Trias Développement ou l’art de marier arts graphiques et numérique. Rencontre avec Luc Potron

Luc Potron, Pdg de Trias Développement
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Marier les arts graphiques, le numérique et les télécommunications, c’est le pari réussi par Trias développement, une SSII « spécialisée dans le développement de solutions éditoriales, d’outils de gestion et de production de contenus cross-média ». Ses clients ? Aussi bien des entreprises de communication, de presse et de médias que des collectivités locales.

A l’origine de Trias Développement, il y a… un trio (trias en Grec) d’amis qui avaient mis leurs compétences au service de sociétés du monde de l’imprimerie, de la presse et des médias avant de sauter le pas de la création d’entreprise. C’était en 1991. Leurs premiers clients avaient pour noms le Figaro, Paris Turf, etc. Puis le trio évolua vers le développement de produits exportés aux Etats-Unis et en Europe. « Nous vendions des extensions pour Quark XPress en rajoutant des fonctionnalités pour faciliter le travail de mise en page. »

Des produits phares de Trias Développement

1) Trias Editorial Classic/XRail (TEC) : un système éditorial collaboratif permettant la gestion et la production de l’ensemble des éléments textes, images et infographies composant une publication. Une gestion cross-média des articles qui permet ainsi à l’utilisateur de disposer un seul et unique système pour gérer du contenus à destination de différents médias, print, web, mobile. Au cœur de ce système : un chemin de fer électronique XRail, qui permet une gestion globale, de la création des pages au suivi de production au travers d’un navigateur WEB. 2) ITECfone : une solution qui permet aux journaux, magazines, mairies, conseils généraux, d’être présent très rapidement et au moindre coût sur téléphones (smartphones) de dernière génération. D'autres applications visent à « stimuler l’écosystème des services sur mobile » en instaurant de nouveaux liens entre des établissements publics et les citoyens à travers des services de proximité, sur les transports, le tourisme, le patrimoine artistique, etc.

Au fil des années, le trio développe produits sur produits au point de se trouver en mesure d’équiper de A à Z une entreprise de presse, de la saisie de texte au traitement de photos, en passant par le chemin de fer électronique (produit phare de la SSII qui en a installé une trentaine en France).

En 2009, la SSII opère un tournant en se diversifiant dans le domaine des applications pour iPhone et iPad.  « La première demande en ce sens est venue du quotidien La Tribune que nous connaissions bien pour l’avoir déjà équipé en divers logiciels. » L’application iPhone sera téléchargée 130 000 fois. Ce qui n’était pas négligeable pour un quotidien qui comptait alors 25 000 abonnés.

Depuis, Trias Développement s’est employée à mettre à profit sa présence sur le marché de la presse hebdomadaire, départementale et régionale, pour élargir ses débouchés. « Malheureusement, les esprits n’étaient pas encore prêts à proposer des applications. »

Qu’a cela ne tienne. En plus d’être PDG, Luc Potron est conseiller municipal à Leuville-sur-Orges (4 000 habitants). Il propose à son maire de tester ses applications auprès de ses administrés. « C’est ainsi que cette petite commune s’est retrouvée être la première collectivité à disposer de notre  double application pour communiquer sur son actualité ! » Luc Potron reconnaît avoir été surpris par le résultat : pas moins de 600 téléchargements iPhone et iPod sont enregistrés. « Nous avons pu ainsi recueillir en direct le feedback d’usagers potentiels ». Et ces derniers ont manifestement apprécié. « Assez en tout cas pour nous convaincre de creuser le sillon en démarchant d’autres collectivités ». Un défi pour sa société. « Autant nous connaissions bien le monde de la presse et savions à qui nous adresser, autant avec les collectivités, tout restait à découvrir. » Une ville, Levallois-Perret, autrement plus grande que Leuville-sur-Orges, se dit cependant intéressée. Suivront La Garenne Colombe, Orléans, Rueil-Malmaison (pour qui Trias Développement va jusqu’à intégrer un système de réalité augmentée au travers d’un parcours culturel).

