Retour sur la première édition de Paris-Saclay Connexion

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Le 5 juillet dernier, se déroulait la première édition de Paris-Saclay Connexion. Une nouvelle occasion de prendre la mesure de la mobilisation des acteurs institutionnels et élus, tout en appréciant le cadre du tout nouveau EDF Lab Paris-Saclay.

Un amphithéâtre de plus de 500 personnes pratiquement rempli, une succession de personnalités et des milliers de tweets : dès sa première édition, Paris-Saclay Connexion a pris des airs d’événement incontournable. Et pour les entrepreneurs innovants, qui auraient à cette occasion foulé pour la première fois le sol de Paris-Saclay (si tant est qu’il y en ait encore), il ne laissait planer aucun doute (si tant est, cette fois, qu’il en ait resté une once) : à Paris-Saclay, acteurs institutionnels et élus sont manifestement en ordre de bataille pour les accueillir et leur faire profiter de la dynamique d’innovation enclenchée dans l’écosystème. Tous parlent à peu près le même langage, usent des mêmes mots : connexion, donc, innovation, bien sûr, et tant qu’à faire plutôt ouverte, sans oublier incubation, fablab, etc.

L’enchaînement des interventions et débats confortait ce sentiment d’une mobilisation générale, de l’existence d’une vraie communauté (au sens sociologique du terme…). Performance d’autant plus à souligner que le programme était très chargé : des discours, en introduction comme en clôture, des tables-rondes copieuses, des exposés et des témoignages, sans compter la convention d’affaires et un « village de stands », ceux en l’occurrence d’acteurs bien connus de l’écosystème (Start in Saclay, Incuballiance TEDx Saclay, Peips,…). Le tout en un peu moins de 6 heures (retard compris). De quoi frustrer un peu le public qui disposait de peu de temps pour poser ses questions. Frustration à relativiser au demeurant : il peut y avoir aussi du plaisir à voir des intervenants d’horizons professionnels et disciplinaires très divers parler à l’unisson, comme ce fut le cas lors ce Paris-Saclay Connexion.

De surcroît dans ce lieu : l’EDF Lab Paris-Saclay, avec son amphithéâtre, son atrium et ses espaces paysagers, agréables à vivre. Quand on songe qu’il y a encore deux ans, ce n’était qu’un chantier. Un motif d’émerveillement que nous n’avons pas manqué d’exprimer à Jean-Paul Chabard, le pilote du projet, croisé à cette occasion (en nous engageant à le re-interviewer prochainement pour un point, plusieurs mois après l’accueil des derniers arrivants).

Vous avez-dit Paris-Saclay ?

Pourtant, et pour en revenir à la manifestation Paris-Saclay Connexion, on pouvait, autant le dire, craindre que le dialogue ne vire à la cacophonie en raison de l’ambiguïté, qui entourait l’appellation même de… Paris-Saclay. De fait, si tous les intervenants en ont bien évidemment usé et plus d’une fois, tous ne se référaient pas forcément au même territoire ou à la même entité. Faut-il le rappeler, Paris-Saclay, c’est tout à la fois une Université (fédérant une vingtaine d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche, dont plusieurs situés à Versailles et Saint-Quentin-en-Yvelines), une OIN (Opération d’intérêt national, qui comprend également les communautés d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines et de Versailles Grand-Parc) et, depuis l’an passé, une toute nouvelle agglomération constituée dans le cadre de la loi du Grand Paris. Tant et si bien, qu’à la manière de Saint-Augustin, on aurait pu dire : « Qu’est-ce donc que Paris-Saclay ? [Saint Augustin parlait, lui, du temps] Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l’expliquer à celui qui m’interroge, je ne le sais plus »*.

Une situation a priori problématique surtout à l’heure où se pose la question d’une « marque » territoriale, permettant d’améliorer la visibilité de l’écosystème aux quatre coins du monde…

En réalité, et ce n’est pas la moindre performance à relever, cette ambiguïté n’a pas empêché les intervenants de partager la même vision de l’innovation, quant à son rôle moteur dans la croissance, à ses facteurs, endogènes et exogènes, aux partages des responsabilités entre les collectivités territoriales et l’Etat – auquel revient le soin de stimuler les initiatives locales en  privilégiant davantage une approche plus bottom up que top down de l’innovation (sans perdre de vue l’importance des investissements dans des équipements et infrastructures). Tout aussi significative d’une réelle convergence de vue, la propension des intervenants à s’appuyer sur les mêmes chiffres.

