Retour sur le lancement de la DeepTech Alliance Paris-Saclay. Entretien avec Philippe Moreau

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Le 21 octobre dernier, la communauté Deeptech de Paris-Saclay était conviée à participer dans le bâtiment flambant neuf du Playground, à une journée de workshops, qui marquait aussi le lancement de la DeepTech Alliance Paris-Saclay. En voici un écho avec le témoignage du directeur d’IncubAlliance.

- Pour commencer, pouvez-vous rappeler l’objectif de cette journée ?

Cette journée marque le lancement de la DeepTech Alliance Paris-Saclay. Constituée par IncubAlliance, l’Université Paris-Saclay, la Satt Paris-Saclay et la French Tech Paris-Saclay, elle a pour vocation de fédérer une communauté DeepTech au sein de l’écosystème Paris-Saclay, avec des objectifs ambitieux en matière de création de start-up, y compris des Licornes.

- Un mot sur le déroulement de cette journée…

Elle a été organisée en trois temps à travers des workshops. Le matin, il s’agissait de poser un diagnostic de la performance entrepreneuriale de l’écosystème par la communauté elle-même, de l’entrepreneur au chercheur, de l’étudiant à l’expert, de la structure d’appui au grand groupe,… pour faire, entre autre, apparaître les freins qui ralentissent le développement de startup DeepTech, des étapes les plus amont à celles plus avancées. Pendant le déjeuner, les participants étaient invités à discuter entre eux, pour faire plus ample connaissance. Enfin, l’après-midi, nous avons procédé à l’identification et au choix de quelques actions prioritaires, synthétisées sous la forme d’une feuille de route. Laquelle a été restituée aux directions de plusieurs acteurs clés de l’écosystème, avant un ultime temps réseau pour clôturer la journée.
Bref, l’enjeu de cette journée était de favoriser l’intelligence collective. Que celle-ci soit une réalité, à Paris-Saclay, cela ne fait pas de doute. Mais pour s’exprimer, elle a besoin d’outils adaptés, comme ceux que nous avons utilisés (des workshops animés par un professionnel plutôt qu’une succession de discours et de tables-rondes). Des outils que nous gagnerions d’ailleurs à utiliser davantage dans nos métiers respectifs (celui de l’accompagnement et du financement des projets innovants), mais aussi, je le souligne au passage, au sein du monde académique et de la recherche où dominent à mon sens des méthodes de travail traditionnelles pour ne pas dire parfois archaïques. Je pense que le concept de la réunion devrait être repensé. On ne peut plus se réunir comme on le fait depuis des années. C’est pour moi un vrai sujet. C’est pourquoi je m’emploie à introduire des méthodes d’animation novatrices. Pour avoir travaillé dans les pays anglo-saxons, je constate un retard de notre pays en la matière.

- Quels enseignements tirez-vous de cette journée ?

Le premier est justement celui-là : on peut instiller une vraie dynamique humaine, transversale, impliquant une diversité d’acteurs (entrepreneurs, investisseurs, académiques, etc.), à travers des actions concrètes, sur le terrain. Je ressors donc de cette journée confiant quant à notre capacité à avancer sur différents dossiers. Maintenant, quant à savoir à quels résultats nous parviendront en termes de volumétrie, de créations de start-up DeeptTech, il est encore trop tôt pour le dire. Une chose est sûre, la pression est forte ! Vous avez tout comme moi entendu Pascale Ribon, Directrice DeepTech au sein de Bpifrance, qui a parlé d’un objectif de cinq cents start-up au plan national. Pour mémoire, Paris-Saclay n’en est encore qu’à dix chaque année… Ce que je me suis permis de rappeler, quitte à jeter un froid, mais après tout, c’est mon rôle de mettre aussi chacun devant ses responsabilités. Voyez aussi les chiffres du BigUp4 start-up, le rendez-vous annuel de la French Tech Montpellier, qui parvient à en créer autant que nous. C’est dire la nécessité de nous fédérer encore pour en créer encore plus. Mais le challenge en vaut la peine. D’autant que nous ne partons pas de rien. Des très belles choses marchent aussi sur Paris-Saclay; de belles start-up ont été créées ici. Je pense à Quandela, dont le fondateur, Valérian Giesz, était parmi nous au titre de co-animateur de la French Tech Paris-Saclay. Il s’agit maintenant de passer la vitesse supérieure, de s’ouvrir davantage à l’international.

- Pour ma part, je retiens des workshops l’idée que, après le temps des institutions, est venu celui de mettre davantage l’accent sur les ressorts humains de la dynamique d’innovation, en laissant plus de place aux initiatives, à la communauté, avec tout ce que cela suggère d’informel…

C’est précisément la teneur du message qu’a fait passer dans son propos d’introduction Michel Mariton, Vice-Président Développement économique de l’Université Paris-Saclay, et qu’il a redit en conclusion. Et comment ne pas lui donner raison ! Certes, les institutions ont un rôle à jouer et elles l’ont joué en jetant les bases de l’écosystème de Paris-Saclay, mais on sait aussi que les institutions peinent à se mettre en retrait, qu’elles ont besoin de préserver leur pré carré en continuant chacune à courir dans leur couloir. Pourtant, le temps est venu de renforcer tout ce qui concourt à tisser des liens, à privilégier sur notre territoire le transversal sur le vertical. Cela étant dit, je constate aussi que chaque institution comprend la nécessité de mutualiser les ressources et à tirer dans le même sens. Je pense en particulier à l’EPA Paris-Saclay qui s’emploie à tisser des liens entre les acteurs, au travers notamment d’un événement comme Spring Paris-Saclay. Mais, encore une fois, il nous faut maintenant passer la vitesse supérieure.

- Un mot sur le lieu où nous sommes….

Nous sommes dans le bâtiment flambant neuf du Playground, qui illustre bien à sa manière le fait qu’on avance malgré tout. Mutualisé, il réunit les acteurs de l’écosystème d’innovation : outre IncubAlliance, la SATT, la French Tech Paris-Saclay, Creative Valley… Toute proportion gardée, on y retrouve l’esprit de Station F.

- Pas de regret d’avoir quitté l’ancien site d’IncubAlliance ?

Un peu quand même ! Nos anciens locaux étaient desservis par la ligne B du RER et se trouvait sur un site arboré. Cela étant dit, nous ne pouvions pas ne pas nous associer au projet du Playground. Nous ne serons plus « chez nous », mais nous le serons avec d’autres. Ce qui est bien aussi. Dans la vie, a fortiori quand on prétend innover ou encourager l’innovation, il faut aussi savoir changer. Nous pourrons nous concentrer sur les services aux entrepreneurs sans plus à avoir à nous préoccuper de leurs besoins d’hébergement – c’est désormais de la compétence de Stop&Work, en charge de la gestion du Playground.

A lire aussi les entretiens avec Jean-Claude Morel, directeur de Creative Valley (pour y accéder, cliquer ici) et Eduardo Bonnefemne, chargé de recherche innovation au sein du Digital Medical Hub (cliquer ici).

Crédit photo : Christophe Peus.

 

2 commentaires à cet article
  1. Ping : « Un écosystème d’innovation est quelque chose de vivant. » Rencontre avec Jean-Claude Morel | Paris-Saclay

  2. Ping : Pour une santé numérique responsable. Rencontre avec Eduardo Bonnefemne | Paris-Saclay

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