Trias Luc Potron1

En parallèle la SSII développe des applications pour des industriels ou des sociétés de services. Parmi ces clients : WFS (World Flight Services), une société de 15 000 salariés à travers le monde, qui gère le nettoyage des avions ainsi que du fret. « Notre application lui permet de suivre ses envois en temps réels, à chaque étape de l’acheminement et des procédures de douanes.» En 2011, Trias Développement procédait au rachat d’une société qui propose un logiciel complémentaire à son offre : VitaSoft un ERP de gestion complet pour les imprimeurs. Les clients ont pour noms Oberthur Technologies (spécialisée dans la fabrication de carnets de chèque, laquelle exige, comme on le devine, un haut niveau de sécurisation) ou Yves Rocher (qui gère désormais par ce moyen sa communication papier). Trias Développement commence par ailleurs à se pencher sur le cloud.

Quel que soit le secteur investi, la SSII s’astreint à la même règle d’or : concevoir des interfaces utilisables par les communs des mortels. A l’image de son iTECfone dédié aux collectivités : « Nous avons fait en sorte de simplifier au maximum l’utilisation de nos logiciels sans avoir de compétences particulière en HTML. Il faut juste installer un flash player dans le navigateur web et à partir de là, tout est pris en charge. »

Plus de 20 ans après sa création et malgré l’investissement dans le numérique et le web, la SSII n’a pas renoncé à ses premiers amours : la presse et les publications institutionnelles, un marché où elle occupe en France une position de leader dans l’équipement de logiciels adaptés. Luc Potron ne cache pas non plus son goût constant pour… l’imprimé. « En CE2, j’ai eu un instituteur qui était adepte des méthodes pédagogiques de Freinet. Il nous avait fait visiter des imprimeries. » Ce dont il a gardé un très bon souvenir. Aujourd’hui, il reconnaît disposer d’une liseuse électronique, mais y être venu tardivement.

Au-delà de l’imprimé, les arts graphiques restent l’univers de référence pour les applications iPhone et iPad. Comment pourrait-il en être autrement ? « Nous manipulons beaucoup de textes, ce qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire est plus difficile à traiter que l’image. » Les ingénieurs développeurs recrutés par Trias Développement suivent d’ailleurs une formation en arts graphiques. « Ceux-ci ont leur langage, leurs règles de typographie, qu’il importe de connaître même pour réaliser des applications comme les nôtres. Il faut compter environ six mois avant qu’une nouvelle recrue soit opérationnelle, maîtrise la règle de césure et le langage ésotérique utilisé par les clients (cadratin, fer à gauche, justif forcée…)  et bien d’autres subtilités. »

Comment voit-il cependant l’avenir de la presse et de l’édition ? Avec un certain scepticisme. « La presse papier va probablement disparaître. D’autant que les jeunes ne conçoivent plus de devoir payer pour accéder à de l’information. Il leur suffit de surfer sur le net pour s’en procurer. Quant aux professionnels du secteur, ils ont eu tendance à considérer les applications numériques comme autant de gadgets. Ils ont tardé à engager une réflexion sur les opportunités qu’elles offraient et, surtout, leur monétisation. » Trias Développement s’emploie cependant à les aider à relever ce défi. Elle vient de développer un système de paiement en ligne, simple d’utilisation, qui sera prochainement mis sur le marché.

Aujourd’hui, la SSII compte 11 personnes. Parmi elles : un développeur en alternance. « J’y tiens. C’est une façon pour nous de participer à la formation des jeunes. » « Formation » : un maître mot dans la bouche de Luc Potron. En interne, des sessions sont régulièrement organisées pour que les ingénieurs développeurs soient à la page des nouvelles technologies web. Mais la formation est aussi au cœur de l’activité de Trias Développement. « Bien que simples à gérer, nos solutions requièrent une phase d’apprentissage pour permettre aux personnels de nos clients de se les approprier. » Pas moins de deux personnes sont dédiées à cette tâche.

Depuis 2005, la SSII est installée dans les locaux spacieux d’un bâtiment situé aux bords de l’Yvette (que l’on voit d’ailleurs depuis l’openspace où Luc Potron nous reçoit) et à deux pas d’une station du RER C (Petit Vaux). « Nous sommes à un quart d’heure en voiture de la gare Massy TGV et à une vingtaine de minutes d’Orly en voiture, à 40 mn en RER du centre de Paris. L’autoroute n’est, elle qu’à, 5 min. » Les visiteurs, sous-traitants et autres partenaires qui ont besoin de prolonger leur séjour, peuvent trouver un hébergement dans l’un ou l’autre hôtel situés à proximité immédiate.

