Retour sur les Smart Days 2017. Entretien avec Stéphane Parpinelli

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Réalité virtuelle et augmentée, d’une part, impression 3D, d’autre part. Telle était la double thématique de la 4e édition des Smart Days, qui s’est tenue le 10 novembre dernier, sur le site Challenger de Bouygues Construction. Responsable du réseau d’innovation Open’Ynnov, au sein de la CCI Versailles-Yvelines, et animateur de l’événement, Stéphane Parpinelli nous livre les enseignements qu’il en tire, non sans nous en dire plus sur l’Open’Connect Lab, lancé à cette occasion.

- A voir, pour commencer, l’affluence qu’a connue cette édition, on peut a priori parler de succès…

Oui, en effet ! Au total, nous avons enregistré pas moins de 370 participants, soit encore un peu plus que l’an passé (près de 330). Avec une forte audience le matin pour assister aux conférences et aux démonstrations. Mais de nombreux participants sont restés l’après-midi pour les rencontres B2B qualifiées.

- Le tout dans un cadre qui s’est révélé adapté : Challenger, le site de Bouygues Construction, à Saint-Quentin-en-Yvelines…

SmartDays2017Portrait2Les deux éditions précédentes avaient été organisées sur le campus d’HEC, à Jouy-en-Josas. Le cadre était parfait, mais nous souhaitions manifester notre volonté de nous rapprocher davantage des entreprises et il nous a semblé que la meilleure façon de le faire était d’organiser les Smart Days sur le site d’un grand groupe. Beaucoup se sont dit prêts à nous accueillir, mais sans avoir nécessairement les capacités d’accueil dont disposait Bouygues Construction sur son site Challenger. Reconnaissons qu’elles sont proprement remarquables : en plus d’un magnifique amphithéâtre, nous avons pu disposer d’un auditorium, sans compter le hall mis à disposition pour les démonstrations et l’espace de restauration pour les besoins des rencontres BtoB.
Le choix de ce site s’est révélé d’autant plus judicieux que Bouygues Construction est déjà très impliqué dans les différentes thématiques dont nous traitions : tandis que son responsable Open Innovation et Réalité virtuelle, Roland Le Roux, a témoigné de la manière dont le groupe intégrait celle-ci dans la conception et la construction des bâtiments, son directeur R&D Modes Constructifs du Bâtiment, Bruno Lineatte, a présenté les premiers usages de l’impression 3D dans la construction d’une maison.
Une double illustration, au passage, du fait que ces technologies irriguent de plus en plus de secteurs, y compris les moins attendus de prime abord. Bouygues Construction est si bien avancé qu’il s’est même saisi de la problématique de l’impact de ces technologies sur ses métiers et leurs évolutions, non sans souligner aussi leurs bienfaits au regard des conditions de travail. Ce faisant, c’est bien le monde du BTP que Bouygues Construction est en passe de transformer en s’appropriant en même temps les technologies de la réalité virtuelle et augmentée, et de l’impression 3D.

- Et sur le plan du contenu, quels enseignements tirez-vous des Smart Days 2017 tant au regard de la réalité virtuelle/augmentée que de l’impression 3D ?

Sur la réalité virtuelle, d’abord. Force est de constater qu’elle est en voie de démocratisation, ce qui se traduit par une démultiplication des usages. Il y a encore une vingtaine d’années, les équipements disponibles, à commencer par les casques, étaient encore très coûteux et, donc, peu accessibles. La puissance de calcul n’avait guère à voir non plus avec ce qu’elle est aujourd’hui. L’arrivée sur le marché des GAFA (Facebook et Google) ou de marques comme HTC et Samsung ont permis la diffusion d’équipements plus puissants et à des prix plus abordables. Aujourd’hui, tous les usages qu’on pressentait pour l’aide à la commercialisation, à la construction conception ou encore à la formation, se répandent enfin.
La situation est un peu différente pour la réalité augmentée : la technologie est, il est vrai, plus récente et donc pas au même niveau de maturité. Même si on voit émerger des standards de facto comme HoloLens de Microsoft, les industriels en sont encore à s’approprier cette technologie à travers des tests ; son intégration massive dans leur process prendra encore plusieurs années. Quoi de plus normal. Il importe de ne pas se précipiter. Grégory Maubon, le président de l’Association RA’Pro ne disait pas autre chose dans son intervention : il faut avant tout identifier le problème à résoudre et, pour ce faire, tester la solution. C’est en avançant pas à pas que les entreprises, petites et grandes, pourront prendre la mesure du potentiel de la réalité augmentée.
J’ajoute que, dans un cas comme dans l’autre, le matériel ne fait pas tout. Encore faut-il du contenu ! C’est d’autant plus important que c’est lui qui facilitera son appropriation par les industriels. A quoi bon des casques s’il n’y a pas de logiciels adaptés aux besoins des entreprises ? Mais nous avons de bonnes raisons d’être optimistes : dans les toutes prochaines années, nous allons assister à l’arrivée sur le marché d’applications, qui vont encore faciliter la création de contenu pour les casques comme pour les lunettes numériques et du même coup l’appropriation de ces équipements.

