« Un champ de possibles, propice à une saine émulation ». Rencontre avec Nicolas Dortindeguey

WawlabentretienRousselPaysage
Suite et fin de nos échos au deuxième séminaire du WAW Lab organisé le 7 juillet dernier à EDF Lab Paris-Saclay avec, cette fois, le témoignage de Nicolas Dortindeguey.

- Un an s’est écoulé depuis la création du WAW Lab. Manifestement le succès est au rendez-vous à en juger par l’affluence enregistrée lors de ce deuxième séminaire. Comment l’expliquez-vous ? Par l’intérêt pour la problématique du bien-être au travail ou le fait que Paris-Saclay est effectivement reconnu comme un laboratoire en la matière ?

La réponse, c’est, bien sûr, les deux. La question du bien-être au travail est plus que jamais d’actualité et nul doute qu’elle le sera encore dans les prochaines années. Nous ne l’épuiserons pas en quelques séminaires. D’autant que les initiatives ne cessent de fleurir. Quant à Paris-Saclay, il attire de nouveaux venus de poids – à commencer par EDF qui nous reçoit dans son nouveau « Lab ».
Naturellement, la problématique du bien-être au travail n’est pas propre à Paris-Saclay. Mais, ici, même si on ne part pas de rien, on est au commencement d’une aventure, qui autorise les expérimentations. Les nouveaux bâtiments ne font que souligner le contraste avec les bâtiments plus anciens, y compris au plan de leur organisation. Autrement dit, il y un champ de possibles, qui entretient une saine émulation. Voyez l’EDF Lab Paris-Saclay, qui dispose d’une partie accessible au public extérieur. Une particularité notable, par rapport à d’autres centres R&D classiques. Nul doute que les sites plus anciens, dont le Technocentre, seront appelés à évoluer s’ils veulent se mettre à l’heure de l’innovation ouverte ou collaborative. Pas besoin pour autant de faire une tabula rasa. On peut très bien imaginer des aménagements.

- Comme s’est fait le choix du lieu, l’EDF Lab Paris-Saclay ?

Ingénieur au sein d’EDF, Hatem Marzouk a rejoint le WAW Lab dès le commencement. Il nous a gentiment proposé d’accueillir notre séminaire, pour célébrer par la même occasion l’arrivée d’EDF Lab Paris-Saclay, dont le site est devenu opérationnel voici quelques mois. On voit à la qualité des bâtiments combien EDF s’est d’ailleurs saisi de la question du bien-être au travail. On sent que sa conception a donné lieu à une réflexion globale.

- Comment la problématique du temps s’est-telle imposée pour ce deuxième séminaire ?

C’est un sujet qui est revenu très souvent dans nos discussions et ce, depuis le commencement du WAW Lab. Beaucoup faisaient état du fait de « ne pas avoir le temps », de leur sentiment que « le temps s’accélère », non sans produire du stress et de la souffrance au travail….

- « Ne pas avoir le temps », « le temps s’accélère »… Des expressions dont on a pu mesurer toute l’ambiguïté à la lumière de l’exposé d’Etienne Klein…

En effet. Par « Je n’ai pas le temps », on peut, ainsi qu’il l’a dit, entendre la revendication de sa propre liberté à disposer de son temps, à consacrer son attention à ce qu’on a vraiment envie de faire. Quant au « temps s’accélère », il en a pointé toute l’absurdité du point de vue de la physique (dans l’accélération, c’est la vitesse qui se modifie en fonction du temps…).
Cela étant dit, force est de constater que le temps est au centre d’interrogations et de préoccupations qui pèsent sur le bien-être au travail. Aussi ambigues soient-elles, ces expressions sont symptomatiques de situations de mal-être. Le fait qu’on les entende de plus en plus dans la bouche de salariés doit éveiller notre attention. Quand bien même le temps ne s’accélèrerait-il pas au sens strict, il reste cette perception des gens, qu’il faut bien prendre en considération. D’autant que l’essor des nouvelles technologies nourrit un sentiment légitime d’être de plus en plus démunis face aux cours des choses. La problématique du temps permet donc de prolonger la réflexion de la pleine conscience (Mindfulness). De fait, l’enjeu est bien d’apprendre à faire face aux contraintes qui s’imposent à nous.

- Que dites-vous à ceux qui pourraient vous reprocher de mettre, à travers cette approche par la pleine conscience, la focale sur l’individu, alors que la problématique du bien-être au travail, comme celle du temps, engage aussi une réflexion à l’échelle de l’organisation elle-même…

Assurément. Mais il faut bien commencer quelque part. C’est plus difficile de faire bouger toute une organisation, du fait du poids des hiérarchies, mais aussi des différences générationnelles et de statuts. Commençons donc à le faire partir de soi, en apprenant à se recentrer, tout en restant conscient de l’existence de rapports sociaux et de hiérarchie au sein de son organisation. La Mindfulness, ce n’est rien d’autre que des outils pour aider à recouvrer une certaine maîtrise, en partant de sa propre expérience et en avançant pas à pas. De nombreuses études l’ont montré : ce genre de pratiques permet aux personnes de retrouver des ressources insoupçonnées en elles, et ainsi de mieux vivre leur quotidien et, par extension, d’améliorer leurs performances. Qu’on soit sportif ou salarié, chercheur, entrepreneur…

-… ou designer, comme vous. D’ailleurs comment vous saisissez-vous de cette approche et de la problématique du temps, en tant que designer ?

Le designer est par définition un créatif. Or, qui dit créativité dit imagination et donc un besoin de laisser vagabonder son esprit. Il peut très bien avoir la bonne idée dans un moment de grand calme comme dans un moment d’immersion, en accumulant de l’information. Il lui faut donc savoir changer de braquet. Mais ce qui vaut pour le designer, vaut pour tout un chacun. Nous avons tous besoin de prendre du recul par rapport à ce qu’on fait. Seulement, une des grandes difficultés à laquelle nous sommes tous peu ou prou confrontés aujourd’hui, c’est que nous en sommes souvent réduits à devoir réagir en permanence aux sollicitations externes (appels téléphoniques, emails, sms,…) sans plus disposer de temps pour maturer ses idées. L’approche par la pleine conscience permet de se redonner un peu de marge de façon à ne plus toujours subir, mais reprendre l’initiative.

A lire aussi les entretiens avec Thierry Roussel (cliquer ici) et Fatima Bakhti (cliquer ici).

2 commentaires à cet article
  1. Ping : Retour sur le WAW Séminaire autour du temps (suite). Entretien avec Fatima Bakhti | Paris-Saclay

  2. Ping : Le bien-être au travail au défi du temps. Entretien avec Thierry Roussel | Paris-Saclay

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>