Bref, les problèmes de transport et d’hébergement ne concernent pas Trias Développement. D’autant que Luc Potron dit avoir pris soin de recruter ses ingénieurs développeurs à proximité pour leur épargner de longs trajets. Avantage de cette attention : Trias Développement ne pâtit pas du turn over qui frappe d’ordinaire les SSII.

Bien située géographiquement, elle peut désormais se prévaloir d’une bonne connexion au réseau numérique. Pas plus tard que la veille de notre entretien, elle recevait la fibre optique grâce au programme lancé par EuropEssonne. « Un plus indispensable pour nous qui faisons de la télémaintenance. »

L’immeuble qui abrite les locaux de Trias Développement compte d’autres sociétés : l’une spécialisée dans l’électricité industrielle ; une autre dans l’analyse médicale ; une 3e dans l’installation d’ordinateur. « Nous les connaissons bien, mais autant le reconnaître, nous n’avons pas de réels motifs de travailler ensemble. Tout au plus pouvons-nous leur apporter un coup de main. Quand nous sommes arrivés ici, l’accès à internet était déplorable. Nous avons fait installer sur le toit des paraboles dont elles ont pu profiter. »

Quoique à la périphérie de l’OIN, Luc Potron mesure l’intérêt d’en faire partie. « Le Plateau de Saclay compte de nombreuses entreprises qui pourraient être intéressées par nos systèmes de gestion de contenu. » Le même a bien saisi qu’il s’agit de créer les conditions d’un cluster à la manière de la Silicon valley. Qu’il connaît particulièrement bien pour s’y rendre au moins une fois par an pour assister à  la conférence d’Apple, à San Francisco.

« Certes, admet-il, le contexte n’est pas le même, la Silicon Valey se déployant à l’échelle de la Californie, mais le principe est là : favoriser les rencontres, les synergies entre les entreprises, mais aussi avec le monde de la recherche. » Parmi ses ingénieurs, Trias Développement compte une titulaire d’un master en biologie et en statistique. « Elle pourrait très bien développer des applications pour les statisticiens ou un programme pour une société de biologie. » Et Luc Potron de souligner l’intérêt de valoriser les rapprochements entre entreprises et laboratoires de recherche. L’intérêt et même la nécessité pour une société comme la sienne. « Nous venons du secteur de la presse, qui, comme vous le savez, va plutôt mal. La diversification de nos activités s’impose. Plus de dialogue avec le monde de la recherche pourrait nous y aider. » Et Luc Potron de citer un premier exemple de collaboration réussie, à la faveur d’une rencontre fortuite. « Nous avions été sollicités pour développer un logiciel de traitement d’images. Comme nous n’avions pas toutes les compétences requises, j’en ai parlé à un ami musicien qui se trouvait être chercheur au sein d’une équipe de la Faculté de Créteil, spécialisée dans la radiologie. Elle avait développé des outils qui permettent de détecter au moyen d’algorithmes ce que l’on ne peut voir à l’œil nu. Seulement, il ne lui serait pas venu à l’idée de valoriser ses résultats. » Deux doctorants ont depuis été mobilisés conjointement sur le projet.

A l’évocation de cette anecdote, on ne peut alors s’empêcher de signaler la notion de « sérendipité » qui fait florès parmi les spécialistes de l’innovation. Sauf que Luc Potron reconnait ne pas en avoir entendu parler. Mais à peine la lui a-t-on définie qu’il dit s’y retrouver pleinement. « Trias Développement n’est pas née autrement : nous vendions des produits importés des Etats-Unis avant de la créer suite à une rencontre fortuite. Puis, nous avons commencé à travailler dans le garage de chez mes parents. »

Et Luc Potron de se dire plus que favorable à la création de conditions qui favoriseraient ainsi les rencontres propices à l’éclosion de projets collaboratifs, à travers, par exemple, l’organisation de réunions régulières, entre les entreprises du Plateau. « Elles seraient l’occasion pour elles de présenter leur savoir-faire et ou leurs besoins. » Où l’on voit que, même à l’heure du numérique, l’ancrage dans un territoire et la proximité entre les acteurs restent essentiels pour favoriser un écosystème propice à l’innovation.

Dans un coin de l’openspace que nous nous apprêtons à quitter au terme de notre entretien, trônent des guitares électroniques. « C’est pour quand la pression est trop forte » confie ce PDG dont on découvre au passage une autre passion, la musique. On ne peut alors s’empêcher de l’imaginer animer des réunions entre entrepreneurs et chercheurs, au rythme d’un autre genre de clusters…

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