Retour sur les Entretiens Enseignants-Entreprises 2015

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Pour la première fois, les entretiens enseignants-entreprises, organisés à l’initiative de l’Institut de l’entreprise, se déroulaient à Paris-Saclay, sur le campus de Polytechnique avec pour thème, cette année, « le travail demain ». Nous y étions, enchaînant deux jours durant conférences plénières et tables rondes. Premières impressions.

Pas moins de deux ministres qui font le déplacement – Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Education nationale, et Thierry Mandon, Secrétaire d’Etat en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Assurément, les Entretiens Enseignants-Entreprises (EEE), organisés à l’initiative de l’Institut de l’Entreprise, sont devenus « incontournables ». Il est vrai que leur succès ne se dément pas, avec, cette année, près de 500 inscrits : des enseignants du secondaire – en sciences économiques et sociales, mais aussi en gestion, en histoire-géographie -, de classes préparatoires et de l’université, venus des quatre coin de France, pendant deux jours. Sans compter les 80 intervenants dont nombre de personnalités : des économistes - un professeur, élu l’an passé au Collège de France, Philippe Aghion ; un expert reconnu, Patrick Artus (il dirige la recherche et les études de Natixis), etc. – mais aussi des représentants du monde de l’entreprise – aussi bien des syndicalistes que des dirigeants à commencer par Xavier Huillard, Président directeur général de Vinci, particulièrement assidu malgré les charges qui, comme on l’imagine, pèsent sur son agenda (Vinci totalise plus de 180 000 salariés dans le monde et près de 39 milliards de chiffre d’affaires…). Il est vrai qu’il préside aussi l’Institut de l’entreprise. Autre signe de succès : l’animation de tables rondes par des personnalités du petit écran, de la presse ou de la radio (les ateliers étant, eux, animés, par des enseignants).

Bref, Béatrice Couairon, la cheville ouvrière de ces «  EEE », que nous avons interviewée pour les besoins du site Média Paris-Saclay (pour accéder à l’entretien, cliquer ici) pouvait  être soulagée à l’issue des deux journées. Non que l’événement ait eu encore à faire ses preuves, mais pour cette édition (la 4e à son actif), il se tenait pour la première fois sur le campus de Polytechnique, à Paris-Saclay. Forcément, la question se posait de savoir si ce lieu se révélerait aussi adapté que le précédent (le campus de Veolia de Jouy-le-Moutier, dans le Val d’Oise) pour le bon déroulement des séances mais aussi en termes de convivialité. A voir l’ambiance qui régnait pendant ces deux jours, la réponse est affirmative. En plus du vaste amphithéâtre Poincaré (d’une capacité de 780 personnes), où se déroulaient les conférences plénières, plusieurs salles étaient mises à disposition pour les ateliers thématiques. Sans compter la vaste cantine de l’X où les participants ont pu se restaurer sans difficulté. Malgré les distances à parcourir, ceux-ci ont semblé s’être approprié le nouveau lieu de leur université d’été. Ce qui n’était pas évident quand on connaît son étendue ! Ils pouvaient cependant compter sur les élèves de BL du lycée Jacques Amyot de Melun pour les aiguiller avec le sourire (qu’ils en soient d’ailleurs remerciés au passage).

Vous avez dit travail, demain ?

Mais, au fait, le travail de demain, à quoi ressemblera-t-il donc ? Difficile de se faire encore une idée tant les contributions étaient riches et diverses, traitant aussi bien de l’impact de la robotique que du numérique, des politiques de l’emploi, de lutte contre le chômage, de formations, aussi bien initiales que tout au long de la vie.

Surtout, autant le reconnaître, les Entretiens n’ont pas toujours dissipé le malentendu en traitant indifféremment du travail et de l’emploi (sinon de marché du travail et de marché de l’emploi). Or, est-il besoin de le rappeler, ces deux notions ne se recoupent pas totalement. Quiconque peut très bien travailler sans exercer un emploi comme l’illustrent ceux qui s’adonnent à des activités domestiques ou bénévoles. Que dire des élèves et autres étudiants de nos enseignants ! Peut-être que d’ailleurs la valorisation de ces activités non salariées permettraient-elles aux sans-emplois de ne pas se sentir stigmatisés au prétexte qu’ils seraient au chômage (ou pas encore actifs, au sens de l’Insee).

