Start-up des lieux innovants. Retour sur la première Matinale Opticsvalley

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Le 10 février dernier, Opticsvalley inaugurait son cycle de matinales dédiées aux start-up des lieux innovants. A tout seigneur, tout honneur, c’est au 503, le Centre d’entrepreneuriat de l’IOGS, et trois de ses jeunes pousses, que revenait le privilège d’ouvrir le bal.

Mardi 10 février, 10 h 30, plusieurs personnes attendent patiemment dans la fraîcheur matinale, à l’extérieur du Bâtiment 503. Hasard malencontreux de calendrier, c’est ce même jour que les services de vérification des systèmes de sécurité incendie ont choisi d’intervenir… La patience des visiteurs est cependant vite récompensée. Ils sont invités à entrer, en n’ayant plus qu’à passer par les fourches caudines du plan Vigipirate, avec une ultime consigne, plutôt paradoxale : si l’alarme devait s’enclencher de nouveau, inutile de sortir, ce ne serait qu’un nouvel essai. L’alarme, on l’entendra encore au cours de la matinée. Mais il en faudra plus pour distraire l’attention de ceux venus assister à la première matinale du cycle organisé à l’initiative d’Opticsvalley pour faire connaître les lieux innovants de Paris-Saclay à travers trois de leurs start-up.

Un acteur de poids : Opticsvalley

Un événement tout sauf anecdotique quant on sait le poids de ce réseau francilien des acteurs de l’optique, de l’électronique et du logiciel, rappelé en quelques slides par Anne-Laure Aurelle, en charge de son animation. Opticsvalley, c’est en effet plus de 200 adhérents, dont plus d’une centaine dans l’industrie, une centaine dans les services, près d’une trentaine dans le conseil, plus d’une vingtaine dans l’enseignement supérieur et la recherche,… Depuis, sa création, en 1999, il joue un rôle reconnu dans l’animation de l’écosystème francilien en général et de Paris-Saclay en particulier, à travers l’édition de newsletters et d’un annuaire, l’organisation d’événements (une quarantaine) propices à une meilleure interconnaissance entre les acteurs privés et publics. C’est concrètement « 600 demandes de mise en relation qui débouchent sur 300 contacts facilités », mais aussi une plateforme dédiée à l’emploi qui recense pas moins de 1 5000 d’offres et de demandes d’emplois hautement qualifiés. Une mobilisation assurée par une quinzaine de collaborateurs.

 Un lieu innovant emblématique

A tout seigneur tout honneur, c’est donc au « 503 », que revenait le privilège d’inaugurer le nouveau cycle de matinales d’Opticsvalley, qui y possède une permanence. Est-il encore utile de présenter ce bâtiment, parmi les lieux d’innovation les plus emblématiques de Paris-Saclay ? En charge de la tout aussi emblématique FIE (Filière Innovation-Entrepreneurs) qui y est proposée, Frédéric Capmas se plie cependant volontiers à l’exercice.

Deux ans durant, rappelle-t-il, des élèves de l’IOGS sont formés à l’entrepreneuriat innovant à travers la réalisation d’un projet concret qui doit leur permettre de créer leur propre start-up, dans les conditions réelles de prise de risque. Selon les cas, le projet peut partir d’une idée des élèves ou procéder à la valorisation des résultats d’un laboratoire de recherche.

Pour les aider dans leur démarche, le 503 s’est associé à de « grands frères » : des startuppers issus de la FIE et des entreprises partenaires impliquées non seulement dans la vie du site, mais encore dans les stages et des missions pédagogiques (lesquelles peuvent aller du simple retour d’expérience jusqu’au partage de compétences). Un jeu qui se veut gagnant-gagnant : les start-up comme les entreprises partenaires trouvent l’opportunité de tester leurs propres prototypes auprès d’un public avisé. Au total, entre les jeunes pousses issues de la formation et les partenaires, le bâtiment 503 abrite une trentaine d’entités, qui vont du jeune projet jusqu’à PME, en passant par des associations et des réseaux (outre Opticsvalley, qui y a un bureau, citons l’association Nova Green qui promeut le développement local de l’économie verte et des éco-activités). Last but not least, les élèves disposent désormais d’un FabLab (également accessible aux entreprises résidentes à des tarifs avantageux, ou même extérieures au prix d’une location).

Un écosystème dans l’écosystème

Autre point souligné au cours de la présentation  de Frédéric Capmas : si le 503 s’apparente à lui seul à un écosystème, il ne s’insère pas moins dans celui, plus vaste, de Paris-Saclay, offrant ainsi d’autres opportunités à ses élèves. C’est d’autant plus important que c’est dans les laboratoires voire des entreprises de ce territoire que les élèves pourront puiser leurs idées et/ou identifier des partenaires pour leur propre projet.

