Retour sur l’exposition dédiée aux 70 ans de l’ONERA

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A l’occasion des journées européennes du patrimoine des 17 et 18 septembre dernier, le site de Palaiseau de l’ONERA ouvrait ses portes le temps d’une exposition conçue pour célébrer les 70 ans de cet organisme de recherche méconnu et pourtant majeur dans le domaine de l’aéronautique et l’aérospatial. Voici un rappel de ce qu’on pouvait y voir et, pour ceux qui n’ont pu s’y rendre, les dates des séances de rattrapage : itinérante, l’exposition sera en effet accueillie par d’autres sites de l’ONERA d’ici la mi-décembre.

Quel point commun y a-t-il entre le Rafale, Airbus et Ariane ? La réponse est évidente et vient d’ailleurs spontanément à l’esprit : ce sont des objets volants. Soit. Mais ce sont aussi les fruits d’autant de programmes de recherche ayant impliqué des équipes de l’ONERA, un organisme de recherche créé voici soixante-dix ans, qui s’intéresse aussi à tout ce qui permet d’observer ce qui vole… ou pas (radar, imagerie Laser 3D,…). On s’étonne que cet acteur de la recherche publique, qui emploie pas moins de 2 000 personnes en France (dont près de 250 doctorants) ne soit pas plus connu. D’un autre côté, rien que de plus normal : l’ONERA est sous la tutelle du ministère de la Défense, plus enclin, comme le sait, à perpétuer la tradition de la grande muette. Sans compter que son site de Palaiseau est aménagé dans d’anciennes fortifications héritées du XIXe siècle…. Pourtant, bien des recherches menées par ce même organisme ont des implications sur notre quotidien et intéressent d’ailleurs des acteurs du secteur civil.

L’exposition conçue à l’occasion de ses 70 ans et que le public pouvait découvrir à l’occasion des dernières journées européennes du patrimoine (du moins le dimanche, la veille étant réservée aux salariés et à leur famille), en plus de la visite de laboratoires, en apportait une démonstration à travers une quinzaine de stands enrichis de maquettes et de vidéos, correspondant à autant de programmes de recherche. A savoir :

- le Rafale, dont 160 campagnes d’essais, découvre-t-on ont été menées dans les souffleries de l’ONERA ;

- l’imagerie Laser 3D, qui permet de voir de nuit, par tous temps, à travers la végétation, des objets de l’ordre de quelques centimètres jusqu’à 10 km. «  On peut ainsi voir une cigarette allumée à 7k de distance » est-il encore précisé ;

- le Radar ROS, radar à onde de surface : un autre domaine de recherche, couvert conjointement avec la DGA et qui permet à la France de faire partie des sept puissances mondiales dans ce domaine (avec les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Angleterre, le Canada et Israël) :

- les avions Airbus : 5 500 heures d’essais ont été menées dans les souffleries de Modane-Avriueux et du Fauga-Mauzac rien que pour le A380 ;

- la pale d’hélicoptère ERATO, qui permet un gain de 6 décibels sur le rotor isolé, sans nuire aux autres performances ;

-  Cicav, un programme visant à évaluer la faisabilité d’une aile volante.

Naturellement, l’ONERA s’est mis à l’heure des drones et ce, depuis… un quart de siècle. Grâce à ses sites d’essais dédiés, il a pu mener une cinquantaine de projets, mobilisant pas moins de 200 chercheurs. Jusqu’à trois programmes ont été mis en exergue dans le cadre de l’exposition : Dropter (autour de drones qui se reconfigurent en cas d’aléas), Terriscope (des drones au service des territoires) et Angelas (en vue de stopper la menace de drones malveillants).

De l’aéronautique à l’aérospatial, il n’y a qu’un pas (ou presque…), que l’ONERA a également franchi dès sa création, en 1947, en travaillant sur l’accessibilité à l’espace puis sur Ariane, dès 1962. Un engagement ancien qui se prolonge aujourd’hui avec le programme EOLE, un lanceur réutilisable de petits satellites.

Des programmes de recherche très variés, comme on le voit, menés de surcroît dans la longue durée (le programme Rafale, par exemple, a débuté au milieu des années 80). Sans attendre leur achèvement, d’autres ont été lancés en vue de préparer l’avenir, en relevant notamment le défi de la transition énergétique, et là encore pour une durée indéterminée. Citons-en deux, également objet d’un stand :

- Ampère, un avion régional à propulsion électrique répartie, dédié à la mobilité à la demande avec un pilotage fortement assisté ;

- et Nova, le moyen-courrier du futur, qui permettrait, lui, d’économiser 15 à 20% de consommation de carburant par rapport aux derniers modèles d’avions moyen-courriers tels que l’A320 Néo.

Cet engagement dans la durée est un argument de poids en faveur du maintien d’une forte implication de l’Etat dans le financement de la recherche, commentait-on dans les allées de l’exposition. Argument qui n’empêche pas au demeurant des financements privés. De fait, le budget de l’ONERA est à 50% financé par des partenariats avec le secteur privé.

Au-delà des enjeux financiers, nous ne pouvions pas nous empêcher de nous interroger sur les implications de cette inscription dans la durée au regard des ressources humaines. On devine en effet l’intérêt de disposer de compétences d’ingénieurs expérimentés et de pouvoir les préserver. Mais en est-il toujours ainsi ? Ne dit-on pas que les jeunes ingénieurs sont moins enclins à faire toute leur carrière dans le même organisme ? Une réalité qui n’épargne pas l’ONERA mais que la DRH présente à l’occasion de notre visite, a relativisé doublement : en considérant, d’abord, que dans le cas de cet organisme de recherche, le turn over restait relativement faible ; en considérant, ensuite, que le départ d’ingénieurs pour d’autres horizons professionnels pouvait somme toute contribuer à l’essaimage de la « culture » ONERA au sein d’autres organismes de recherche.

Mais revenons à notre exposition et à son contenu. Au-delà des programmes de recherche, l’ONERA, c’est aussi de grandes souffleries, dont une installée dans le site de Palaiseau, que les industriels de l’aéronautique européens ont en 2012 reconnues comme stratégiques. De fait, même à l’heure du numérique et de la conception 3D, elles présentent l’intérêt de 1) réduire la durée et donc le coût d’un programme de développement ; 2) d’optimiser les performances d’un appareil, enfin, 3) de préparer ses premiers vols.

Voilà pour un simple aperçu de cette exposition, qui n’a fait que conforter notre intérêt suscité par notre première visite du site de Palaiseau, effectuée à l’occasion de l’entretien que sa directrice, Bénédicte Fighiera, nous a accordé (pour y accéder, cliquer ici).

Que celles et ceux qui n’ont pu découvrir cette exposition, ne s’inquiètent pas. Des séances de rattrapage sont prévues. Itinérante, l’exposition sera, en effet, présentée dans d’autres sites de l’ONERA :

- Modane (Saint-Jean-de-Maurienne), du 23 au 28 septembre ;

- Salon de Provence, les 4 et 5 octobre ;

- Lille, les 13 et 14 octobre ;

- Toulouse (Quais des Savoirs), du 18 novembre au 11 décembre.

Bonne visite !

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