Retour sur le bien-être au travail. Entretien avec Thierry Roussel

T.RousselPaysage
Comme annoncé, nous avons assisté au séminaire de l’association Aristote sur « Paris-Saclay, laboratoire du bien-être au travail », organisé le 7 juillet dernier à l’École polytechnique. Voici le témoignage de son secrétaire général, Thierry Roussel (à gauche sur la photo), recueilli entre deux séries de conférences.

- Si vous deviez définir en quelques mots l’association Aristote ?

C’est une association qui a déjà plus d’un quart de siècle (elle a été créée en 1988) et même plus si on compte ses quatre premières années d’existence informelle, avec pour vocation de fédérer les grands organismes de formation et de recherche sur les thématiques du numérique. Au début, nous réfléchissions aux utilisations des systèmes informatiques dans les grandes organisations. Depuis, comme vous le savez, le numérique s’est très largement répandu. Nous portons désormais plus notre attention sur les nouveaux usages, dans leur dimension sociétale. De fait, le numérique induit de nouveaux comportements. Nous avons donc cherché à élargir le regard sans plus nous cantonner à la seule dimension technique.

- Quel est le profil de vos membres ?

Comme je le disais, il s’agit des grands organismes publics de formation et de recherche comme le CEA, EDF, Inria, le CNES (ses quatre membres fondateurs), l’ONERA, etc. Mais, es dernières années, nous avons été rejoints par d’anciennes entreprises du secteur public, disposant d’une R&D dans le domaine du numérique (par exemple, Orange à travers son Orange Lab), mais aussi du secteur privé : Bull ou encore HP et Thalès, engagées dans la simulation numérique. Au total, l’association compte plus d’une trentaine de membres.

- De grands organismes et de grandes entreprises, donc. Et les start-up ?

Plusieurs d’entre elles nous ont également rejoints. L’une d’elles a malheureusement disparu, mais d’autres sont encore là et bien là. Je pense en particulier à Kertios. Nous comptons aussi des experts indépendants comme Pascal Alix, spécialisé en droit de l’internet, de l’informatique et de la propriété intellectuelle.

- Vous êtes par ailleurs Chef de projet à la Direction de l’Investissement, de l’Immobilier et du Développement Durable, du CEA, comment y êtes vous venu ?

Comme beaucoup, j’ai une trajectoire particulière : j’ai fait la plus grande partie de ma carrière chez des acteurs du secteur du numérique, le plus prestigieux étant sans doute Microsoft. J’ai également travaillé dans de plus petites organisations dans lesquelles j’ai eu aussi plaisir à évoluer. Puis est intervenu, en 2007, le Grenelle de l’Environnement, qui m’a amené à donner une autre orientation à ma carrière. C’est ainsi que j’ai intégré cette direction, au sein du CEA, en gardant cependant un pied dans le numérique à travers mon engagement au sein de l’association Aristote.

- Comment en êtes-vous venu cette fois à la problématique du bien-être au travail ?

Comme vous le savez, le CEA est une vieille et noble institution avec un immobilier à son image, qui a, pour l’essentiel, près de 60 ans d’âge. Ce qui n’est pas sans questionner l’attractivité de nos locaux auprès des populations de chercheurs qui, sur le Plateau de Saclay, auront demain le choix de travailler pour d’autres organismes de recherche, disposant de bâtiments de plus grande qualité, plus récents en tout cas. Le chercheur est un individu qui travaille au sein d’une équipe, en collaboration avec des partenaires extérieurs. Il a des exigences particulières en matière de conditions de travail, tout en pouvant les comparer à d’autres. C’est ainsi que je me suis intéressé à la manière dont des locaux plus attrayants permettraient d’améliorer l’attractivité du CEA et, par-là même, la performance collective. J’ai commencé à y réfléchir de manière plus ou moins informelle avec des interlocuteurs qui sont devenus depuis des amis comme, par exemple, Nicolas Dortindeguey [3e sur la photo], un des coorganisateurs du séminaire. Il était lui même confronté à cette problématique, dans le cadre du projet de rénovation d’une partie du pôle Design industriel du Technocentre de Renault. Nous avons commencé à formaliser nos échanges à l’occasion d’un premier séminaire de l’association Aristote qui s’est tenu en octobre dernier sur le thème de l’innovation. J’y avais convié Fatima Bakhti [à droite, sur la photo], considérant qu’elle était une actrice de l’innovation sur le territoire de Paris-Saclay, à travers son projet de transformation de la Cité de l’Innovation d’Alcatel-Lucent. L’idée de poursuivre la réflexion à l’occasion d’un autre séminaire s’est imposée très vite, au cours du cocktail ! Un séminaire que nous voulions pluridisciplinaire et ouvert à d’autres acteurs. Puis, Florence Dossogne [2e, sur la photo], également d’Alcatel-Lucent, s’est jointe à nous.

