StelLab, un viaduc pour valoriser la recherche. Rencontre avec Sylvain Allano (1re partie)

Directeur scientifique en charge des technologies futures au sein du Groupe PSA Peugeot Citroën, Il a présidé le jury du Prix de la Valorisation 2012 de l’Université Paris-Sud. Au cœur de StelLab, la toute nouvelle structure d’animation scientifique qu’il a créée, il a bien voulu répondre à nos questions sur l’implication du groupe sur le Plateau de Saclay qu’il connaît personnellement bien pour y avoir poursuivi une partie de ses études et cofondé un cabinet de conseils en propriété industrielle.

- Comment de la recherche académique et du conseil en propriété industrielle, en êtes-vous venu à rejoindre un groupe industriel comme PSA Peugeot Citroën ?

Dans mes activités antérieures d’enseignant-chercheur, j’ai toujours été motivé par le transfert et la valorisation industrielle des résultats scientifiques. Par ailleurs, si la propriété industrielle est un secteur méconnu du grand public, elle fait partie de la culture de PSA Peugeot Citroën qui est d’ailleurs le premier groupe français pour le nombre de dépôts de demandes de brevet (près de 1 300 par an). J’ai moi-même été consultant en propriété industrielle pour des PME et des start-up. J’ai été responsable de la valorisation à l’ENS Cachan et d’un incubateur filiale de cette école. Au sein de PSA Peugeot Citroën, j’ai aussi rejoint la grande famille des inventeurs, lesquels peuvent être des ingénieurs ou pas.

- Venons-en au Prix de l’université Paris-Sud. Quel est votre regard sur la valorisation en milieu universitaire ?

Un important chemin a été parcouru ces dernières années. Quand j’y ai été étudiant puis chercheur dans les années 80, l’Université de Paris-Sud n’avait pas, c’est le moins qu’on puisse dire, une réputation favorable à la valorisation.

Un ancien universitaire parmi les ingénieurs et inventeurs

Le verso de sa carte de visite mentionne sa fonction de directeur scientifique en charges des technologies du futur au sein de PSA Peugeot Citroën. Au recto, il est précisé, à l’intention des interlocuteurs anglophones que Sylvain Allano est « Prof. Dr.» C’est que tout directeur scientifique au sein d’un groupe industriel qu’il est, il est titulaire d’un doctorat de 3e cycle en électronique de l’Université Paris Sud (1982) et d’un doctorat d’Etat en sciences physiques de l’Université Pierre et Marie Curie (1987). Entre-temps, il a été cinq ans durant chercheur au Laboratoire d’Electrotechnique d’Orsay qui était une unité mixte du CNRS et des deux universités précitées. C’est en 1988, qu’il s’engage dans le secteur privé en rejoignant un cabinet de conseil en propriété industrielle avant de fonder en 1992 avec d’anciens collègues le premier cabinet de conseils en propriété industrielle… sur le Plateau de Saclay, loin du « triangle d’or » de la profession (VIIIe, XVIe et XVIIe arrondissements de Paris). Pour autant, il ne s’était pas éloigné du monde académique : en 1989, il est nommé Professeur à l’ENS de Cachan puis directeur des études de la section génie électrique. En 2001, parallèlement à son activité de conseil, il refonde et dirige le Laboratoire SATIE, une unité mixte de recherche en génie électrique et physique appliquée. En 2006, il revient au CNRS, mais cette fois comme directeur scientifique adjoint à la Direction, en charge des secteurs des micro- et nanotechnologies, des ondes, de la photonique et de l’énergie électrique. En 2010, il prend la tête de la Direction scientifique et technologies futures de PSA Peugeot Citroën, située à Vélizy, aux marges d’un Plateau de Saclay qu’il fréquente depuis 1976.

C’était une université scientifique d’excellence, plutôt « rebelle », et assez rétive à établir des relations avec les entreprises. Elle cultivait d’autant plus cette image que de grandes écoles se trouvaient sur le Plateau, susceptibles, elles, de satisfaire les besoins des industriels : Supélec, qui a toujours développé un important tissu de relations partenariales avec l’industrie, l’Ecole Polytechnique qui avait déjà des chaires industrielles, etc. Par rapport à elles, Paris-Sud entendait incarner l’excellence de la recherche académique.

- Comment expliquez-vous le changement intervenu depuis ?

Qu’on le veuille ou non, il doit beaucoup à la globalisation du monde universitaire et au classement de Shanghaï, lancé en 2003. Il a mis en évidence la faible visibilité de nos établissements d’enseignement supérieur et de recherche, y compris les plus prestigieux. C’est dans ce contexte qu’a été créé le Prix de la Valorisation, à l’initiative d’Anne-Marie Pointu et de Didier Fayard, avec l’idée de montrer qu’on pouvait être à la fois d’excellents chercheurs et de bons passeurs vers le monde industriel.

- Comment des liens ont pu s’établir sur le Plateau de Saclay marqué par le cloisonnement entre recherche académique et R&D ?