De chômage, il en fut donc question, mais dans une perspective souvent pessimiste au point de donner l’impression qu’on était en présence de bien plus qu’un problème social : d’une maladie, dont il faudrait coûte que coûte guérir ! Certes, comme l’ont bien suggéré des intervenants, chiffres et études à l’appui, on a d’autant moins de chance de recouvrer un emploi que la situation de chômage s’éternise. Mais ce risque mis à part, une période de non activité professionnelle, ne peut-elle être mise à profit pour suivre une formation, faire le point sur son cursus ? C’est ce que suggéraient utilement les travaux autour des « marchés transitionnels du travail », menés en France par Bernard Gazier, mais dont il ne fut guère question au cours des Entretiens. Que dire des perspectives offertes par l’auto-entrepreneuriat, qui permet d’exercer une activité tout en étant salarié ou même chômeur. Sans compter celles du numérique, qui ménagent désormais la possibilité de monétiser, via des plateformes et des applications mobiles, des activités que l’on exerçait jusqu’ici à titre gratuit ou bénévole. Autant d’hypothèses discutables probablement, mais dont on aurait aimé qu’elles fussent justement discutées a minima, ne serait-ce que pour sortir d’une vision statistique et/ou macroéconomique du chômage comme d’ailleurs du travail.

Loin de nous de perdre de vue pour autant les grands mérites de ces Entretiens. A commencer par celui-ci : croiser les regards d’académiques, d’enseignants, de cadres d’entreprises mais aussi de représentants d’organisations internationales, de ministères, de syndicats. Autre mérite : favoriser le dialogue entre les mondes de l’enseignement et de entreprise. Deux mondes qui, à l’évidence, doivent encore apprendre à mieux se connaître. Etant entendu, cependant, qu’en matière de dialogue, on ne part pas de rien. Et pour cause : les entreprises, petites et grandes, sont des acteurs du système éducatif, que ce soit à travers l’apprentissage, l’alternance ou la formation professionnelle. Comme l’ont rappelé des responsables de ressources humaines, elles participent à la définition du contenu de CAP-BEP et d’autres formations professionnalisantes.

Paris-Saclay, laboratoire du travail de demain ?

En accueillant cet événement, Paris-Saclay trouvait-là l’occasion de s’imposer comme un haut lieu de réflexion autour du travail et ses évolutions : rappelons que les EEE avaient été précédés par la journée organisée en juillet dernier par l’association Aristote sur le thème de « Paris-Saclay, laboratoire du bien-être au travail » (pour en savoir plus, cliquer ici). Quelle ne fut pas cependant notre surprise de voir à quel point le double projet de cluster et d’université de Paris-Saclay reste encore méconnu, y compris d’enseignants alors qu’il sert en principe d’illustration à la thématique des clusters, dans les enseignements de géographie.

C’est dire si la présentation richement illustrée qu’en a faite Pierre Veltz, Pdg de l’EPPS, en charge de son aménagement, a été suivie avec attention, y compris d’acteurs de Paris-Saclay, comme cette représentante d’une école d’ingénieur (qu’on ne nommera pas…), qui nous fit part de son regret de n’avoir pas bénéficié plus tôt d’une telle mise en perspective historique et internationale du double projet qui se trame sur ce territoire ! Mais, comme les enseignants le savent pertinemment, la répétition n’est-elle pas la meilleure des pédagogies ?

Appréciée donc, l’intervention de Pierre Veltz l’aurait sans doute été aussi des… agriculteurs du Plateau de Saclay. En préambule, il a tenu à rappeler ce qu’il avait déjà eu l’occasion de dire en inaugurant l’exposition «  Paris-Saclay, le futur en chantier(s) », qui avait été organisé en novembre-décembre 2014, à la Maison de l’Architecture (pour en savoir plus, voir le dossier qui y a été consacré sur le site Média Paris-Saclay, en cliquant ici). A savoir, le rôle précieux qu’ils avaient eu dans la constitution d’une zone de protection naturelle, agricole et forestière de plus de 2 400 ha, laquelle participe aujourd’hui pleinement à l’attractivité du campus urbain en cours d’aménagement.

Un grand merci au photographe Jérémy Barande (École polytechnique) pour les photos qui illustrent le présent article (© École polytechnique – J. Barande).

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