Chaque année, FIE accueille ainsi 40 élèves sur deux ans, soit un total de près de 120 depuis sa création. Parmi eux, un cinquième sont devenus effectivement entrepreneurs, avec 14 entreprises créées (certaines étant co-créées par plusieurs élèves issus de la filière), totalisant plus de 110 emplois et 5,4 millions d’euros de CA cumulés en 2014. Elles couvrent de surcroît un large spectre de domaines applicatifs : de l’éclairage pour musée à l’instrumentation en passant par la détection de pollution, le diagnostic médical, etc. Si toutes mobilisent les sciences de la photonique, le Centre de l’entrepreneuriat entend accueillir à terme des entreprises d’autres secteurs.

Et les autres élèves formés à l’entrepreneuriat innovant, que deviennent-ils ? Curieusement, la question n’a pas été soulevée. C’est que les participants à la matinale d’Opticsvalley connaissaient probablement déjà la réponse, à savoir : ils vont bien, merci pour eux. Ils ne sont pas devenus entrepreneurs, mais leur expérience est indéniablement un plus sur le CV. Comme nous le précisera Frédéric Capmas en aparté, « S’ils sont salariés dans un grand groupe, rien ne leur interdira de tenter l’aventure de l’entrepreneuriat plus tard ».

Preuve que le 503 est bien lui-même dans une dynamique d’innovation, il ne cesse d’évoluer pour tenir compte des nouvelles possibilités offertes par le territoire et la dynamique de cluster. Jusqu’ici centré sur la formation initiale, il cherche à collaborer avec d’autres grandes écoles présentes sur le Plateau de Saclay dans la perspective de la formation continue. Autre objectif à venir, annoncé, par Frédéric Capmas : l’animation d’échanges entre jeunes et moins jeunes, des diverses communautés de Paris-Saclay, et pas seulement pour le plaisir de se rencontrer, mais aussi gagner en efficacité. Dans cette autre perspective, le 503 s’apprête à lancer un blog et une newsletter, un cycle d’événements, etc. Et Frédéric Capmas de saisir l’occasion d’annoncer une 2e édition renouvelée de l’ »Ecole d’été de l’innovation et de l’entrepreneuriat » (sur le modèle de l’Innovation Summer Camp), en juillet prochain (pour mémoire, des étudiants de Paris et province sont invités à définir un projet innovant, au cours d’un séminaire immersif). Il n’est pas jusqu’au bâtiment lui-même qui devrait faire peau neuve pour se mettre à l’heure de la transition énergétique, en mettant à profit le potentiel offert par la photonique (rappelons que le bâtiment a été construit dans les années 60, avant la première réglementation thermique…)

Ancré dans l’écosystème Paris-Saclay, le 503 n’entend pas moins – c’est l’autre information du jour – rayonner au-delà, en déclinant son modèle à Saint-Etienne et à Bordeaux, tout en faisant partie prenante du mouvement French Tech engagé au plan international.

Trois start-up prometteuses

Bref, le 503 se porte bien. Ce que l’échantillon des trois start-up retenues dans le cadre de la Matinale d’Opticsvalley illustrait à sa manière.

La première a pour nom : Archimej Technology. Co-fondée en 2012, par cinq ingénieurs dont deux issus de la FIE, elle se consacre au développement et à la commercialisation d’une nouvelle génération de spectromètres d’absorption miniaturisés et bas-coûts, avec des performances de mesure sans précédent. Elle développe actuellement le premier analyseur de sang portable et personnel. Avec seulement une goutte de sang, celui-ci « permettra à tous, quel que soit le lieu et en temps réel, de suivre le fonctionnement du cœur, du foie, des reins… pour un coût d’au moins 100 fois moins que tout ce qui existe sur le marché ». Quand on sait que l’analyse biochimique du sang permet aux médecins d’établir jusqu’à 70% de leur décision et que ces analyses, on mesure l’enjeu de cette innovation et son intérêt au plan économique. A court terme, la start-up compte s’adresser d’abord aux professionnels puis aux particuliers, plus tard aux pays en développement.

Malgré le haut niveau de technicité de l’exposé, les questions ne manquent pas de fuser de la salle : comptent-ils fabriquer l’équipement ? (a priori non, le  business model table sur une vente du brevet) ; sont-ils déjà soutenus par des laboratoires ? (réponse affirmative) ; comment envisagent-ils de se passer des marqueurs ? (en toute franchise, notre startupper reconnaît que c’est un challenge..) ; ont-ils cédé leur licence ? (pas encore, car la preuve d’utilisation terrain n’a pas été faite.) ; travaillent-ils avec des biochimistes ? (oui, lesquels ont d’ailleurs été si intéressés par le projet qu’ils sont entrés dans le capital).