Il n’est pas jusqu’aux élus, tous issus de la même agglomération (Communauté Paris-Saclay) qui ont su entretenir une savante ambiguïté en se référant indifféremment à la collectivité ou à l’OIN. Ainsi de David Ros, Vice-Président de la Communauté en charge de la recherche et de l’innovation, qui, tout en vantant les atouts de cette collectivité, reprenait à son compte les chiffres habituellement avancés pour souligner le poids de la recherche publique et privée… à l’échelle du cluster (à savoir 15%). De même le Président, Michel Bournat, qui, tout en invoquant les 300 000 habitants de son agglomération, citait en référence l’étude du MIT qui place ce même cluster Paris-Saclay parmi les huit les plus prometteurs à l’échelle du monde. Dans son discours de clôture, il s’autorisera même un «  Paris à son Viva Technologies, nous, nous avons notre Paris-Saclay Connexion ». Ce qui, comme on le suppose, n’a de sens que que si on fédère les forces, y compris celles de la partie yvelinoise de l’OIN…

En réalité, le double engagement de l’EPA Paris-Saclay (représenté par son Directeur général, Philippe Van de Maele) et de l’Université du même nom (représentée par son président, Gilles Bloch) dans l’organisation de l’événement, levait tout ambiguïté quant au fait que c’est  bien à la grande échelle, celle du campus sinon du cluster, que les intervenants étaient invités à raisonner.

Fallait-il y voir de la malice ?  Toujours est-il que Gilles Bloch fit part de son plaisir de se retrouver dans le « club » des Paris-Saclay (ie des organismes/institutions arborant cette appellation), semblant suggérer par-là que l’essentiel est précisément dans l’existence de cette appellation, quand bien même, ajouterions-nous, chacun contribue à l’incarner à des échelles variables selon son périmètre d’action et/ou le champ de compétences qui lui est reconnu. Déjà, ce club, s’il existe, peut s’enorgueillir de compter bien d’autres membres : la SATT Paris-Saclay, le Partech Seed Fund Paris-Saclay… qui, pour le coup, font référence au périmètre du campus (et pour cause : ce sont autant d’émanations de l’Université Paris-Saclay).

Des acteurs qui pensent naturellement Paris-Saclay

D’autres intervenants ont, sans avoir eu besoin de le souligner, témoigné que c’est bien à l’échelle de l’écosystème Paris-Saclay qu’ils se projetaient.

A commencer par le Secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur, Thierry Mandon, qui, dans son discours, a d’emblée replacé Paris-Saclay dans la dynamique impulsée en 1964, en vue de constituer ce qui était censé devenir une « Cité scientifique » avant de connaître le second souffle que l’on sait, au milieu des années 2000, à  travers l’Opération Campus et le Grand Paris. Second souffle qui s’est traduit par les projets d’implantation de nouveaux établissements d’enseignement supérieur et de recherche (dont plusieurs déjà concrétisés ou en passe de l’être – Ecole Centrale, ENS Cachan,…), mais aussi de centres de R&D de grands groupes, en vue de cultiver plus de synergie avec le milieu académique. Thierry Mandon devait encore conforter cette inscription de Paris-Saclay dans une grande échelle, en rappelant que ce projet n’aurait de sens que s’il assumait un rôle moteur pour l’ensemble de la Région francilienne (non sans insister au passage sur la nécessité d’associer TPE et PME à sa dynamique). « Paris-Saclay n’aura pas aidé à la création de valeur économique, s’il se borne à la création de start-up : il doit tirer le niveau économique de l’ensemble de l’Île-de-France, aider à la montée en gamme des PME, etc. » Et le même d’insister : «  L’erreur serait de penser qu’il y a une nouvelle économie – nouvelle parce que tournée vers l’innovation – appelée à se substituer à l’économie traditionnelle ». Reste la question des transports, qu’il n’a pas éludée, mais abordée, au contraire, pour mieux souligner la capacité de l’écosystème à inventer des solutions transitoires (et éventuellement pérennes), dans l’attente de l’arrivée de la ligne 18 du métro automatique, à l’horizon 2023. Une ultime illustration du fait que c’est bien Paris-Saclay pris dans son ensemble dont il était question.

