Solar Mapper ou l’IA au service du photovoltaïque. Entretien avec Gilles Poulain

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Accélérer le déploiement d’installations photovoltaïques pour les particuliers en fournissant une estimation précise et rapide du potentiel d’énergie solaire de leurs lieux d’habitation, telle est la vocation de Solar Mapper, un outil innovant mis au point conjointement par Total et Google Cloud. Chef de projet R&D chez Total, dans le domaine de l’IA appliquée à l’énergie et à l’environnement, Gilles Poulain nous en dit plus, y compris sur la contribution de l’écosystème Paris-Saclay à la mise au point de cet outil.

- Si vous deviez pitcher Solar Mapper ?

C’est un outil d’intelligence artificielle, qui permet d’estimer le potentiel solaire de n’importe quelle habitation dans le monde. Des outils existent déjà, mais Solar Mapper utilise de nouveaux algorithmes d’intelligence artificielle qui offrent de meilleurs résultats en améliorant notamment : la qualité des données extraites des images satellitaires ; la finesse de l’estimation du potentiel solaire ; la pertinence de la technologie à installer ; enfin, la couverture géographique globale de l’outil. Pour s’en tenir au cas de la France, Solar Mapper en assure une de plus de 90 %. Grâce à lui, un plus grand nombre de personnes pourront ainsi évaluer le potentiel solaire de leurs lieux d’habitation avec plus de précision qu’auparavant. Maintenant, nous, Total, allons pouvoir déployer plus rapidement des panneaux solaires pour fournir aux clients une énergie solaire plus abordable et plus disponible.

SolarMapperPaysage- Pour le mettre au point, vous vous êtes donc associé à Google Cloud. Comment en êtes-vous venu à vous rapprocher de cet acteur du numérique ?

Nous interagissions depuis quelques années avec Google, acteur incontournable dans le secteur du numérique et de l’IA. La filiale Total Direct Energie recourt déjà à sa solution Google SunRoof, qui permet de simuler le coût, le rendement et la production de panneaux solaires sur un toit. Nous souhaitions aller plus loin en combinant notre propre expertise dans l’énergie solaire à celle de Google Cloud en intelligence artificielle et en bases de données. Nous avons donc pris l’initiative de prendre contact avec les équipes Google à Paris. Les choses sont ensuite allées très vite puisque la nouvelle offre a été développée en seulement six mois.

- Où en êtes-vous dans son déploiement ?

Une réflexion est engagée sur un plan plus marketing et commercial pour déterminer la meilleure façon de mettre cet outil à disposition des particuliers, dans une logique B2C, donc. Une application B2B, dédiée aux installations industrielles et commerciales, est envisagée dans une seconde étape.

SolarMapper2Paysage- Qu’est-ce qui vous a prédisposé vous-même à participer à cette aventure ?

Pour ma part, je ne viens pas du monde numérique, mais des énergies renouvelables, le solaire en particulier. J’ai consacré ma thèse aux « procédés laser pour la réalisation de cellules photovoltaïques en silicium à haut rendement » (sous la codirection de Danièle Blanc et de Mustapha Lemiti) à l’INSA Lyon. Chemin faisant, j’ai élargi mes centres d’intérêt : des matériaux et des procédés pour concevoir de nouvelles cellules, aux études de fiabilités puis à la prédiction du productible. Quant à l’IA, j’y suis venu naturellement, en y voyant notamment un moyen d’automatiser à grande échelle l’identification des zones à plus forts potentiels.

- Quelle a été la contribution de l’écosystème Paris-Saclay au développement de Solar Mapper ?

Une contribution majeure puisque ce sont nos équipes numériques installées dans les locaux de Nano Innov, sur le plateau de Saclay, qui ont été mobilisées tandis que Google Cloud a détaché ses propres ingénieurs auprès d’elles. Il en a été du moins ainsi jusqu’à ce que le contexte de crise sanitaire ne change la configuration de notre collaboration : confinement oblige, nous avons davantage travaillé en distanciel. Le chemin qui a conduit à cette solution n’en doit donc pas moins beaucoup aux compétences mobilisées sur le plateau de Saclay par Total dans le domaine du numérique et du solaire (à travers l’IPVF dont il est partenaire).

- Que Solar Mapper soit pour une large part made in Paris-Saclay peut donner des motifs de fierté. Mais si cela se trouve, votre solution mettra en évidence le fait que Paris-Saclay n’est pas forcément le territoire le plus approprié pour y promouvoir le photovoltaïque…

C’est vrai que si nous devions nous fixer des priorités, nous ne commencerions pas par le plateau de Saclay, mais par le sud de la France. Cela étant dit, le photovoltaïque n’est pas nécessairement réservé aux zones les plus ensoleillées. Je suis moi-même surpris de constater que des zones qualifiées a priori de tempérées atteignent des niveaux de production d’énergie solaire qui sont loin d’être négligeables. C’est dire si un outil comme Solar Mapper peut être utile en révélant des zones plus pertinentes qu’on le pense, du moins dans la perspective d’une autoconsommation. D’ailleurs, pour en revenir au plateau de Saclay, il compte déjà de nombreuses installations solaires, des panneaux tests et des ensembles pour évaluer les différentes technologiques, avec des résultats plus que probants.

- Plateau de Saclay que vous connaissiez déjà vous-même avant de vous investir dans ce projet Solar Mapper ?

Oui, entre fin 2012 et fin 2017, je faisais déjà partie de l’équipe de recherche Total/SunPower réunie sur le campus de Polytechnique. Et depuis que j’ai rejoint les équipes R&D numérique de Total en mars 2019, je travaille dans son centre de R&D de Paris-Saclay.

- Quel regard posez-vous sur cet écosystème ? Vous inspire-t-il des réserves ?

Non, je n’ai pas de réserves particulières. Je suis même plutôt content de travailler à Paris-Saclay. Cela fait maintenant huit ans que je fréquente cet écosystème, ce qui m’a permis d’en suivre les évolutions. On ne peut qu’être frappé par les changements intervenus en l’espace de quelques années. Il y a indéniablement une nouvelle dynamique, avec de plus en plus d’étudiants, de plus en plus chercheurs. Et ce n’est pas fini puisque d’autres établissements d’enseignement supérieur et de recherche sont en construction ou à venir. Être ici offre la possibilité d’établir facilement le contact avec d’autres chercheurs, travaillant sur le numérique ou l’énergie solaire, qu’ils soient de l’Institut polytechnique de Paris ou de l’Université Paris-Saclay, ou d’autres centres de R&D. La proximité géographique, ajoutée au fait que nous partageons des intérêts communs pour la transition énergétique, facilite les interactions informelles par delà nos institutions d’appartenance.

- Est-ce que dans vos interactions avec vos interlocuteurs de Google, il vous est arrivé de leur parler de cet écosystème voire de les convaincre de s’y implanter ?

Oui, bien sûr, moi comme mes autres collègues de Total leur en parlons, non sans en vanter les mérites : de toute évidence, Paris-Saclay est un des catalyseurs les plus prometteurs de la R&D française. Manifestement, ils en sont eux-mêmes déjà convaincus, en lui trouvant même des traits de ressemblance avec les campus américains. Comme je l’indiquais, ils l’ont expérimenté et s’y sont même rendus chaque jour par les transports en commun, du moins jusqu’au premier confinement. Et je crois qu’ils en ont eu une bonne expérience. De là à dire qu’ils quitteraient volontiers le centre de Paris pour venir sur le plateau, je ne me risquerai pas à faire ce pronostic (rire).

 

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