- Quels enseignements tirez-vous à propos de l’autre volet de cette édition des Smart Days, à savoir l’impression 3D ?

De cette impression 3D, on parle aussi beaucoup, en laissant entendre qu’elle est pour demain. Les intervenants nous ont fait comprendre qu’on n’y était pas encore, en tout cas pour la production de pièces à haute criticité, c’est-à-dire, exigeant un haut niveau de garantie quant à leur résistance. Plusieurs industriels parviennent à produire des pièces et à les certifier (c’est le cas de Safran ou d’Ariane Group), mais elles sont en nombre limité et ne sont pas toutes à haute criticité. Les efforts devront porter sur les processus de fabrication imposés par les machines d’impression, lesquels ne progresseront que par la nécessaire rencontre d’expertises multiples. Ce que disait bien Thierry Thomas, le directeur de Safran Additive Manufacturing, en insistant sur le besoin d’une approche transdisciplinaire de la fabrication additive métallique (celle qui concerne au premier chef les industriels). C’est aussi en cela que l’écosystème Paris-Saclay devient attractif : car on y trouve aussi bien de l’expertise technique, notamment dans la science des matériaux, la mécanique et le numérique. Autant de disciplines qui, croisées, permettront d’améliorer les processus de fabrication additive au sein de l’industrie.

- Au final, une même conviction ressortait des différents témoignages, à savoir la nécessité d’une approche pragmatique : tous vos intervenants reconnaissent l’intérêt de ces diverses technologies, mais en soulignant la nécessité de rester lucide quant aux freins à lever et de s’entourer d’autres compétences, tout en avançant pas à pas…

En effet. Comme vous avez pu le constater, aucun intervenant n’a prétendu détenir « La » solution. Tous ont au contraire manifesté une volonté d’avancer avec pragmatisme, en fonction des problématiques propres à leur industrie. Loin de nous infliger des exposés, ils étaient dans le dialogue, n’hésitant pas à rebondir sur ce que disaient d’autres intervenants. Ce qui a rendu le temps des conférences d’autant plus appréciable.

- Sachant que la vocation des Smart Days est de faire entendre tout autant la voix des grands industriels que celle des PME. Mission remplie de ce côté-là ?

SmartDays2017PaysageOui, c’est effectivement la vocation des Smart Days que de réunir toutes les entreprises du territoire concernées par la thématique et quelle qu’en soit la taille ou même la spécialité. La présence de grands comptes aux côtés d’une kyrielle de PME permet toujours de déboucher sur des échanges fructueux.
Et, oui, j’ai ce sentiment que la mission a de nouveau été remplie. Il a suffi d’ailleurs de voir l’animation autour de l’espace des démonstrations assurées par Airbus (sur la réalité augmentée), Segula Technologies (idem) ou encore Prodways (sur l’impression 3D)… Il a été très fréquenté par les représentants de PME, preuve manifestement d’une prise de conscience de leur part quant à la nécessité de se mettre à l’heure de ces technologies. Preuve aussi, permettez-moi de le dire au passage, du rôle d’acculturation des Smart Days…

- J’allais y venir ! Il s’agit bien plus que d’une simple convention d’affaires : un temps est prévu pour les rencontres BtoB, mais les visiteurs ont aussi l’opportunité de découvrir des technologies innovantes…

SmartDaysPaysage2Oui, si la thématique change d’une année sur l’autre (pour mémoire, nous avions l’an passé traité de l’open innovation), en revanche cette ambition d’acculturer aux technologies les PME demeure. Cela fait partie de notre ADN. Chaque année, nous leur permettons donc d’en découvrir de nouvelles, mais aussi les enjeux qu’elles recouvrent en termes d’appropriation et d’apprentissage, de réorganisation des process, de partenariats avec les grands comptes, etc.

- Cette édition a été marquée aussi par le lancement officiel de l’Open’Connect Lab. Comment l’idée de ce nouveau dispositif s’est-elle imposée ?

