Retour sur l’atelier WAWlab autour de la « démarche appréciative »

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Le jeudi 15 octobre dernier, le WAWlab (pour Wellness At Work Laboratory) Paris-Saclay proposait au PROTO204 un premier atelier sur le thème de la « démarche appréciative ». Nicolas Dortindeguey (à droite sur la photo) nous en dit plus sur ses objectifs et ses résultats, ainsi que sur la suite du programme d’activités du WAWlab.

- Vous avez organisé un atelier autour de l’ « Appreciative Inquiry Wellness ». De quoi s’agit-il ?

Cette notion, que l’on peut traduire en français par « démarche appréciative », a été forgée il y a une vingtaine d’années aux Etats-Unis à l’initiative de David Cooperrider et Ron Fry, avant d’être introduite en France, il y a un peu plus de dix ans par Jean Pagès et Jean-Christophe Barralis, cofondateurs de l’Institut Français d’Appreciative Inquiry.

Comme son nom l’indique ou presque, elle consiste à se définir un futur motivant, à prendre des décisions engageantes et à agir pour obtenir les résultats désirés. Autrement dit, à remplacer le diagnostic des problèmes à résoudre par l’identification des facteurs de réussite, des progressions réalisées, des succès obtenus pour mieux capitaliser sur ce qu’on a bien fait. Par exemple, si on a atteint 80% de ses objectifs, on focalise sur ce résultat plutôt que sur les 20% que l’on ne serait pas parvenu à atteindre, en essayant de voir comment on a réussi à obtenir les 80 premiers %, sans renoncer pour autant aux 20 restants. Bref, tout le contraire de ce qu’on a tendance à faire a priori : ne retenir que les échecs ou les aspects négatifs de son travail.

- Qu’est-ce qui différencie cette démarche de la simple incantation à « positiver » ?

(sourire) La démarche appréciative, c’est bien plus que cela. Elle repose sur une méthodologie précise pour une conduite de changement structurée par des phases bien définies. Il ne s’agit pas non plus de prendre simplement le problème à l’envers, mais d’identifier les atouts dont on dispose ainsi que les facteurs de succès pour mieux s’appuyer sur eux et avancer. Ses applications sont nombreuses, elles vont du diagnostic social ou organisationnel, à la cohésion d’une équipe. Les Amiraux de la Marine Nationale, des chercheurs de l’Inra, des ingénieurs de chez Michelin, des représentants d’Handicap international et bien d’autres encore dont des parents en situation difficile, ont eu l’occasion de l’appliquer avec des résultats probants.

- Quels en sont les effets concrètement ?

La démarche appréciative a pour premier effet de générer de l’empathie, de l’énergie positive, autour de soi, parmi ses collègues ou collaborateurs, en les amenant à leur tour à changer d’attitude, à s’engager davantage, à faciliter les choses. On peut le vérifier déjà chacun à son niveau. On s’engage d’autant plus volontiers dans une démarche d’innovation sinon créative, on est d’autant plus enclin à s’épanouir, à laisser s’exprimer son potentiel que l’on valorise ce qui fonctionne bien. A l’inverse, on est d’autant moins créatif que l’on se heurte à des forces d’inertie ou à des modes de management un peu éculés. C’est vrai au sein d’un petit groupe de personnes comme au sein d’une grande organisation. Moi-même, et pour m’en tenir à mon expérience personnelle, je me rends compte que je suis d’autant plus créatif que je me retrouve dans un groupe animé d’un vrai esprit collectif.

- Comment expliquez-vous l’intérêt d’entreprises pour cette démarche ?

Au cours de ces deux dernières décennies, le monde du travail a beaucoup évolué sous l’effet, notamment, de la diffusion de nouvelles technologies. Dans le secteur où je travaille, le design en l’occurrence, la généralisation de l’outil informatique, au cours de ces vingt dernières années, a profondément impacté la qualité de vie au travail comme le rapport au travail. Certes, elle a permis d’indéniables avancées, de gagner en efficacité, mais force est de constater aussi qu’on n’a pas forcément accompagné l’avènement des outils numériques, ni inventé le management qui va avec. A quoi s’ajoute l’arrivée de nouvelles générations, les fameuses générations Y, digitale ou du net. Certes, ce ne sont-là que des formules, mais elles n’en suggèrent pas moins d’autres mutations qui peuvent susciter des inquiétudes chez les générations plus anciennes. Tout cela n’est pas propice à la créativité. Pas étonnant, donc, que de plus en plus de personnes réfléchissent, au sein d’entreprises ou d’autres organisations, à la manière de libérer de nouveau la créativité des salariés. La démarche appréciative est une des solutions proposées.

- Comment en êtes-vous venu vous-même à vous y intéresser ?

