Un ambassadeur de l’entrepreneuriat innovant. Rencontre avec Philippe Baud

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Consultant d’Opticsvalley, depuis janvier 2014, Philippe Baud est l’interlocuteur privilégié des acteurs de Paris-Saclay pour tout ce qui touche, notamment, à la promotion de l’entrepreneuriat étudiant. Retour sur le parcours de ce Biévrois que l’éclatement de la bulle Internet du début des années 2000 a définitivement orienté vers la promotion de l’innovation.

Diplômé de Centrale Paris (promotion 1985), Philippe Baud a débuté sa carrière dans les systèmes d’ingénierie et les télécommunications, chez Cegelec puis Alcatel. Nous sommes dans les années 90, une période florissante. « Internet constituait un nouvel Eldorado, que les opérateurs de téléphonie se sont mis à investir, en rachetant à tour de bras des start-up. C’était à celui qui en achèterait le plus et à prix d’or. » Quitte à s’endetter dangereusement (France Télécom, client d’Alcatel, accumulera ainsi près de 70 milliards d’euros de dette). D’autant, qu’au même moment, avait été lancée la vente des fréquences 3G. Une vente aux enchères, donc aux plus offrant. On connaît la suite : l’éclatement de la bulle Internet, en 2000, à laquelle Alcatel n’échappera pas. « Le groupe pâtit de la baisse drastique des investissements européens dans la téléphonie mobile, tout en devant affronter la concurrence de ce qu’on n’appelait pas encore les pays émergents, à commencer par la Chine. » Elle n’évitera pas les restructurations et ni les licenciements massifs.

A l’heure de l’open innovation

Quelques années plus tard, la crise passée, Philippe Baud est, lui, toujours chez Alcatel. « Les marchés dont je m’occupais – Afrique, Moyen-Orient et Inde – étaient restés dynamiques. » Des marchés dont les interlocuteurs étaient plus souvent des autorités publiques que des acteurs de la sphère privée ; ce qui l’a amené à côtoyer ministres et ambassadeurs.
Au milieu des années 2000, d’autres difficultés surviennent, liées, cette fois, à l’interminable fusion avec le groupe américain Lucent. Philippe Baud reste, mais change de métier : la communication autour de la gestion de l’innovation du nouvel ensemble sur le territoire national. « Internet avait changé la donne et impliquait de nouvelles manières de faire. » En l’occurrence, se mettre à l’heure de l’open innovation.
« L’enjeu était aussi de rassurer les salariés quant à la volonté du groupe de sortir de la crise par le haut, en maintenant une activité de R&D notamment en France. » Fût-ce au prix d’une réorganisation profonde de celle-ci. En France, celle d’Alcatel était concentrée pour l’essentiel en Ile-de-France et en Bretagne. « Autant la Région capitale restait dynamique, autant la seconde souffrait du contexte de désindustrialisation. Tout comme l’industrie automobile, la filière Télécom pâtissait de la faible diversité des filiales technologiques.» Soucieux de manifester sa RSE (comprendre : sa Responsabilité Sociale et Environnementale) à l’égard des territoires, Alcatel devenu Alcatel-Lucent s’engage donc, outre des actions de reclassement du personnel, dans la revitalisation du bassin d’emploi, en accompagnant notamment des PME innovantes. L’ingénieur Philippe Baud se retrouve ainsi à rencontrer des élus de la région Bretagne dont son président. Mais aussi des représentants d’autres multinationales ou de PME engagées dans le Pôle de compétitivité, Images & Réseaux, qui a vu le jour en 2005. Une mission qu’il poursuit jusqu’en 2010.

