Trois pépinières en une pour jeunes entreprises

Hall d'entrée de la pépinière de Gif-sur-Yvette
Icono pepiniere Gif paysage
La Communauté d’agglomération du Plateau de Saclay (Caps) compte pas moins de trois pépinières. Visite des lieux en compagnie de Marie-Christine Jeanjean qui en assure la Direction.

La Communauté d’Agglomération du Plateau de Saclay (CAPS) compte pas moins de trois pépinières d’entreprises, ces lieux dont la vocation est d’accueillir de jeunes sociétés en les accompagnant dans leur développement. Situées à Palaiseau, Orsay et Gif-sur-Yvette, leur création est antérieure à la constitution de la CAPS elle-même. Celle d’Orsay a vu le jour en 1990, dans le bâtiment qu’elle occupe aujourd’hui encore. Sa gestion était assurée par une association. Celle de Palaiseau a longtemps été installée dans des Algeco avant de rejoindre à la fin des années 90 un bâtiment loué par la fondation Bruneau (le spécialiste du mobilier professionnel). Enfin, celle de Gif-sur-Yvette, de création plus récente, a été fondée en 2000, à l’initiative de la municipalité.

Une longue expérience de la création d’entreprise

Depuis 2004, la CAPS, en charge de la compétence du développement économique, assure la gestion des trois à travers une régie. La direction en a été confiée à Marie-Christine Jeanjean, qui la manage comme une petite entreprise. Chaque pépinière avait jusqu’ici son fonctionnement propre. Sa première initiative a consisté à l’harmoniser à travers une certification Afnor. Outre un mode de gestion et une comptabilité uniques, Marie-Christine Jeanjean a instauré un seul et même comité d’agrément, composé des partenaires du Plateau de Saclay. Le financement est assuré par un budget annexé à celui de la Communauté d’agglomération, avec des dépenses et des recettes propres. « Je fais en sorte que les secondes couvrent les premières. » En plus d’une assistante coordinatrice, elle peut s’appuyer dans chaque pépinière, sur une responsable et une assistante, soit 8 personnes au total.

Comme elle le dit elle-même, Marie-Christine Jeanjean est « née dans la création d’entreprise ». Les affres du jeune créateur, elle connaît donc. Elle a débuté sa carrière comme chargée de mission à l’Agence nationale pour la création d’entreprise. En plus d’un « Guide des jeunes qui entreprennent » (publié à la Documentation française), elle met en place des universités d’été sur la création d’entreprises à destination des enseignants avant de rejoindre la direction marketing d’un groupe de prévoyance retraite. Elle ne s’éloigne pas pour autant du monde de l’entrepreneuriat. « Je suivais les jeunes créateurs ».

En 1998, une opportunité se présente à elle : assurer le service de développement économique de la ville d’Orsay, où elle avait aménagé. Elle accepte et pas seulement pour l’amélioration du cadre de vie. « Avec une double formation d’économiste et de juriste, je m’étais spécialisée au niveau master 2 en développement local ». Comme responsable de ce service, elle a naturellement en charge la pépinière. Poursuivant sur sa lancée, elle rejoint Opticsvalley où elle se voit confier la direction du service Emploi et Formation. Mais quand un poste s’annonce en 2004 pour assurer celle des trois pépinières, elle se porte candidate.

Près de dix ans plus tard, elle l’occupe toujours. Entre-temps, les trois pépinières ont prospéré. « Jusqu’ici, elles œuvraient chacune dans leur coin. Elles ont su depuis profiter de leur mise en synergie. » Désormais, les pépinières proposent la même offre, aux mêmes tarifs et recrutent à partir du même comité d’agrément. Cette offre globale constitue incontestablement un plus : « Quand je reçois un entrepreneur, je peux lui proposer trois lieux différents, selon ses besoins et son activité, y compris en termes d’accessibilité. » Autre avantage : il peut changer de pépinière au cours du développement de sa société. « Des entrepreneurs démarrent ainsi à Gif-sur-Yvette ou à Orsay puis partent à Palaiseau, ou l’inverse selon leur besoin en surface ou de proximité avec le RER. » Deux des pépinières (Gif-sur-Yvette et Palaiseau) sont situées à deux pas de stations. « Elles sont pratiquement toujours pleines. »

