STAPS et innovation (suite). Entretien avec Caroline Teulier

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Former des chercheurs aux nouveaux concepts et technologies de pointe, relatifs au contrôle du mouvement humain, tout en leur offrant la possibilité d’un autre débouché vers l’entrepreneuriat innovant. Telle est la double vocation du Master 2 PCMPS (pour Psychologie, Contrôle Moteur et Performance Sportive) de l'UFR STAPS de Paris-Sud. Sa directrice, Caroline Teulier (2e en partant de la droite) nous en dit plus, y compris sur l’Unité d’Enseignement (UE) en conception de projet innovant, confiée à Agnès Olivier (1re à gauche), que nous avons également interviewée.

- En quoi consiste ce Master 2 Psychologie, Contrôle Moteur et Performance sportive ?

Ce Master 2 répond à l’intérêt croissant qui est porté au contrôle du mouvement humain et de ses émotions. Intérêt croissant qui s’est traduit par l’émergence de nouveaux concepts, mais aussi de technologies de pointe, qui nécessitent une formation poussée pour les futurs chercheurs, qu’ils évoluent dans le domaine académique ou dans le secteur industriel, ou encore tous les acteurs travaillant dans le domaine de l’optimisation de la performance sportive ou dans la santé et la promotion du bien-être.
Nous l’avons créé il y a deux ans dans le cadre de la School de l’Université de Paris-Saclay, dédiée aux Sciences du sport et du mouvement humain, et qui comporte une mention STAPS. Un Master 2 existait déjà en matière de contrôle du mouvement humain, mais nous l’avons revu en profondeur en capitalisant sur les recherches de notre laboratoire, le CIAMS, particulièrement pluridisciplinaire dans sa composition. Des collègues travaillent sur l’impact des émotions sur les interactions sociales et sur les comportements. Par exemple; Alexandra Perrot s’intéresse à l’effet de l’activité physique sur les capacités cognitives des personnes âgées. Agnès Olivier travaille, elle, sur l’optimisation de la performance sportive du couple cavalier/cheval. Moi-même, je travaille sur le contrôle du mouvement chez l’enfant. Par delà la diversité des problématiques, nous avons la même optique : le développement et l’amélioration du mouvement, soit par l’exercice physique, soit par la stimulation cognitive.

- A quoi tient cette pluridisciplinarité ?

Elle est inhérente aux STAPS dont la plupart des membres de l’équipe sont issus. Dès la première année, l’enseignement couvre un large spectre de disciplines qui vont de la psychologie à la biomécanique, en passant par l’anatomie, la physiologie, la sociologie ou encore l’histoire.

- Revenons au Master 2 qui vise autant à former des chercheurs qu’à initier à la conception innovante…

Oui. A priori, nous étudiants se destinent à la recherche au sein de laboratoires académiques ou de centres de R&D. Loin d’opposer les deux, nous cherchons au contraire à en souligner les complémentarités. Mais pour l’inscrire pleinement dans la dynamique Paris-Saclay et offrir davantage de débouchés aux étudiants, nous y avons fait entrer, à travers une UE, la conception innovante en privilégiant pour le moment deux thématiques : l’optimisation de la performance, par une meilleure connaissance des coordinations entre l’activité cérébrale  (gestion des émotions et gestions des informations sensorielles) et les gestes ou mouvements du corps, d’une part ; le contrôle du mouvement au regard de ses effets sur la santé et le bien-être, d’autre part.

- Pourquoi n’investissez-vous pas le champ de l’ergonomie au travail ?

Un autre Master 2, en Ingénierie et sciences du mouvement humain (ISMH), aborde cet enjeu à travers les interactions Homme/Machine. Cela étant dit, dans les faits, nos étudiants, de par leur parcours, peuvent être amenés à embrasser un spectre bien plus large de problématiques, dont celle-ci.

- A qui s’adressent ce Master ?

A toutes sortes de profils, justement : des étudiants issus de la filière STAPS, bien sûr, mais aussi des kinésithérapeutes (nous sommes en lien avec l’Ecole Nationale de kinésithérapie et de REéducation – ENKRE), des podologues posturologues, des chiropracteurs (nous sommes également en lien avec l’institut Franco-Européen de Chiropractie – IFEC). Bref, un panel très divers de professionnels intéressés par le rôle des émotions dans le contrôle du corps, dans un environnement ou une catégorie de population donnée. Il va de soi que la mixité des promotions concourt à la richesse de la formation.

- Combien d’étudiants accueillez-vous ?

Nous en avons accueilli 15 jusqu’à présent. Nous en prévoyons 25 pour l’an prochain.