C’est suite au séminaire de l’été dernier, « Paris-Saclay, laboratoire du bien-être au travail ? », qui a eu un certain écho sur le Plateau de Saclay. Plusieurs entreprises ont manifesté leur intérêt à l’égard de notre démarche. Deux intervenants, Ilios Kotsou, doctorant en psychologie à l’Université Libre de Bruxelles et Dominique Steiler, titulaire de la Chaire Mindfulness, bien-être au travail et paix économique de l’Ecole de management de Grenoble, nous ont de leur côté recommandé Daniel Jérôme, fondateur d’Integral Togetherness (spécialisée dans la formation à l’intelligence collective), pour creuser la question. C’est lui qui a fait ensuite le lien avec l’Institut Français d’Appreciative Inquiry.

- Quel était l’objectif de cette soirée ? Sensibiliser à cette démarche ?

Il s’agissait de bien plus que cela : d’en éprouver les effets dans un format d’atelier. Animé par Jean-Christophe Barralis en personne, il a duré près de deux heures et demie. Naturellement, nous sommes loin d’avoir pu faire le tour de la démarche. Mais, au moins, a-t-on pu en éprouver l’intérêt et ses effets en nous livrant ni plus ni moins à une expérimentation collective, en live. Répartis par groupe de deux, les participants ont été à invités à exposer à tour de rôle et pendant une dizaine de minutes un projet qui leur tenait à cœur, leur binôme étant censé, lui, prendre des notes et poser des questions. Pour ma part, j’ai présenté le WAWlab tandis que mon partenaire m’a, lui, parlé, de son projet d’audit des équipements sportifs de la Ville de Sèvres, ses rencontres avec les différents clubs et des administrés. Dès les premières minutes, il y avait une énergie palpable, qui se dégageait de l’ensemble du groupe. Le fait de parler de projets qui nous animaient et qui étaient donc positifs pour soi induisait comme une force d’entraînement.

- Combien y avait-il de participants ? Quels étaient leurs profils ?

Une trentaine de personnes ont participé à notre atelier. A dessein, nous n’en avons pas accueilli plus, pour ne pas alourdir le déroulement de l’atelier. Pour l’essentiel, il s’agissait de représentants d’entreprises du Plateau de Saclay : Alcatel-Lucent, Danone, Auchan, etc. sans oublier des médecins du travail,…

- Des médecins du travail ?

Oui, deux médecins du travail, qui se trouvent être associés au projet sur le bien-être au travail que je porte depuis deux ans au sein du département design du Technocentre Renault. Ils étaient tout naturellement intéressés par ce type de démarche comme par les activités du WAWlab. Leur présence souligne au passage la diversité des points de vue que ce dernier parvient à réunir.

- Quelques mots sur la suite ?

Tout cela nous encourage bien évidemment à continuer sur notre lancée. Nombre de personnes qui ont entendu parler du WAWlab manifestent spontanément le désir de participer à l’aventure. Deux personnes ont déjà rejoint le groupe initial. Outre Thierry Roussel du CEA, Fatima Bakthi et Florence Dossogne d’Alcatel-Lucent et moi-même, il a reçu le renfort de Hervé Plessix, de Danone, et de Gilles Degrange, d’Alcatel-Lucent. D’ores et déjà, nous prévoyons d’organiser tous les deux mois un atelier ou un événement, toujours sur le Plateau de Saclay, en continuant à tirer les fils des échanges engagés lors du séminaire de l’été dernier. Le prochain rendez-vous devrait donc se tenir en décembre prochain. Une réunion préparatoire – une « Tartine » comme on dit désormais entre nous – était prévue dans les tout prochains jours.

- Y-aura-t-il une suite à l’atelier sur la démarche appréciative ou est-ce que vous considérez que c’est désormais charge à chacun de se l’approprier ?

Merci de poser la question. Elle m’offre l’occasion de souligner un point important. Pour l’heure, le modèle économique du WAWlab, fondé essentiellement sur le bénévolat, impose un fonctionnement aussi simple que possible : nous présentons des outils et des initiatives à l’occasion d’ateliers et d’événements ; charge, ensuite, à ceux qui y participent de se les approprier et de les expérimenter dans leurs entreprises respectives. Une suite, il y en aura donc une, mais, comme nous l’espérons, sous la forme d’une restitution d’un ou de retours d’expérience.

Un grand merci à Hugo Noulin du collectif Action Création pour les photos qui illustrent cet article.

1 commentaire à cet article
  1. Bernard Tollec

    Très heureux de voir que l’Appreciative Inquiry se déploit partout.
    Nous avons réalisé une vidéo et un ebook sur cette approche que nous déployons en France et à l’international.
    voici le site dédiée à cette approche :
    http://www.appreciative-inquiry.fr
    bonne lecture !
    Bernard Tollec

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