proximité, même à l’heure des réseaux sociaux et du numérique. Un constat qu’il partage. « Avec le temps, je remarque que la réussite est souvent une affaire de personnes et de rencontres. Pour investir, vous avez besoin d’évaluer le projet dans ses différentes composantes, y compris humaines. Autant vous pourrez apprécier la technologie et son potentiel facilement, autant c’est plus difficile d’évaluer au premier coup d’œil les capacités de l’entrepreneur à manager son équipe, à porter son projet. Quand la réussite intervient, on s’aperçoit que cela tient à la qualité de l’équipe. Or comment le savoir autrement qu’en prenant le temps de rencontrer celui censé la manager ? » Et le même de poursuivre : certes, il y a un business plan, mais cela ne dit pas grand-chose sur ce qu’il adviendra vraiment. Ou bien, la start-up va connaître un succès fulgurant et, dans ce cas, elle va bénéficier d’un afflux d’investissements plus rapide que prévu. Ou bien, elle peinera à se développer et se confrontera donc très vite à un problème de trésorerie. Dans un cas comme dans l’autre, la suite dépendra de la cohésion de l’équipe, de son alignement par rapport au projet mais aussi de son aptitude à se remettre en cause, à procéder à ce qu’il est convenu d’appeler un pivot, c’est-à-dire un virage à 90° voire plus. Pour être capable de changer de cap, il faut que chaque membre de l’équipe soit à même d’entendre la critique et d’assumer ses responsabilités. Le produit ne se révèle pas bon ? Cela engage la responsabilité du directeur technique. La trésorerie est mal en point ? C’est au directeur financier de réagir. La stratégie globale se révèle incohérente ? Le leader doit admettre qu’il s’est planté. » Et le même de préciser : « Il ne s’agit pas de condamner, mais d’amener chacun à tirer des leçons de ses erreurs. Les success stories sont aussi jalonnées d’échecs enrichissants. Même en cas de réussite, il faut savoir changer de trajectoire sinon donner un coup d’accélérateur. Le risque est de se reposer sur ses lauriers alors que tout milite pour devancer les échéances. On avait prévu d’investir tel ou tel marché ? Pourquoi attendre encore si on peut le faire maintenant ? »

Un promoteur de l’entrepreneuriat étudiant

Cette proximité tout à la fois territoriale et humaine qu’il entretient avec ses start-up n’a pas été sans effet sur sa propre implication dans la dynamique de Paris-Saclay en l’incitant notamment à se rapprocher des acteurs de l’entrepreneuriat étudiant, à commencer par le pôle dédié, le Peps, créé 2011, en réponse à un appel à projets lancé par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, et devenu le Peips, en 2014, suite à un second appel à projets. « Je m’y suis impliqué en considérant qu’il fallait anticiper sur les effets du travail de sensibilisation engagé par ce pole, car bien évidemment, s’il était efficace, il ne devait pas manquer de susciter des créations dont il faudrait bien répondre aux besoins de financement. »
Or, il n’y avait rien de prévu. Aujourd’hui encore, le chaînon manque. De là son idée de créer un fonds, qui devrait enfin voir le jour… cette année. Baptisé Cap entrepreneurs, il disposera de 50 millions d’euros et investira en priorité dans des start-up issues de l’entreprenauriat étudiant…
L’implication de notre Business Angel ne s’arrête pas là. Il a été récemment nommé au Comité d’Intestissement de la SATT qui a été créée en 2014. Comment fait-il pour s’impliquer autant, de surcroît avec assiduité ? Comme nous l’avons dit, rares sont les manifestations (JEE, Paris-Saclay Invest, Challenge étudiant, etc.), où on ne le croise pas. Or, il reste salarié à plein temps d’Alcatel-Lucent. C’est le plus simplement au monde qu’il nous explique mettre à profit RTT et congés pour se consacrer à ses activités de Business Angel et de promoteur de l’entrepreneuriat innovant et étudiant. « Un autre métier à plein temps ! ».