De l’intrapreneuriat innovant

Parallèlement, il s’emploie à encourager au sein d’une petite équipe l’intrapreneuriat (autrement dit, les projets d’entreprise émanant de salariés du groupe) sur un mode à la fois professionnel et ludique. Ainsi de ce concours par équipes qu’il sponsorise en interne pour encourager des projets innovants dans le domaine du numérique. « Constituée d’une demi-douzaine de personnes, chaque équipe disposait sur une période de six mois de séances de formation avec accompagnement d’un professionnel, au terme desquels elles devaient proposer un business plan. » Un prix était ensuite distribué pour distinguer la meilleure. « Lauréats ou pas, les projets les plus prometteurs pouvaient ensuite intégrer des business units pour parfaire la preuve du concept à partir de prototypes.» Selon le cas, il pouvait s’agir d’une amélioration d’une offre existante ou de la création d’une nouvelle ligne de produit, la commercialisation pouvant être assurée par le groupe ou dans le cadre d’une joint-venture. Malheureusement, Alcatel-Lucent sera contraint de réduire ses ambitions.
Philippe Baud n’en continue cependant pas moins à encourager l’entrepreneuriat innovant à travers l’essaimage. Parmi les souvenirs qui lui reviennent en tête, il y a celui de ces deux anciens salariés pour lesquels il mettra en place une structure contractuelle ad hoc, pour minimiser l’appel de fonds. « A défaut d’une entrée dans le capital, nous mettions à disposition du matériel avec option d’achat. » Le même n’hésitera pas à les accompagner au-delà en leur faisant profiter du réseau d’investisseurs qu’il fréquentait. A l’évidence, il prend goût à ce travail qu’il poursuit d’ailleurs, en marge de ses autres fonctions, jusqu’à son détachement à Opticsvalley, qu’il rejoint officiellement 1er janvier 2014.

L’ère Opticsvalley

Sa mission : renforcer le secteur de la photonique du Plateau de Saclay, en offrant, notamment, de nouvelles perspectives aux élèves de sa Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE) de l’IOGS et développer en parallèle les activités au bâtiment 503 avec Philippe Aubourg, le directeur du centre. Concrètement, Philippe Baud s’emploie à identifier, en amont, des laboratoires et entreprises susceptibles de leur fournir un concept à prototyper ; en aval, des partenaires à même de les accompagner avant leur éventuelle incubation. Au-delà de la FIE, il s’agit pour lui d’être l’interlocuteur d’Opticsvalley auprès de tous les autres acteurs de l’entrepreneuriat que compte Paris-Saclay : le PEIPS, l’EPPS (impliqué dans son développement économique), la FCS (impliquée, elle, dans la valorisation de la recherche), les pépinières et autres incubateurs, les collectivités locales, sans oublier les parcs d’activités comme celui de Courtabœuf.
Mission en forme de défi : « Hormis les représentants de Systematic et de l’IRT SystemX – des anciens collègues d’Alcatel ! – je ne connaissais pas grand monde. » Pourtant, quelques mois plus tard, le voilà aussi connu que le loup blanc… Pas une réunion importante sur l’entrepreneuriat où on ne l’y croise.
Loin de lui de vouloir s’en attribuer le moindre mérite. « A Paris-Saclay, il y des réunions fréquentes, qui sont l’occasion de rencontrer aussi régulièrement que nécessaire les acteurs, et avoir de vrais échanges avec eux. Forcément, cela créé des liens professionnels et amicaux. » Parmi ces réunions, il y a naturellement celles consacrées à la création du projet Pépite. « Il m’a permis de me mettre d’emblée dans le bain, en m’ouvrant de nombreuses portes, à commencer par celles des grandes écoles (X, centrale, HEC…) et des universités, membres de l’Université Paris Saclay. »
Un projet qu’il juge de surcroît passionnant. « Pépite insuffle de la jeunesse ! Les porteurs de projet que j’accompagnais jusqu’alors avaient déjà des années d’expérience professionnelle derrière eux. » Et le même de se dire frappé par le changement de mentalité. « A mon époque, les futurs diplômés se préparaient à intégrer un grand groupe, une société de conseils ou à s’expatrier. Qu’ils pussent créer leur propre entreprise ne leur traversait pas l’esprit ou rarement. Désormais, les diplômés d’écoles d’ingénieurs ne craignent plus de tenter l’aventure de l’entrepreneuriat, fût-ce au prix de l’échec. Ils ont bien compris que c’est le moment ou jamais de le faire. » Intarissable sur le sujet, Philippe Baud met aussi en avant le brassage des cultures qu’il a connu au travers de son expérience internationale et d’aide à l’innovation: « Diplômés d’écoles d’ingénieurs et d’écoles de management n’hésitent plus à co-entreprendre. De là, une plus grande attention au retour client, qui renforce les chances de réussite de leur projet entrepreneurial. »

Pour accéder à la suite du portrait de Philippe Baud, cliquer ici.

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