Une solution contre la somnolence au volant

La 2e start-up a pour nom Innov+. Spécialisée dans la conception de solutions d’assistance à la vigilance du conducteur par caméra vidéo, elle fait partie des sociétés résidentes du bâtiment 503, qu’elle a rejoint en mars 2014. Créée par deux personnes ayant plusieurs années d’expérience en électronique embarquée, avec le concours d’un chercheur du CNRS spécialiste de la détection faciale des émotions, elle a mis au point une réponse à la 3e cause d’accidents sur la route après l’alcoolisme et la fatigue, à savoir la somnolence au volet (à l’origine de plus d’un tiers des accidents sur autoroute, soit plus de 13 300 décès).

Cette réponse consiste tout à la fois en un détecteur de somnolence déclenchant un alerte le cas échéant, mais aussi en un système permettant un suivi dans la durée de l’état du conducteur (en ménageant ainsi la possibilité de scoring). Les boitiers mis au point se veulent aussi peu intrusifs que possibles pour mieux déjouer les réticences des conducteurs. Ils sont également conçus pour intégrer des véhicules existants (sans attendre, donc, l’avènement du véhicule du futur). De prime abord, la start-up vise les sociétés ayant à gérer des flottes de véhicules (cars compris) auxquelles elle propose une géolocalisation des conducteurs avec détection en temps réel de leur attention. Ce faisant, INNOV+ permet de réduire leurs coûts de sinistres liés à la fatigue au volant mais aussi l’inattention. En préincubation à IncubAlliance, lauréate d’un concours de la CCI de l’Essonne, elle devrait procéder à une 2e levée de fond, pour « staffer » (selon le terme de notre startupper), ses équipes qui prospecteront les marchés européens et américains, prioritaires.

De nouveau les questions fusent : dans quelle mesure la conduite nocturne est-elle plus problématique que la conduite diurne ? (a priori, elle ne l’est pas : la technologie infrarouge permet de détecter la somnolence avec le même degré de précision ; cela étant dit, la conduite nocturne expose à huit fois plus d’incidents que la conduite diurne) ; ont-ils prospecté du côté des compagnies d’assurance ? (oui, et celles-ci sont intéressées dans la mesure où la solution permet un traitement du problème dans la logique des big data) ; sur quelle expertise se sont-ils fondés pour faire la différence entre somnolence et distraction / manque d’attention ? (l’équipe a sollicité celle d’équipes de recherche dont le Gipsa-Lab, à Grenoble).

Un capteur acoustique pour milieux hostiles

Enfin, la 3e start-up a pour nom Phonoptics. Créée en septembre 2014 en partenariat avec une société spécialisée dans la fibre optique (SEDI-ATI), elle propose une solution à l’écoute en milieux hostiles. Pour apprécier l’exploit, il faut rappeler que jusqu’à présent, aucun capteur acoustique n’a pu pénétrer dans des environnements extrêmes où les fortes températures et pressions, ajoutées aux champs électromagnétiques ou encore aux produits chimiques empêchent le fonctionnement des capteurs électroniques. Phonoptics a donc contourné le problème en proposant le premier capteur au monde constitué d’une seule fibre optique, qui permet de rendre le capteur totalement passif tout en le libérant des limites des capteurs conventionnels.

A l’origine de sa création : un brevet détenu par une entreprise qui n’avait pas eu l’opportunité de l’exploiter, et qui a été développé au cours du projet à mener dans le cadre de la FIE. Aujourd’hui, la technologie mise au point permet de capter des sons pour une maintenance prédictive de machines fonctionnant 24h sur 24, évitant ainsi l’intervention d’un opérateur à intervalle régulier. Les applications sont multiples dans l’industrie, l’exploitation, le militaire… Elle a donné lieu à un nouveau brevet, exploité directement par la start-up.

Faute de temps, il n’y aura cette fois aucune question de la salle. Annoncée à 12 h 30, la « matinale » se termine à l’heure dite. Quitte à devoir endurer le bruit strident de l’alarme, des participants ne s’éternisent pas moins dans la salle du 503 pour échanger de manière plus informelle avec les trois startupper. C’est aussi à ces détails qu’on reconnaît la réussite d’un événement.

Pour notre part, nous avons d’ores et déjà noté les prochains rendez-vous des Matinales d’Opticsvalley : le 10 mars, au PROTO204 ; le 5 mai, à l’Incubateur de l’Ecole Centrale ; le 9 juin, à l’X Entrepreneuriat,…

Légende photo : les trois start-up aux côtés d’Anne-Laure Aurelle (Opticsvalley) et Frédéric Capmas (503, à droite).

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