Suivre son chemin intérieur. Rencontre avec Estelle Lovi

TEDxSaclay2019EstelleLoviPaysage
Suite de nos échos à la 5e édition de TEDx Saclay qui s’est déroulé le 28 novembre dernier, à l’Opéra de Massy, à travers le témoignage de cette ancienne HEC, qui a fait le choix de renoncer à une carrière professionnelle toute tracée pour se laisser guider par son « chemin intérieur ». Lequel l’a amenée vers le monde du spectacle, du chant et de la danse.

- Avant d’en venir à ce qui vous tient désormais à cœur – monter sur scène pour y chanter, danser – pourriez-vous revenir aux débuts de votre carrière professionnelle et à ce qui vous a décidée à en changer radicalement l’orientation ?

Après une prépa à Henri IV et des études à HEC, j’ai entamé une carrière au sein d’une entreprise en forte croissance avant de créer ma propre société dans le même secteur d’activité. Comment me suis-je décidée finalement à le quitter, pour un autre, très différent, puisqu’il s’agit de celui du spectacle ? Et bien, je n’ai fait que suivre mon intuition. D’un point de vue extérieur, j’ai bien conscience que cela peut sembler être un saut dans l’inconnu. Pour ma part, ce passage, je l’ai vécu, ainsi que je le raconte au cours de la conférence, comme un chemin intérieur…

- Comment vous y êtes-vous prise pour l’emprunter ?

J’ai commencé par auto-publier mon premier livre en ligne, qui traitait d’entrepreneuriat sous l’angle du chemin initiatique de l’entrepreneur, puis j’ai écrit mon premier spectacle, accompagnée par la metteuse en scène Corinne Charpentier. Preuve, au passage, que je n’ai pas totalement rompu avec mon ancien monde, et que je suis redevable à mes études à HEC et à ma première expérience professionnelle ! D’un certain point de vue, je considère que je reste dans la même logique, sauf que, à la place de vendre des plats cuisinés – mon projet entrepreneurial initial – je vends un spectacle ! Au final, j’estime qu’il y a donc une certaine continuité. Encore une fois, j’ai bien conscience que cela peut sembler être un saut dans l’inconnu, mais comme j’aime à dire, personne ne vit à votre place tous les déclics qui peuvent se produire sur votre chemin intérieur. Donc, peu de gens peuvent comprendre ce qui vous amène à évoluer vers de nouveaux choix de vie. Plus vite on arrête de passer du temps à essayer de se justifier, plus vite on peut passer à l’action en direction de ses rêves. Et ce sont ces résultats, pour ma part des créations, qui peuvent faire comprendre à l’autre ce qui a changé en nous, et humblement, donner un espoir : la vie réserve de belles surprises quand on écoute son intuition !

- Ce qu’on comprend aussi après vous avoir entendue, c’est que cette volonté de monter sur scène était un moyen pour vous de défendre des valeurs, une vision du monde, une relation à autrui mieux que ne le permettait votre précédent métier…

Oui et non ! (Rire). En réalité, je pense que peu importe le métier ! Le plus important est d’être aligné avec soi-même. Mon précédent métier me plaisait, je m’y investissais, mais le résultat, c’est que je ne disposais pas d’un vrai moyen de m’exprimer, de parvenir à cet alignement. A l’inverse, l’expression artistique, puis le fait de monter sur scène, m’ont permis de le faire. Il s’avère que c’est plus naturel pour moi de monter sur scène pour chanter et faire des pas de danse. C’est quelque chose d’évident, de fluide… Bref, je m’éclate comme jamais auparavant. Maintenant, je sais que je pourrais faire encore autre chose, que je pourrais connaître d’autres déclics et, pourquoi pas, remettre un jour les pieds en entreprise, sous une forme ou sous une autre ! Mais pour l’heure, c’est dans la création et sur scène que je me sens le mieux.

- Danser, chanter sur scène, cela demande des prédispositions… On devine que vous avez dû suivre une formation dans ces formes d’expressions artistiques, n’est-ce pas ?

J’aime beaucoup cette question car elle dit beaucoup de l’importance qu’on accorde, en France peut-être plus qu’ailleurs, à la formation et au diplôme. En réalité, si j’ai pu me lancer dans mon premier one-woman-show, c’est en m’affranchissant de l’idée qu’on a nécessairement besoin de validations extérieures pour faire quelque chose…

TEDxSackay2019Estelle Lovi 4- Même quand on aspire à devenir chanteuse et danseuse ?