Une innovation ouverte en interne et en externe

Ont tout autant manifesté leur inscription dans ce vaste écosystème, les responsables de l’innovation des deux grands groupes industriels – Christophe Reinert (délégué open innovation EDF) et Alain Ferrasse Palé (directeur général Nokia) – invités à témoigner de la manière dont ils se saisissaient des opportunités de l’open innovation aussi bien en interne (en mettant en place des collaborations entre des entités qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble) qu’en externe (avec, cette fois, la mise en place de collaboration avec l’écosystème – fournisseurs, universités, clients…). Dans un cas comme dans l’autre, la finalité est la même : travailler au plus près des clients. Ce qui passe aussi par des dispositifs de financement et d’accompagnement de start-up, l’organisation de tiers lieux, de concours (hackathon)… Tout en soulignant l’importance des liens de proximité, c’est à l’échelle de l’écosystème qu’ils raisonnaient eux-mêmes, de surcroît dans ses interactions avec d’autres écosystèmes.

Si, de son côté, Jean-Luc Beylat a souligné l’ancrage de Systematic Paris-Région, le pôle de compétitivité qu’il préside,sur le Plateau (ses bureaux sont installés à Nano Innov), le Paris-Saclay auquel il dit «  croire » est bien l’écosystème courant jusqu’aux polarités yvelinoises. D’autant plus que, comme il l’a également rappelé, la vocation de Systematic est d’opérer à l’échelle de l’Île-de-France.

Un écosystème qui fait sens

Il n’en est pas allé autrement avec les six intervenants de la première table ronde (représentants de start-up ou d’ex-start-up devenues PME, ou encore de tiers lieux), invités, eux, à témoigner de leurs innovations respectives, conçues tout ou partie sur le Plateau de Saclay : Franck Rougeau (OuiHop) ; Timothée Le Quesne (EnergySquare) ; Arthur Menard (Spartan) ; Alexandre Sauvage (Leopsphere) ; David Lemaitre (EOS Innovation) ; enfin, Ronan James (PROTO204).

Tous devaient expliquer pourquoi ils avaient fait le choix de Paris-Saclay, mais aussi en quoi l’écosystème avait été favorable au développement de leur projet. Exercice auquel ils se sont pliés de bonne grâce en soulignant, tous à leur façon, le rôle de l’Université de Paris-Saclay (certains étant d’ailleurs issus d’un des établissements membres), sinon du cluster, pour la capacité qu’il offre d’accéder à toutes sortes d’expertises, de bénéficier de l’accompagnement d’institutions, sans compter le laboratoire à ciel ouvert qu’il représente. Ainsi de Franck Rougeau, qui a souligné combien les problèmes de transport avaient justifié le développement de son application OuiHop, laquelle, faut-il le rappeler, réinvente ni plus ni moins l’autostop et le covoiturage, en connectant les gens en temps réel. D’autres ont insisté sur la visibilité grandissante de Paris-Saclay, depuis le Canada, pour l’un, de Singapour, de l’autre, du fait de la montée en puissance de l’université du même nom. Dans la catégorie du meilleur ambassadeur, la palme revenait sans conteste à Alexandre Sauvage dont la PME, qu’il a l’ambition de transformer en ETI, est toujours installée sur le campus, à Orsay, alors que lui-même réside à… Barbesse. Mais pourquoi donc n’a-t-il pas fait le choix d’en faire aussi son cadre de vie ? Nous aurions tant aimé le savoir. Malheureusement, le temps d’échange avec la salle a été écourté. Nous ne désespérons pas cependant d’obtenir la réponse à l’occasion d’une interview (Alexandre Sauvage, si vous nous lisez…). Pour l’heure, constatons que, pour lui, comme pour les autres, Paris-Saclay fait bien sens, quand bien même éprouveraient-ils le trouble de Saint-Augustin si on les mettait en demeure de définir ce qu’ils entendent précisément par-là.

Les intervenants ayant participé à la seconde table ronde, consacrée au financement n’étaient pas en reste : que ce soit le président de la SATT Paris-Saclay (Xavier Apolinarsky) ; les représentants des fonds d’investissement Scientipôle Capital (Jean-Noël de Galzain, qui en préside le comité de surveillance), Partech Seed Fund Paris-Saclay (Claire Godron, directrice d’investissement), Scientipôle Initiative et Croissance (Eric Vaysset, directeur) et Finance & Technologie (Bruno Duval, président fondateur) ou de structures d’accompagnement – le Réseau Entreprendre Sud Île-de-France (Patrick Plécy, administrateur) et Incuballiance (Philippe Moreau, son directeur) – ils traitent avec des porteurs de projet qui se recrutent sur l’ensemble de l’écosystème et même au-delà.

