Sirius, nouvelle étoile dans l’univers des accélérateurs (1)

L'équipe du LSI ( de gauche à droite : B. Boizot, V. Métayer, J. Losco, P. Le Houedec) © École Polytechnique, P. Lavialle
L'équipe du LSI ( de gauche à droite : B. Boizot, V. Métayer, J. Losco, P. Le Houedec) © École Polytechnique, P. Lavialle.
Le 19 novembre dernier, le Laboratoire des Solides Irradiés (LSI, sous la tutelle de l’École polytechnique, du CEA et du CNRS) inaugurait son système d’irradiation, unique au monde de par les capacités de mesure in situ des effets de l’irradiation des matériaux.

Sirius ? Pour les astronomes comme les communs des mortels, c’est l’étoile la plus brillante du ciel et, à ce titre, parmi les plus étudiées. Mais pour les physiciens spécialistes des irradiations, c’est en passe d’évoquer d’abord le « Système d’IRradiation pour l’Innovation et les Utilisations Scientifiques », le nouvel accélérateur d’électrons, inauguré le 19 novembre dernier, au Laboratoire des Solides Irradiés (LSI), sur le campus de l’École polytechnique.

Un système unique au monde car, comme l’explique Bruno Boizot, chef de projet, il permet, grâce à un procédé d’irradiation aux électrons, à forts courants et à basses températures, de suivre en temps réel les défauts créés sous irradiation dans les matériaux et les nouvelles propriétés qui en résultent.

Le LSI, qui a rejoint EMIR, le réseau national d’accélérateurs pour les Études des Matériaux sous IRradiation, devrait ainsi accueillir des équipes de recherche françaises, mais aussi étrangères. Déjà, les demandes affluent, notamment du Japon et de la Pologne.

Si l’inauguration du 19 novembre dernier n’a pas marqué l’entrée en phase opérationnelle (l’accélérateur est encore en phase de tests et de réglage), elle constitue une étape décisive d’un projet dont la genèse remonte à 2007. Cette année-là, la Région Ile-de-France s’engage à cofinancer l’acquisition d’un nouvel accélérateur, dans le cadre des appels à projet Sésame, aux côtés du CEA et de l’École polytechnique. Trois ans plus tard, le LSI accueillait les divers composants de l’accélérateur. En avril 2011, débutait la phase de test. Soit à peine quatre ans plus tard. Un laps de temps relativement bref quand on songe aux multiples procédures administratives et réglementaires auxquelles le projet a été soumis dans ses phases successives.

Pour assurer la mise en place, la maintenance et l’accueil, Sirius s’appuie sur une équipe de cinq personnes. Outre son chef de projet (et responsable de l’installation), déjà cité :

- un ingénieur sécurité, responsable du bureau d’études (Patrice Le Houedec).

- un technicien (Vincent Métayer) qui, en plus de participer à l’accueil, assure le montage des manipulations, la maintenance et la sécurité. C’est lui qui a effectué le zonage de protection radiologique de l’installation, en déterminant ce qui devait être classé en zones contrôlée, surveillée ou non réglementée.

- un ingénieur cryogéniste (Jérôme Losco), c’est-à-dire à même de « fournir aux équipes du laboratoire des prototypes de réfrigérateurs pouvant descendre à des températures extrêmement basses (proches du zéro absolu, soit -273°) ».

- un responsable d’atelier de mécanique (Thierry Pouthier), qui assurait déjà le lien entre les chercheurs du Laboratoire et la réalisation des manipulations, sur le premier accélérateur du LSI.

Enfin, une administratrice, Isabelle Taquin, à laquelle est revenue la lourde tâche de gérer « le budget sur les comptes des trois tutelles (…) en tirant la sonnette d’alarme lorsqu’on risquait de manquer de moyens » comme elle l’explique sur la plaquette présentant non sans humour l’ensemble de l’équipe. Laquelle, compte tenu de la montée en charge de Sirius, sera renforcée au cours du premier trimestre 2013 par l’arrivée d’une 6e personne, en l’occurrence d’un ingénieur d’études employé par l’École polytechnique.

Lors de notre visite, des membres de l’équipe – Jérôme Losco et Vincent Métayer – se montraient particulièrement disponibles. Il est vrai que ce jour-là, la « machine » était en panne. Une pièce devait arriver incessamment sous peu des Etats-Unis. Mais l’un comme l’autre en ont vu d’autres. Le premier a dû faire face à une panne du groupe de compression annexe associé à un de ses prototypes suite à une… fuite d’huile. Il lui a fallu  dénicher à travers l’Europe le technicien capable de réparer ce genre de compresseur. En l’occurrence un ancien mécanicien du secteur automobile de compétition… Quant au second, il a dû des jours durant démonter et brosser le tank de l’accélérateur après la découverte d’une fuite d’eau qui rendait impossible le fonctionnement (cette partie de l’accélérateur doit rester absolument à sec !). A l’approche du jour J, on les sent encore fébriles, mais sur le point d’irradier… de joie.

 

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