- Comment en êtes-vous venus à intégrer la dimension de la conception innovante ?

Le secteur du bien-être et de la santé connaît un boom d’applications numérique, qui ouvrent de nouveaux débouchés ou opportunités pour valoriser leurs connaissances théoriques sur le mouvement du corps. Il nous a donc semblé opportun de les initier aux enjeux de la conception innovante dans leurs domaines d’activité respectifs.

- En quoi consiste cette initiation ?

Elle est, donc, proposée dans le cadre d’une UE appelée conception innovante, programmée à la fin du 3e semestre, le temps de permettre aux étudiants d’acquérir les connaissances théoriques. Cette UE est obligatoire car elle repose sur un travail d’équipe. Comme l’intitulé l’indique, nous en restons au stade de la conception : nos étudiants ne vont pas nécessairement au bout de la démarche (la création d’une start-up). Il s’agit juste de parvenir à quelque chose de suffisamment viable pour le poursuivre s’ils le souhaitent. Afin de les y encourager, leurs projets donnent lieu à une évaluation par un jury auquel participe notamment Pascal Corbel, le Vice-président des Relations entreprises et de la Formation tout au long de la vie au sein de Paris-Sud. Ce dont nous nous réjouissons, car sa connaissance des enjeux de l’innovation et de l’écosystème de Paris-Saclay ne peuvent que bénéficier à nos étudiants.

- Un mot sur Agnès Olivier, à qui vous avez confié l’animation de cette UE…

C’était la personne idoine : Agnès a une expérience non seulement de la recherche fondamentale et appliquée, mais encore de l’entrepreneuriat innovant dans toutes ses dimensions, y compris le brevetage et la propriété intellectuelle (elle a participé à la mise au point d’un casque innovant qui optimise le couplage des mouvements du cheval et du cavalier. En plus de sa formation en neurosciences, elle a fait un Master en management. Initialement, elle nous avait rejoint ici pour poursuivre ses recherches sur le contrôle du mouvement dans ce couplage cavalier-cheval. Compte tenu du nombre d’heures que nous avons dégagées (15 actuellement), l’UE ne peut prétendre être autre chose qu’une initiation. Mais les étudiants sont mis en situation de répondre à l’appel à projets de la SATT Paris-Saclay.

- Et vous-même, qu’est-ce qui vous a prédisposé non seulement à faire dialoguer recherche fondamentale et recherche appliquée, mais encore d’ouvrir à la conception innovante ?

Mes études ne m’y ont pas particulièrement prédisposée. Même à mon époque, pas si lointaine, on n’initiait pas les étudiants à cette conception innovante, encore moins à l’entrepreneuriat innovant. En revanche, mes recherches post-doctorales sur le développement du tout petit, ont donné lieu au dépôt d’un brevet. Je suis loin d’avoir autant attrapé le virus qu’Agnès, mais ce brevet a été un révélateur. Il m’a fait prendre conscience du fait que la recherche toute fondamentale qu’elle soit peut déboucher sur des applications concrètes, valorisables. J’ai aussi pris conscience de l’existence d’un écosystème favorable : la Région d’Ile de France nous avait accordé une subvention de 200 000 euros rien que pour la réalisation des tests.

- Comment la création de l’UE a-t-elle été reçue au sein de votre filière ?

Au moment de la réalisation de la maquette du Master et de cette UE en particulier, force a été de constater l’existence d’un décalage intergénérationnel. L’évolution nécessaire des formations universitaires vers de la recherche et développement a été reconnu par tous. Cependant, pour certains enseignants, ce type d’enseignement semble bien loin de ce qu’ils ont l’habitude de faire et certains ont donc été sceptiques par rapport à notre capacité à porter une telle unité d’enseignement. Mais nous avons recrutés des maîtres de conférences qui se sentent plus disposés à valoriser la recherche et l’entreprenariat dans le cadre des formations universitaires.

- Ce Master aurait-il pu voir le jour dans une autre université ? Dans quelle mesure l’écosystème de Paris-Saclay a-t-il favorisé sa mise en place ?

Il l’a indéniablement favorisée du fait de l’émulation collective qu’on y éprouve pour l’innovation. Comme je le disais, l’UE a eu le soutien de Pascal Corbel et elle met les étudiants en situation de répondre à l’appel à projet de la SATT Paris-Saclay. Bref, nous avons le sentiment d’avancer tous dans la même direction et c’est plutôt stimulant. Suite de notre découverte de ce Master 2 et de son UE en conception innovante, à travers le témoignage d’Agnès Olivier.

A lire aussi l’entretien avec Agnès Olivier (pour y accéder, cliquer ici).

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