Retour sur l’édition 2020 du Prix Design & Science. Entretien avec Vincent Créance

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Le 27 février dernier, se déroulait au Palais de la Découverte, la finale de l'édition 2020 du Prix Design & Science. En voici un premier écho à travers le témoignage du directeur du Design Spot, en charge de son organisation.

- Pouvez-vous, pour commencer, nous dire ce que vous a inspiré ce millésime 2020 du Prix Design & Science ?

Naturellement, je me garderai de vous révéler le secret des discussions du jury. En revanche, je peux vous dire que le choix des équipes lauréates a été particulièrement difficile, cette année. Les résultats ont été très serrés, les cinq premiers se tenant dans un mouchoir de poche. Forcément, il y a quelque chose de frustrant à laisser une équipe au pied du podium (même si en l’occurrence pas moins de quatre prix sont décernés, en comptant le prix du Public). Mais c’est la preuve que le niveau des équipes ne cesse de progresser d’une année sur l’autre.

- Comment expliquez-vous cette progression ?

La thématique de cette année intéressait particulièrement les jeunes, de plus en plus sensibilisés aux enjeux de l’alimentation. Ils avaient particulièrement à cœur de proposer des solutions originales et en même temps réalistes, et d’être ainsi utiles aussi bien à Singapour [partenaire de cette édition], qu’à l’Ile-de-France. Le séjour organisé dans la cité-État a sans doute contribué à la motivation générale. Les étudiants ont été manifestement frappés par la qualité de l’accueil qui leur a été réservé et du programme de rencontres avec des acteurs locaux, qui leur a été préparé. Je tiens d’ailleurs à remercier au passage l’implication de l’Economic Development Board de Singapour, dans l’organisation de cette édition, tout comme nos fidèles partenaires (la Région Ile-de-France, Laval Virtual, Universcience…), qui nous permettent de travailler dans la durée, en capitalisant sur l’expérience acquise d’une édition à l’autre.

- Pour ma part, j’ai été frappé par l’ambition de la plupart des projets d’articuler des solutions numériques à des dispositifs matériels et concrets comme cet « Atelier sur demande », le carrousel de plusieurs mètres de haut conçu pour du jardinage en milieu urbain (Typik), la structure flottante pour de l’agriculture urbaine et circulaire (le Flotteur), la table de cuisine pour une confection collective de repas sur le lieu de travail (Yapluka)…

C’est à mettre à l’actif tout à la fois des encadrants qui veillent à ce que les équipes ne s’enferment pas dans des solutions exclusivement virtuelles, et des élèves qui, d’eux-mêmes, ne conçoivent pas de dissocier usage numérique et usage matériel. Travailler sur les deux dimensions est quelque chose de naturel pour eux.

- Autre chose m’a surpris : la surreprésentation de projets à vocation pédagogique. Les candidats ont beau être encore des élèves, ils se préoccupent des enjeux pédagogiques sinon éducatifs, convaincus qu’ils sont qu’il faut changer les comportements et, donc, intervenir le plus en amont auprès des enfants et des éducateurs ou enseignants…

Oui, et cela rejoint le constat que je me faisais au fil des présentations, à savoir : ce souci de s’inscrire dans une double temporalité avec, d’un côté, des projets à relativement court terme, pour une mise en application rapide, d’autres dont les effets sont appelés à se faire sentir à plus long terme, justement ceux ayant trait à l’éducation. Rien de plus naturel là encore puisqu’en traitant d’agriculture et des mégapoles (le thème de cette édition 2020), il s’agissait de traiter d’enjeux, dont on comprend qu’ils obligent à des investissements à plus ou moins long terme. On sait bien que si on veut changer nos modes de vie, de consommation, continuer à croître dans le sens d’un développement durable, il nous faut tout à la fois agir ici et maintenant, faire face à l’urgence et s’engager dans la durée. Si des projets ont privilégié le court terme, d’autres le long terme, tous ont bien montré que les nouvelles technologies ne sauraient suffire, qu’il faut aussi changer les comportements, étant entendu que cela ne se décrète pas, mais exige du temps. L’intérêt d’un sujet comme l’agriculture est de nous sensibiliser au défi de cette double temporalité : ainsi qu’une équipe l’a bien souligné (L’Atelier sur demande), le rythme du végétal ne correspond guère au rythme de la vie urbaine, a fortiori dans les mégapoles. Il nous faut donc ré-apprendre à affronter des rythmes différents.