Le fait est, Orsay, avec son caractère arboré et sa faible densité de bâti a l’apparence et le potentiel d’un grand campus académique international, mais sans la vie d’un campus. C’est toute la différence avec les universités anglo-saxonnes. Il y manque un cœur de vie, des services, etc. Les grandes écoles situées sur le Plateau ont chacune leur campus, quelque peu replié sur lui-même. D’où l’enjeu majeur que constitue la création de l’Idex Paris Saclay.

- Etes-vous confiant ?

Avant même la constitution de l’OIN, une dynamique de partenariat s’est enclenchée. J’ai pu le constater du temps où comme Directeur scientifique adjoint, je participais au suivi de plusieurs laboratoires, comme l’Institut d’Electronique Fondamentale (IEF) à Orsay, le Laboratoire de Photonique et de Nanostructures (LPN) à Marcoussis  ou le Laboratoire de Génie Electrique de Paris (LGEP) sur le site de Moulon. J’ai pu aussi le constater en tant que membre du conseil d’administration d’Opticsvalley.

- Y aurait-il à l’œuvre une logique de bottom up ?

Oui, indéniablement. Mais elle ne saurait suffire. La dynamique enclenchée par les établissements de recherche et d’enseignement supérieur, et les entreprises doit d’être relayée par les pouvoirs publics. La constitution de l’OIN  est de ce point de vue une bonne chose. Elle renforcera la visibilité internationale du Plateau. Cela étant dit, beaucoup reste encore à faire !

- Vous considérez-vous comme un acteur du Plateau de Saclay ?

Bien sûr, même si notre centre de R&D est situé à la lisière du Plateau. Notre implication passe par de multiples partenariats avec plusieurs autres acteurs du Plateau- centres de R&D et laboratoires académiques. Nous avons ainsi créé en 2001 des chaires d’enseignement-recherche : la chaire André Citroën à l’Ecole Polytechnique ; et la chaire Armand Peugeot avec Supélec, Centrale et l’Essec. Nous nous sommes aussi engagés dans le projet dIEED (Institut d’Excellence en Energie Décarbonée) VeDeCom, destiné à concevoir, dans un contexte précompétitif mutualisé, les véhicules décarbonés et connectés et systèmes de mobilité de demain.

Parallèlement, notre Groupe crée une université d’entreprise qui a pour vocation de fédérer toutes les initiatives de formation en interne de nos techniciens, ingénieurs et cadres en interne, mais aussi de s’ouvrir sur l’extérieur à travers des partenariats avec les établissements d’enseignement supérieur. Parmi la vingtaine de partenaires académiques que nous avons ciblés dans le Monde figurent notamment deux établissements du Plateau de Saclay : l’Université Paris-Sud et Supelec, ainsi que l’Estaca qui prévoit de s’installer à terme à Saint-Quentin-en-Yvelines.

- Que suggériez-vous pour favoriser les collaborations sur le Plateau de Saclay entre les chercheurs et les industriels ?

Je ne saurais trop suggérer de s’inspirer de ce qui pour moi est un modèle : l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), son campus et son Learning Center. A tous mes interlocuteurs, je recommande d’y faire un tour. Certes, il ne s’agit pas de le dupliquer. Mais il y a beaucoup à en apprendre. Nous-mêmes y avons créé une cellule d’innovation, l’été dernier. Bien d’autres endroits s’imposent comme des références : le Technion à Haifa ou la Nanyang Technological University (NTU), à Singapour… Ce sont autant de sites qui ont su créer des écosystèmes contribuant à ce qu’un nombre croissant  d’innovations à fort potentiel puisse franchir cette fameuse  « vallée de la mort » tant  redoutée par les acteurs de la valorisation et du transfert.

- La « vallée de la mort » ? Expliquez-vous…

A bien des égards, le monde de l’innovation, en France comme dans d’autres pays, peut évoquer cette vallée des Etats-Unis, avec d’un côté de l’excellence académique (des médailles d’or CNRS, des lauréats de prix prestigieux tels que Nobel, Turing, Fields…), de l’autre, des industriels pour lesquels une démarche permanente d’innovation est une condition vitale de leur développement et de leur pérennité …).  Et entre ces deux versants, une zone à haut risque et parfois chaotique en matière de transfert : des incubateurs qui ont du mal, des start ups qui s’épuisent, des capitaux-risqueurs qui n’osent plus prendre de risque, des business angels qui se comptent sur les doigts d’une main… Pour filer la métaphore, il conviendrait de bâtir des « viaducs de Millau ». Certaines structures facilitantes commencent à voir le jour : les Instituts de Recherche Technologique (IRT), les IEED, les SATT… Il en faudrait davantage. Le groupe PSA Peugeot Citroën prend sa part en participant notamment à l’IEED VeDeCom.

2 commentaires à cet article
  1. Ping : StelLab, un viaduc pour valoriser la recherche (2e partie) | Paris-Saclay

  2. emmanuel de canecaude

    Pour Sylvain Allano,
    Qu’il me joigne pour développement (excellent) effectué en Chine sur une caméra AR de voiture, 150°, Sans charges de R&D, et à saisir pour le Lion à redynamiser.
    Egalement pour applications RFID à l’automobile, notamment en Sécurité, domaine sous- développé (à l’encontre des cartes à puce, étonnantes).
    Moins de conférences, et de meilleurs concepts produits !
    Bien amicalement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>