A chaque pépinière, des profils spécifiques

Les pépinières n’en accueillent pas moins des profils spécifiques qui se sont imposés au fil du temps. « De manière générale, celle de Gif-sur-Yvette compte plutôt des cadres supérieurs de la commune ou bien des Yvelines, qui ont décidé de se lancer dans la création d’entreprises, principalement des bureaux d’études ou de conseils. Ils apprécient de pouvoir travailler près de chez eux. » Celle de Palaiseau draine davantage des chefs d’entreprise venant de plus loin, voire des filiales de groupes installés en province et qui recherchent la proximité avec la gare Massy TGV. Elle accueille également les sociétés les plus innovantes technologiquement. « Elles cherchent, elles, à tirer profit de la présence d’écoles d’ingénieurs.» Située sur le plateau, celle d’Orsay a accueilli de très belles sociétés qui viennent de la quitter récemment pour s’installer sur le territoire : UINT (spécialisée dans les cartes à puces), HLOG (dans la logistique et les transports) pour ne citer qu’elles. « Elle offre actuellement de belles disponibilités avec l’accès direct sur la N118. » Elle dispose de surcroît d’un openspace pour les entreprises qui souhaitent partager un bureau et réduire ainsi leurs charges.

Bon an mal an, les pépinières totalisent 55-60 entreprises (actuellement 27 sont à Gif-sur-Yvette, 18 à Palaiseau, 12 à Orsay). Soit un taux d’occupation de 80%. Sous l’apparente stabilité des chiffres, les entrées et les sorties sont régulières. L’an passé, Marie-Christine a enregistré jusqu’à 13 entrées et autant de sorties. La liste des entreprises présentes s’apparente à un inventaire à la Prévert : l’une d’elle est spécialisée dans les biomarqueurs pour la détection de cancer ; une autre propose des études pour les sociétés d’alimentation animale ; d’autres encore éditent des logiciels ou conçoivent des accélérateurs de calculs… Marie-Christine insiste : « Inutile d’être dans l’innovation technologique pour être accueilli chez nous. » De fait, les secteurs de pointe (l’optique et l’électronique) représentent à peine 20% du total contre 45% pour les services aux entreprises et 30% environ dans le secteur des TIC et Télécom.

Une offre flexible pour faire face à la crise

Mais n’entre pas qui veut. Il faut avoir été préalablement admis par un comité d’agrément qui statue sur la viabilité du projet. Composé d’une vingtaine de partenaires majeurs du Plateau de Saclay (Onera, Scientipole Initiative, l’Ecole polytechnique, l’Agence pour l’Economie en Essonne, le CNRS, le CEA, Supélec, IncubAlliance…), il est présidé par Brigitte Bale, vice-présidente de la CAPS, déléguée aux pépinières d’entreprise (et à l’origine de la création de celle de Gif-sur-Yvette). Il se réunit deux fois par an en séance plénière pour une présentation des rapports d’activités des pépinières, et des projets entrés au cours des six mois précédents. Dans le souci de gagner en souplesse, chaque dossier est examiné par 5 membres. « Je les choisis de façon à croiser plusieurs points de vue. »

Et la crise ? Marie-Christine ne le cache pas : elle se fait sentir. Pour autant, elle ne cède pas au pessimisme : « Ce n’est pas la première crise à laquelle nous sommes confrontés. Les entrepreneurs ne renoncent pas à créer, ils diffèrent seulement leur projet d’installation ou réduisent la voilure en termes de surfaces. Il y a quelques années encore, un nouvel entrant louait sans difficulté jusqu’à 60 m2. Aujourd’hui, il en demandera une quarantaine, pour réduire ses charges. » Car naturellement, les entreprises abritées dans les pépinières versent un loyer. Il leur en coûte 326 euros le m2 par an. « Charges et services compris, hormis l’abonnement télécom/internet » précise Marie-Christine. La convention qui lie l’entrepreneur à la pépinière lui ménage cependant la possibilité de la quitter quand il le souhaite, moyennant deux mois de préavis, ou augmenter/rétrécir sa surface par un simple avenant. A partir de cette rentrée, la pépinière de Gif-sur-Yvette met à profit l’arrivée de la fibre optique pour proposer, à titre expérimental, une offre de téléphonie et internet de très haut débit. « Si l’essai est concluant, elle sera élargie aux autres pépinières. »