Même quand on aspire à exercer ces métiers ! Je dirais même surtout quand on veut, à travers eux, rejoindre le monde de l’art. Ma tentation première, parce que j’ai été formatée ainsi, et parce que j’adore apprendre, a été de me dire quelles études faire, quelle école intégrer… Sauf que mon chemin était avant tout intérieur. A partir du moment où j’étais convaincue que c’était là que je voulais aller, que c’est là que je me sentirais le mieux, je n’avais plus besoin de personne pour valider ce choix. Par le passé, j’avais fait deux ans de danse. Cela s’est révélé suffisant pour retrouver du plaisir à créer mes chorégraphies et danser sur scène. C’est d’abord la confiance qui débloque la créativité. Et pour cela, j’ai eu la chance de rencontrer la bonne professeure : celle qui a su m’encourager et me laisser libre de m’exprimer hors des formats « classiques » des cours de danse. Cependant, avant de monter la première fois sur scène, je n’avais encore jamais fait de théâtre. J’ignorais jusqu’à ce que pouvaient vouloir dire « coté cour / côté jardin ». Ma « première » était donc une vraie première ! J’ai été portée par un élan intérieur suffisant pour me convaincre que c’était bien là que je devais être. De même pour la pratique du chant : je chantais sous la douche et à l’abri de toutes les oreilles indiscrètes ! Chanter pour un public fut une expérience proprement initiatique où j’ai eu la sensation de trouver une voix, que je n’avais pas assumée jusqu’alors, persuadée que je ne savais pas chanter !
Maintenant je peux vous faire une confidence : chanter en direct live comme je l’ai fait tout à l’heure, à la fin de mon talk, ce n’est que le dimanche précédent la conférence que je l’ai décidé. Jusqu’ici, je n’avais jamais interprété mes chansons comme ça sur scène, devant un public – je les enregistrais…

- Un chemin intérieur, dîtes-vous. Est-ce à dire qu’il n’y a pas eu de rencontres avec des personnes marquantes pour vous aider à le prendre ?

Si, une personne en particulier a joué un rôle majeur : mon professeur de piano, David Atria, qui est aussi devenu mon professeur de chant. Il a su me dire les mots justes, à commencer par le fait que le chant n’était pas qu’une question de technique. C’est aussi une question de déclic intérieur – on y revient !

- Preuve, donc, que le chemin intérieur passe aussi par autrui ?

Oui, bien sûr. Mais il importe de remettre les choses dans l’ordre. Mes quêtes premières, c’était de trouver du sens à l’extérieur, indépendamment de savoir qui j’étais, de ce à quoi j’aspirais réellement, au fond de moi-même. Au début de mon projet entrepreneurial, je voulais aider des agriculteurs à se convertir au bio. Mais je perdais énormément d’énergie car je me perdais, moralement et physiquement. Je n’avais pas compris qui j’étais. Pour autant, chercher son chemin intérieur, ce n’est pas verser dans un égotisme, même si cela peut en donner l’impression. C’est remettre les choses à l’endroit, en commençant par se sentir bien et à sa place, car c’est comme cela qu’on peut ensuite aller vers l’autre. Tant que j’avais l’impression qu’il me revenait de sauver le monde, au prétexte que j’avais fait des études supérieures dans une grande école réputée, dans les faits, je n’aidais pas grand monde. Certes, je n’arrête pas de dire « je », mais c’est un je qui va vers les autres, avec l’envie de faire un vrai nous.

- Vous me faites penser à ces paroles de Gide : « Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui »… Venons-en à TEDx Saclay. Etait-ce votre première expérience TEDx ?

Oui !

- Et alors, quelles sont vos sensations, près de deux heures après votre intervention ? On vous sentait joyeuse…

Comment ne pas l’être ? Cela a été une expérience particulière, quelque chose de très puissant. Le thème même, « Résonances » était inspirant. Quand j’ai découvert l’appel à idées et que de plus, il y avait une catégorie artiste, j’ai eu aussitôt envie de candidater. Certes, c’était la première fois, mais il y avait tant de choses qui s’alignaient dans ma vie, au cours de cette année 2019 ! Les mots me manquent pour témoigner de mon ressenti et, à vrai dire, cela me va : j’aime quand l’expérience vécue se situe au-delà des mots. C’est une inspiration qui viendra nourrir d’autres formes de créations pour l’exprimer.
Cela étant dit, il me faut dire combien l’équipe organisatrice est proprement formidable ! TEDx Saclay, c’est d’abord une aventure humaine et collective. Pour avoir exploré la thématique de l’entrepreneuriat, je sais à quel point la « tête » de l’organisation est essentielle. Quand celle-ci sait ce qu’elle veut, tout le reste se met en place, et chacun comprend que c’est en agissant avec les autres, qu’il peut parvenir au meilleur résultat.

TEDxSaclay2019Estelle Lovi 1- Un mot encore sur le lieu, tout sauf anodin, puisqu’il s’agit quand même d’une scène nationale d’Opéra…

Que dire ? Quand la vie nous donne les choses les unes après les autres, on a juste à les accueillir. Pouvoir interpréter pour la première fois, ne serait-ce qu’un refrain d’une de mes chansons dans un Opéra, il n’y a pas plus beaucoup cadeau que la vie pouvait me faire. J’en suis d’autant plus heureuse que j’ai trouvé qu’une belle énergie régnait dans la salle. J’ai senti un public bien présent, en soutien.
Au-delà de l’Opéra, j’ai envie de dire un mot sur la ville de Massy que j’ai connue pour avoir transité régulièrement par la gare TGV du temps de mes études à HEC (je rentrais à Bordeaux le week-end). A l’époque, on sentait déjà que la ville allait connaître des évolutions liées au projet de Paris-Saclay. Aujourd’hui, je trouve qu’elle dégage quelque chose de particulièrement fort. Bien plus, je trouve qu’elle a… une âme.

- Sachant que l’âme désigne aussi cette pièce d’épicéa placée à l’intérieur d’instruments à cordes… On reste donc dans l’univers de l’Opéra et le registre de la résonance…

Je prends !

L’entretien se termine dans un éclat de rire !

Pour accéder aux autres échos à cette édition 2019 de TEDx Saclay, cliquer ici.

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