Après deux ans d’animation de la communauté Open’Ynnov, les PME et les start-up qui en font partie ont eu tendance à nous solliciter de manière informelle, pour que nous les aidions à identifier des industriels qui seraient prêts à tester leurs solutions, afin de faciliter leur mise sur le marché. Demandes auxquelles nous répondions volontiers car cela correspondait bien à notre mission de maillage des acteurs du territoire, mais nous procédions au cas par cas et pour tout dire de manière artisanale, en essayant d’identifier l’industriel idoine. Jusqu’à ce que nous éprouvions le besoin de répondre de manière plus organisée à ce genre de sollicitation. C’est ainsi qu’est née l’idée d’Open’Connect Lab. Open parce que c’est ouvert à tous les entreprises, petites et grandes ; Connect parce qu’il s’agit bien de connecter des acteurs qui n’ont pas autant d’opportunités que cela de se rencontrer ; enfin, Lab, pour souligner l’accent mis la possibilité d’expérimenter.
Pour le dire autrement, Open’Connect Lab consiste à faciliter l’expérimentation des solutions innovantes portées par des start-up ou des PME au sein de grands groupes que nous identifions parmi les membres du club des grandes entreprises du territoire, animé par notre CCI. En sens inverse, ces grandes entreprises ont la possibilité d’explorer de nouvelles idées voire solutions, autour d’une thématique donnée, avec le concours d’entreprises innovantes, PME ou start-up. Pour nous, Open’Connect Lab est ainsi l’occasion de dépasser la relation strictement institutionnelle que nous pouvions avoir avec ces grandes entreprises, pour rentrer dans une relation plus opérationnelle.

- Trois grands groupes ayant déjà manifesté un intérêt…

Oui, il s’agit d’Enedis, de Renault et de Segula Technologies, chacune de ces entreprises ayant proposé une thématique tout en pouvant manifester un intérêt commun – c’est par exemple le cas de Renault et de Segula Technologie qui s’intéressent aux exosquelettes en cherchant à mieux comprendre le design symbiotique entre l’homme et la machine.

- Envisagez-vous d’élargir le cercle des partenaires ?

Oui bien sûr. Au plus nous aurons de partenaires industriels, au plus nous disposerons d’opportunités pour tester des solutions de PME ou de start-up et animer le tissu qu’elles forment sur le territoire. Plusieurs grandes entreprises ont déjà manifesté leur intérêt suite à la présentation qui en a été faite aux Smart Days. Nous sommes en pourparlers avec deux industriels, intéressés par la perspective qu’offre Open’Connect Lab de travailler plus étroitement avec leur écosystème. Il est encore trop tôt pour divulguer leurs noms, mais vous ne manquerez pas d’en être informé dès qu’un accord sera conclu !

- A vous entendre, on comprend qu’Open’Connect Lab n’est pas la simple transplantation d’un concept venu d’ailleurs, mais découle et a même été rendu possible par la relation de confiance qui s’est nouée au fil du temps à travers des dispositifs antérieurs (Open’Ynnov, Challeng’Ynn,…)…

C’est tout à fait cela et je vous remercie de le relever. Open’Connect Lab n’aurait pas pu voir le jour sans ces deux années de travail sur le terrain. Il doit beaucoup à l’expérience que nous avons acquise dans la connexion d’acteurs (grands comptes, start-up et PME), qui ne se connaissent pas assez et qui gagneraient pourtant à travailler ensemble. Open’Ynnov nous a permis de cerner des besoins, notamment en matière d’expérimentations : des PME et start-up ont des solutions technologiques, mais pas de terrains où les tester avant leur mise sur le marché. Cette dimension de l’expérimentation est fondamentale, a fortiori dans une logique d’open innovation : avant de commercialiser sa technologie, il faut pouvoir la tester en conditions réelles.

- Ajoutons qu’Open’Connect Lab est une initiative portée par la CCI Versailles-Yvelines, qui illustre au passage une nouvelle fois sa capacité à innover, et qui ne s’en inscrit pas moins dans l’écosystème de Paris-Saclay…

Oui, nous nous inscrivons dans l’écosystème de Paris-Saclay et l’assumons à 200% ! Les Yvelines participent à l’OIN de Paris-Saclay. Il n’y a donc pas lieu de s’enfermer dans les frontières administratives de ce département. D’autant moins qu’elles n’ont pas toujours de sens pour les acteurs économiques, qui se déploient à de plus grandes échelles. J’ajoute que les Yvelines comptent de nombreux grands groupes, qui pourraient intéresser les start-up incubées du côté de l’Essonne. Nous ne demandons donc qu’à faire en sorte que ces deux mondes puissent se rencontrer. En cela nous sommes bien en phase avec les industriels présents sur le territoire yvelinois : tout en témoignant d’un intérêt pour les dispositifs que la CCI Versailles-Yvelines met en place, tous raisonnent à l’échelle de Paris-Saclay.

Pour en savoir plus sur…

… Open’Connect Lab, cliquer ici.

… Open’Ynnov, cliquer ici.

A lire aussi l’entretien que Gérard Bachelier, Président de la CCI Versailles-Yvelines nous avait accordé en amont de l’événement (pour y accéder, cliquer ici).

Crédit des photos : Thierry Foulon – CCI Versailles-Yvelines.

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