- Enfin, j’ai été frappé par le pragmatisme des équipes, qui vont pour la plupart jusqu’à réfléchir à la viabilité économique de leur projet, mais aussi au regard de la réglementation, du cadre juridique… Bref, des solutions originales, mais pas utopiques…

C’est vrai et c’est une autre vertu de ce travail collaboratif entre des élèves designers et scientifiques ou ingénieurs. Quand bien même il n’y en eut pas d’écoles de commerce ou de marketing, les équipes savaient pertinemment que si on veut agir, apporter des solutions concrètes et efficaces, il faut prendre acte d’un contexte avec ses contraintes économiques et financières. Certes, les réflexions des équipes sur la faisabilité de leur projet sont encore souvent embryonnaires – nous n’exigions pas d’elles qu’elles établissent un business plan – mais elles témoignent d’une réelle prise de conscience de la nécessité de formuler des solutions avec un minimum de réalisme.

- D’autant plus que les élèves sont libres de prolonger l’aventure au-delà du Prix, en s’inscrivant dans une démarche plus entrepreneuriale…

Ce dont ils ne se privent pas ainsi que l’illustrent plusieurs exemples de start-up créées à partir de projets conçus dans le cadre du Prix Design & Science Université Paris-Saclay. Dans notre esprit, ce dernier est d’abord un programme de formation. Mais le fait est, chaque année, je constate que des équipes sont convaincues de tenir une solution pertinente et n’ont donc qu’une envie : poursuivre l’aventure, fût-ce avec d’autres personnes. Sans doute est ce d’ailleurs ce qui a motivé IncubAlliance à nous rejoindre cette année, avec l’ambition de sensibiliser l’équipe lauréate du Prix, à l’entrepreneuriat en lui faisant bénéficier d’un accompagnement. Loin de nous de vouloir pour autant transformer le Prix en une usine à start-up ! Sa vocation est, encore une fois, d’abord pédagogique. Si, maintenant, la qualité des projets qui en résultent peuvent s’inscrivent dans une démarche entrepreneuriale, on ne peut que s’en réjouir.

- Un mot sur le Palais de la Découverte, qui ajoute à la magie de la soirée…

D’autant plus volontiers que c’est l’occasion pour moi de renouveler mes plus vifs remerciements à l’endroit d’Universcience, de dire combien nous leur sommes redevables de nous offrir l’opportunité d’organiser notre finale dans un lieu comme celui-ci. Un lieu qui symbolise à merveille le plaisir de la recherche et de l’innovation, et où probablement tous les élèves qui participent au Prix ont dû traîner leur guêtres, comme je l’ai fait moi, enfant. Rappelons que c’est encore Universcience, qui accueille nos ateliers hebdomadaires, à la Cité des industries. C’est dire si je ne peux que redoubler mes remerciements !

- Ainsi que cela a été annoncé, le Palais de la Découverte va cependant devoir fermer pour cause de travaux. Avez-vous songé à un autre lieu ?

Le projet de rénovation du Palais de la Découverte, nous le prenons d’abord comme une bonne nouvelle. Nous espérons juste pouvoir présenter la finale dans un autre lieu, aussi prestigieux…

- Une chose paraît certaine, c’est le choix de la thématique que vous vous êtes gardé d’annoncer, préférant ménager un teasing en laissant entendre que ce sera « chaud » ! Pouvez-vous nous livrer le scoop en nous la révélant enfin ?

(Rire). Allez, patientez encore un peu, il sera annoncé d’ici quelques petites semaines !

A lire aussi les entretiens avec Emeline Faugère, enseignante au Département Génie Mécanique de l’ENS Paris-Saclay, par ailleurs membre de l’équipe d’encadrants et du jury du Prix Design & Science (mise en ligne à venir) : Marion Atzemis et Anaïs Ougier, de l’équipe « Atelier sur demande », lauréate du Prix Design & Science (pour y accéder, cliquer ici) ; Pape Osmane, de l’équipe « Le Flotteur », lauréate du Prix du Public (pour y accéder, cliquer ici).

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