L’accent mis sur l’accompagnement

Marie-Christine insiste sur l’accompagnement, également prévu par la convention. « Le premier besoin d’un entrepreneur est de pouvoir en rencontrer d’autres et d’entrer en contact avec les diverses institutions susceptibles de l’accompagner. » Les pépinières jouent ce rôle d’intégration en mettant à profit les partenariats de la Caps avec les acteurs du territoire saclaysien ou francilien – IncubAlliance, Scientipôle Initiative, Opticsvalley, Finance et Technologie, HEC Challenge Plus… « Des partenaires qui sont autant de prescripteurs, orientant des entrepreneurs vers nos pépinières.» Où l’on voit au passage que la dynamique à l’œuvre sur le Plateau de Saclay s’insère dans un écosystème de plus grande échelle. D’ailleurs, forte de son expérience des pépinières, Marie-Christine s’est vue confier la vice-présidence du réseau des pépinières d’Ile-de-France, qui en compte une quarantaine.

Toujours en vertu de la norme Afnor NF « Services en pépinière », elle prend le temps de rencontrer chacune des entreprises, une fois par trimestre. Les autres trimestres, le suivi est assuré par des partenaires (l’Agence pour l’économie en Essonne ; le Centre francilien pour l’innovation ; la CCI de l’Essonne). « Ainsi, nos entrepreneurs bénéficient de nos différents points de vue pour approfondir leur développement.» « Certains d’entre eux, poursuit-elle, voient de prime abord dans ces entretiens une perte de temps. L’expérience montre qu’ils en tirent toujours quelque chose d’utile pour leur développement. » La CCI de l’Essonne, par exemple, en profitera pour les informer de concours ou d’opportunités de financement par une fondation ou une structure d’amorçage, des possibilités d’alliance avec d’autres entreprises, des enjeux du développement commercial et de l’intelligence économique, etc. En plus des entretiens sont organisés des matinales autour de thématiques (les aides à l’international ou bien sur la manière de recruter un apprenti), des ateliers (sur la gestion financière, par exemple), des rencontres avec des experts (en propriété industrielle, en droit des affaires, etc.). Entre coaching et conseil, l’accompagnement se veut aussi complet que possible. Les moindres opportunités sont saisies pour améliorer les prestations.

D’ores et déjà, Marie-Christine estime tirer profit de la dynamique engagée sur le Plateau de Saclay à travers le double projet du cluster et de l’IDEX. « Ce territoire est devenu un haut lieu de création d’entreprises. » Les conditions d’accueil des entrepreneurs devraient y être renforcées avec l’ouverture de l’IPHE (Incubateur, pépinière, hôtel d’entreprises). Implanté près du campus de Polytechnique, il est censé assurer un accompagnement complet, de l’incubateur à l’hôtel d’entreprises en passant par une pépinière, le tout dans un bâtiment de 4 000 m2. « L’accent sera mis sur la valorisation de la recherche en collaboration avec l’Université Paris-Saclay. Des lieux de vie et de convivialité sont également prévus tandis que le positionnement international sera affirmé avec l’accueil d’entreprises étrangères. Un projet ambitieux, mais en gestation depuis pas moins de sept ans. Marie-Christine se dit optimiste : « Il est en très bonne voie, et le financement en passe d’être bouclé, avec le concours des collectivités locales et de l’Etat via les investissements d’avenir, l’Etablissement Public Paris Saclay (EPPS) et la Fondation de Coopération Scientifique (FCS). Les parties prenantes se rencontrent de plus en plus et manifestent une volonté de travailler ensemble. Il n’en a pas été toujours ainsi ! »

En attendant, les pépinières participeront activement au Rallye Entrepreneuriat Etudiant Paris Saclay, programmé en octobre prochain et sur lequel nous reviendrons prochainement.

Pour accéder aux pépinières de Gif-sur-Yvette, d’Orsay et de Palaiseau, cliquer ici.

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  6. Lyn

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