- En quoi la genèse de ce séminaire est-elle emblématique de ce qui se passe sur le Plateau de Saclay ?

Un des atouts de ce plateau est la richesse des associations qui s’y trouvent et qui permettent ainsi des rencontres entre des gens d’univers très différents. Et c’est ce qu’illustre parfaitement la genèse de notre séminaire.
Ici, à Paris-Saclay, on sent que les acteurs sont motivés à faire avancer les choses et, si possible, ensemble. Qu’ils soient établis de longue date dans l’écosystème (à l’instar du CEA) ou qu’ils viennent d’y arriver récemment, ils aspirent à tisser des liens pour des collaborations plus transverses qu’on n’aurait pas imaginées il y a encore quelques années, tant les organismes de formation et de recherche avaient tendance à cultiver leur pré carré.
Pour autant, l’écosystème de Paris-Saclay n’est pas replié sur lui-même, au contraire. D’ailleurs, parmi les participants à notre séminaire, seule une petite moitié est issue du Plateau de Saclay. Beaucoup sont venus de Paris, de Province et même, pour l’un deux, de Belgique – Renaud Gaucher, spécialiste de l’économie du bonheur. Beaucoup ont découvert le Plateau de Saclay à cette occasion. Ils ont pu ainsi prendre la mesure de la réalité de l’écosystème qui est en train de se constituer. Après tout, si le séminaire peut contribuer à mieux le faire connaître, tant mieux.

- A ce stade du séminaire, quels enseignements tirez-vous ?

Que non seulement il existe des solutions, mais encore qu’elles ne sont pas coûteuses à mettre en œuvre. On pourrait même les appliquer dès demain. Je pense en particulier au fait de commencer par dire bonjour à ses collègues ! Au-delà, de nouvelles formes de management peuvent contribuer à améliorer le bien-être, par l’adoption d’attitudes plus positives, plus collectives.

- Quelle suite envisagez-vous ?

Sans attendre la fin du séminaire, je suis en mesure de vous annoncer une suite que nous avions d’ailleurs anticipée. Nous avions en effet assez travaillé en amont pour savoir que nous ne pourrions pas tout aborder au cours d’un seul séminaire ! Nous proposerons donc des ateliers pour travailler en groupes plus restreints. Le WAW Lab, le nom donné à notre dispositif d’échanges informels, pourra se concrétiser sous la forme d’une association, ouverte à tous ceux qui veulent poursuivre l’échange autour d’expériences et d’initiatives. Car nous n’avons pas l’intention de nous borner à théoriser sur le thème du bien-être au travail. Nous avons plus que jamais l’intention de faire du Plateau de Saclay un laboratoire dans ce domaine, en faisant connaître les bonnes pratiques, mais aussi en testant et en expérimentant des solutions nouvelles. Paris-Saclay a l’ambition de constituer un des plus importants clusters technologiques au monde. Cette ambition, il faut la construire avec les femmes et les hommes qui y travaillent, en leur permettant de le faire dans les meilleures conditions.

 A lire aussi l’article de présentation du séminaire  » Paris-Saclay, laboratoire du bien-être au travail  » (pour y accéder, cliquer ici) et les entretiens avec Fatima Bakhti et Nicolas Dortindeguey.

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