SystemX ? Une première mondiale à Paris-Saclay

Les deux programmes de recherche : « Systèmes de systèmes » et « Technologies & outils d’ingénierie numérique »
IRT System X
Le 21 février dernier était inauguré l’Institut de Recherche Technologique SystemX qui doit révolutionner la collaboration entre recherche publique et recherche industrielle, autour des systèmes de systèmes, avec une forte implication de PME. Une nouvelle pierre dans l’édification de l’Université Paris-Saclay.

Terre d’innovations et… d’inaugurations, c’est ainsi qu’on pourrait baptiser le Plateau de Saclay. Pas un mois ou presque sans que s’inaugure une nouvelle entité marquant la volonté des laboratoires de recherche et d’entreprises de se jouer des frontières disciplinaires et/ou entre public-privé. Ce 21 février, c’était au tour de l’IRT SystemX.

IRT ? Trois lettres pour Institut de Recherche Technologique. Un nouveau dispositif créé dans le sillage du rapport Rocard/Juppé, Investir pour l’avenir, sur l’orientation des Investissements d’Avenir. Sa création part d’un constat : les idées ne manquent pas, en revanche, on peine à les traduire en produits ou services qui sauront correspondre aux attentes des clients, moyennant une adaptation à leurs besoins spécifiques. Les IRT sont des plateformes de transfert technologique, fondées sur le principe de la « co-localisation » des ressources aussi bien industrielles qu’académiques. Un plus par rapport aux dispositifs favorisant la recherche collaborative tournée vers l’innovation, mais sans lieu dédié. Les IRT prennent de surcroît leur temps. L’Etat s’engage à les soutenir financièrement pendant dix ans, mais – et ce n’est pas la moindre de leur originalité, sans implication de sa part dans les instances dirigeantes. Un IRT doit avant tout être labellisé par un Pôle de compétitivité.

Un accélérateur de la transformation numérique

A ce jour, 6 IRT ont été sélectionnés par un jury international. SystemX est donc un de ceux-là, porté par le Campus Paris-Saclay et le Pôle de Compétitivité Systematic Paris-Région. Sa vocation : la conception et l’expérimentation de nouveaux concepts de produits, services et systèmes dans le domaine du numérique, tout en contribuant « au développement des compétences nécessaires par une ingénierie de formation adaptée et l’ouverture des ressources du IRT aux étudiants. » Ses champs d’application : le transport et la mobilité, la communication, la sécurité numérique et l’énergie.

Pour les partenaires académiques présents sur le Plateau, SystemX présente plusieurs avantages à commencer, comme on peut le lire sur la plaquette de présentation, par l’enrichissement et la formation avec des problématiques industrielles, le transfert des résultats de recherche dans des concepts produits, l’accès aux plateformes technologiques.

Pour les partenaires industriels, il permet de mutualiser des efforts de recherche avec d’autres industriels, petits et grands. On touche-là à un défi : faire travailler grands groupes et PME, ce à quoi ne sont pas toujours parvenus les Pôles de Compétitivité, hormis, bien sûr Systematic qui a su tisser des liens privilégiés dont on voit aujourd’hui combien ils ont conditionné le lancement réussi de l’IRT.

Pour ses premières années d’existence (2013-15), SystemX bénéficiera de 90 millions d’euros, dont la moitié allouée par l’Etat, via l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Quoique dédié au numérique, l’IRT est abrité dans les murs du Centre d’intégration Nano INNOV où se déroulait l’inauguration.

Les organisateurs de cette dernière avaient vu juste, en plaçant des écrans dans le hall du bâtiment pour ceux qui ne trouveraient pas place dans l’auditorium. Car ce dernier fut comble. Seul absent, une absente en l’occurrence, et de marque : Geneviève Fioraso, Ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur. Absence d’autant plus regrettable que tous les intervenants qui devaient lui succéder étaient… des hommes.

Le premier : Pascal Cléré, président de l’IRT SystemX, qui ne manqua pas de rappeler la litanie des plans censés par le passé jeter les bases d’une filière informatique en France (le Plan Calcul, le Plan Informatique pour Tous…), avec le succès que l’on sait (comparé à d’autres filières comme l’aéronautique et le nucléaire), pour mieux souligner que les conditions étaient réunies, sinon les volontés, pour constituer une industrie du numérique made in France.

Parmi ces volontés, celle de l’Etat et du Ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, qui a communiqué la sienne à travers un discours lu par son conseiller, Bruno Sportisse, et dans lequel elle rappela son intérêt pour le partenariat pubic/privé en matière d’innovation et la recherche partenariale, et pour le projet de cluster sur le Plateau de Saclay en particulier.