Une dimension émotionnelle

Comment son épouse vit-elle un tel investissement ? « J’ai obtenu d’elle de pouvoir y consacrer des jours de congés. » Sans plus de difficulté que cela car elle-même est passionnée par les problématiques entrepreneuriales. Il ne s’agit d’autre qu’Assya Van Gysel que nous avons interviewée récemment (pour accéder à l’entretien, cliquer ici).  « Elle a été de l’aventure nigériane, sur le volet marketing du projet.» Il est fréquent de la croiser elle aussi dans les manifestations consacrées à l’entrepreneuriat, au PROTO204 ou ailleurs. « C’est vrai que l’entrepreneuriat est quelque chose de palpitant, qu’on partage donc facilement.»
Depuis quelques années, Madame Van Gysel s’intéresse tout particulièrement à la dimension humaine et particulièrement émotionnelle et intuitive de la démarche de créativité et d’innovation. Ce dont elle a su convaincre son mari, qui s’en fait désormais le chantre. « On ne prend pas assez le temps de ressentir ses émotions – ses mouvements de colère aussi bien que ses inquiétudes, ses sentiments de défiance. Résultat, on restreint ses capacités d’échange avec autrui. » Or cette maturité émotionnelle est plus que nécessaire, surtout à l’heure de l’innovation ouverte : « Si vous commencez par vous défier de votre interlocuteur au prétexte qu’il pourrait vous piquer votre idée, vous passez à côté d’une vraie collaboration à même d’apporter les réponses à vos questions et, au final, de faire réussir votre projet. Ce qui est en jeu est donc bien plus qu’une question de confiance. Il s’agit de parier sur l’intelligence collective pour faire progresser ses idées. Car à plusieurs, on y arrive plus rapidement que seul.»
A bon entendeur salut, suggère-t-il en songeant aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche et à leur propension à cultiver une logique de compétition. Mais Christian Van Gysel se veut confiant en dressant un constat positif : « Il y a encore quelques années, ceux présents sur le Plateau de Saclay échangeaient peu. Mais, juge-t-il, les barrières sont en passe de tomber. Ils seront de toute façon obliger de se rapprocher, ne serait-ce que sous la pression des étudiants et des élèves, moins regardant quant à l’établissement d’appartenance, surtout quand ils s’engagent dans une démarche entrepreneuriale. Les élèves ingénieurs ont bien compris qu’ils avaient besoin de managers, de spécialistes du marketing et de commerciaux. Il n’est de fait plus rare de voir des diplômés de Polytechnique ou d’autres grandes écoles d’ingénieurs s’associer à un HEC ou à un chercheur. »
Et le même de fonder aussi ses espoirs sur la logique projet qu’incarne à sa façon le Peips. « Rien de tel pour avancer ensemble, fédérer les acteurs. » Mais sans doute que cela suppose aussi des connecteurs à l’image de ce… Christian Van Gysel.

Et les transports ?

Reste un territoire pas facilement accessible, confronté à de fortes problématiques de transport. « Le fait est, admet-il. Paris-Saclay est un immense territoire. Pour autant, les acteurs sont désormais identifiés et on peut les rencontrer facilement. » Et le même d’égrener ses propres rendez-vous de la journée pour en apporter une démonstration vivante : « Ce matin, j’étais à Opticsvalley, à Palaiseau ; ensuite, à Polytechnique, toujours à Palaiseau, puis à la Fondation de Coopération Scientifique (FCS) du Campus Paris-Saclay, du côté de Saint-Aubin. Me voici maintenant au PROTO204 à Orsay. Autant de déplacements que j’ai pu faire sans encombres. Certes, en voiture et en évitant les heures de pointe. Mais d’ici quelques années, on disposera d’un système de bus en site propre qui améliorera la situation, en attendant l’arrivée du métro automatique. »

Et puis ces mêmes problématiques de transport ne sont-elles pas autant de challenges qui peuvent inspirer des solutions innovantes et donc des start-up ? C’est du moins ce que des élèves de l’ENSTA ParisTech, lauréats des Prix KITE, nous suggéraient récemment (pour accéder à ce témoignage, cliquer ici). Christian Van Gysel n’est pas loin de penser la même chose : « Nous sommes sur un territoire tout à fait approprié pour mener des expérimentations en matière de mobilité. De fait, plusieurs start-up ont vu le jour, qui proposent notamment des applications mobiles en matière de covoiturage, d’information en temps réel, etc. »

Des perspectives auxquelles il s’intéresse tant l’amélioration du cadre de vie lui apparaît une condition de réussite de l’écosystème. « Nous sommes aux portes de la Vallée de Chevreuse.» Sans compter les communes de la Vallée de l’Yvette, toutes plus jolies les unes que les autres. Pour être tourné vers les nouvelles technologiques, Paris-Saclay compte aussi une myriade de petits producteurs locaux qui participent tout au tant à l’attractivité de l’écosystème où maints chercheurs, entrepreneurs, investisseurs ont d’ailleurs élu domicile. La chance de Paris-Saclay est de pouvoir concilier ces univers contrastés, d’offrir l’opportunité de croiser un jour Cédric Villani dans la boulangerie du coin, un autre jour, un étudiant lambda qui vous parlera de ses désirs de start-up. »

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