De la sociodiversité

A la lecture de tous ces noms, on aura au passage pris la mesure de la grande diversité des intervenants, de leur « sociodiversité » comme nous aimons à dire sur Média Paris-Saclay, pour souligner la diversité des acteurs qui « vivent » l’écosystème, mais aussi les interactions qu’ils entretiennent entre eux au point de co-évoluer, non sans changer leur perception du territoire. Manifestement, tous ces intervenants se connaissent et ont appris à travailler ensemble. Quand bien même sont-ils de nouveaux arrivants, ils s’y insèrent rapidement comme l’a illustré Claire Godron, directrice du nouveau Partech Seed Fund Paris-Saclay, en faisant état des liens déjà noués avec un de ses compagnons de table-ronde.

Il n’est pas jusqu’à Lionel Roure, maître de  conférences au CNAM, a priori le plus extérieur à l’écosystème, qui n’ait contribué à faire prendre la mesure de l’existence d’une vraie communauté (au sens toujours sociologique du terme). La plupart des notions, concepts, tendances qu’il a décrits – avec une verve digne d’un geek – étaient en effet déjà familières aux acteurs « saclaysiens » de l’innovation.

Au-delà des discours, il y a encore tous ces petits détails qui ne trompent pas à commencer par le plaisir manifeste des intervenants comme d’ailleurs du public à se retrouver et échanger. De ce point de vue, le cocktail final était un bon indicateur. Plusieurs participants s’y sont attardés, et visiblement pas seulement en raison de la qualité des petits fours, mais pour le plaisir d’éprouver le sentiment de participer à une aventure dont on a de plus en plus d’échos dans le reste du pays et même le monde.  Le plaisir aussi de s’attarder dans un lieu déjà « habité » bien qu’à peine sorti de terre – l’EDF Lab Paris-Saclay – dont on pouvait apprécier l’architecture aussi bien interne qu’externe, et sa manière d’entrer en dialogue avec le paysage alentours, a fortiori en cette journée ensoleillée.

Qui aime bien châtie bien, dit-on. Qu’il nous soit donc permis de conclure par un motif d’irritation : sur les quelques vingt-cinq intervenants, on ne comptait qu’une seule femme – Claire Godron, donc.  Ce qu’un seul intervenant – Jean-Noël de Galzain, en l’occurrence – prit soin de pointer, en constatant non sans opportunisme que les fonds d’investissement savent, eux, respecter la parité. Pourtant, ce ne sont pas les « innovatrices » qui manquent à Paris-Saclay, que ce soit au titre de startupper (startuppeuse ?), de chef(fe) d’entreprises ou de responsable d’institution. Qu’on songe à Sylvie Retailleau, présidente de l’Université Paris-Sud, qui a largement contribué à la valorisation de la recherche ; à Marie Ros-Guézet, Directrice des opérations du Centre de recherche de Thales à Palaiseau, vice-Présidente de l’association Polvi ; à Cécile Schmollgruber, de StereoLab et à tant d’autres que le Média Paris-Saclay a portraiturées ou interviewées. Tout comme l’innovation, la connexion se conjugue au féminin !

A suivre…

Nous vous proposons d’autres échos à cette manifestation à travers les témoignages de divers acteurs ayant participé à la convention d’affaires ou au village de stands :

- Alexandre Evain : un ostéopathe en reprise d’étude, également membre de l’association Start in Saclay, qui témoigne sur la dernière édition d’Innovation Summer Camp, à laquelle il a participé (pour y accéder, cliquer ici) ;

- Grace Mehrabe : tout à la fois étudiante, directrice adjointe d’une start-up, Lemon Learning, et trésorière de Start in Saclay, elle dit son intérêt pour l’écosystème Paris-Saclay (cliquer ici) ;

- Sébastien Manganneau : cofondateur de Noomen, il revenait pour la première fois sur le Plateau de Saclay depuis ses études à Polytechnique, il y a une vingtaine d’années… Il nous livre ses impressions (cliquer ici).

 * Confessions; Livre XI, traduction de Péronne et Ecalle, remaniée par P. Pellerin (Nathan, 1998).

2 commentaires à cet article
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