Si le public était constitué de spécialistes et de professionnels du numérique, une mise au point sur les défis tant théoriques que technologiques qui attendent l’ingénierie numérique n’était pas inutile. Elle fut assurée par Yves Caseau (directeur général adjoint à Bouygues Telecom), qui en profita au passage pour rappeler l’intérêt de l’IRT : en l’occurrence, favoriser une recherche plus seulement collaborative mais « intégrative » en reconnaissant pleinement le rôle de l’utilisateur dans le fonctionnement d’un « système de systèmes ». Preuve que le numérique ne fait pas basculer dans un univers totalement inconnu, mais au contraire susceptible de nous faire renouer avec des valeurs anciennes, il a fait l’analogie avec l’art du jardinier dans son rapport aux écosystèmes…

La suite du programme se déroulera autour de deux tables rondes. L’une avec des représentants d’instituions ou de collectivités locales : Dominique Vernay, président de la FCS ; Jean-Luc Beylat, président du Pôle de compétitivité Systematic ; Jean-Paul Planchou, vice-président du Conseil régional d’Ile-de-France ; enfin, David Ros, vice-président du Conseil général de l’Essonne.

Accouchement ? Naissance ? Baptême ? Ou encore les premiers pas d’un enfant ? Les intervenants se sont plu à jongler avec les mots. De fait, l’IRT n’a pas attendu d’être inauguré pour constituer son équipe  et lancer ses premiers projets. A peine six mois se sont écoulés entre l’annonce de sa création au Journal Officiel (août 2012) et les premiers projets, lancés en janvier de cette année.  A ce jour, il compte 2 programmes de recherche déclinés en 7 thématiques (d’une part, « Systèmes de systèmes », tourné vers la gestion d’énergie, le transport multimodal, enfin sécurité et multimédia ; d’autre part, « Technologies et outils d’ingénierie numérique », tourné, lui, vers les systèmes embarqués, le high performance computing – HPC – le cloud computing et les réseaux, enfin, les outils de conception de simulation). L’ensemble mobilise 250 chercheurs (dont une cinquantaine salariés par l’IRT), 45 partenaires dont 35 industriels (parmi lesquels 20 PME & ETI), enfin, un programme de formation en Ingénierie Numérique des Systèmes.

Parmi les autres interrogations soulevées : SystemX est-il un énième dispositif qui, loin de simplifier l’écosystème, le complexifie ? A l’unisson, les intervenants ont souligné le maillon manquant qu’il représentait au contraire. Soit, mais pendant que nous démultiplions les acronymes, les Etats-Unis n’ont-ils pas le don de créer des marques planétaires : Google, Facebook et autres Twitter (que les participants étaient d’ailleurs invités à utiliser) ? Une objection que Jean-Luc Beylat a repoussée en pointant le nombre relativement faible d’emplois créés par ces sociétés et, a contrario, la nécessité de promouvoir une innovation qui améliore la compétitivité des entreprises, tout en créant de nombreux emplois sur le territoire (francilien). Et le même de parler de « première mondiale » pour caractériser l’IRT en soulignant le résultat auquel il était parvenu : intégrer des PME&ETI. Comment SystemX a-t-il fait ? Les participants ont mis en avant le règlement de l’épineuse question de la propriété industrielle. Mais aussi les liens anciens noués à travers le Pôle de compétitivité Systematic

Des témoignages de multinationales et de PME & ETI

L’autre table ronde réunissait des représentants de multinationales, de PME &ETI et d’institutions de recherche : Antoine Petit (Inria), Roman Stephan (Alstom), Patrick Bastard (Renault), Alban Schmutz (Ovh.com) et Eric Bantégnie (Esterel Technologies), tous invités à témoigner en trois minutes top chrono de l’intérêt de l’IRT. Une contrainte à laquelle ils se sont pliés d’autant plus facilement, qu’ils ne sont plus à convaincre : tous sont déjà engagés dans un voire l’ensemble des projets lancés. L’occasion aussi pour Eric Bantégnie de rappeler une de ces évidences qui méritent d’être rappelées : les PME&ETI n’ont pas tant besoin de financements, du moins pas seulement, que de références de grands groupes qui leur permettent ensuite de gagner en visibilité auprès d’autres clients potentiels, à l’international.

Avant des mots de conclusion du directeur, Eric Perrin-Pelletier, l’auditoire a eu le plaisir d’entendre Louis Gallois, Commissaire général à l’investissement (et non à l’environnement, selon l’heureux lapsus commis par l’animatrice). Manifestement ravi de se retrouver au milieu de chercheurs et d’entrepreneurs, il a tenu à saluer la rapidité avec laquelle les parties prenantes de SystemX ont su traduire concrètement la loi de finance rectificative qui se bornait à fixer la finalité des IRT (renforcer le partenariat industriel et les institutions publiques dans le domaine de l’innovation), mais  aussi satisfaire aux exigences de la « bruxello-incompatibilité » en matière de financements publics. Tout en se montrant optimiste, il a aussi souligné combien la survie d’une industrie française était conditionnée à notre capacité à prendre part industriellement à l’aventure du numérique.

Retrouvez l’inauguration en images
Ecoutez l’intervention de Louis Gallois
En savoir plus sur : http://www.irt-systemx.fr

 

3 commentaires à cet article
  1. R4 3DS

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  2. Allemand

    Merci pour votre commentaire que je découvre bien tardivement,
    bien à vous,
    Sylvain Allemand

  3. Ping : L’IRT SystemX recherche 250 chercheurs en ingénierie numérique | Paris-Saclay

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